Les Septennats et premiers quinquennats de la République (2ème partie)

Carte postale publicitaire Cinéma-Pathé-Grolée, 5 rue Grolée, Lyon (Société pour l'exploitation du cinématographe et du phonographe en France et à l'étranger).

Dans le numéro précédent, nous avons parcouru les premières années de la troisième République et ses septennats présidentiels. Nous poursuivons notre route avec Raymond Poincaré, élu en mai 1913, mettant fin à la période Fallières. Celle qui débute est marquée par une décision qui annonce des temps difficiles : la prolongation du service militaire obligatoire portée de 2 à 3 ans. Jaurès s’y oppose ; il est assassiné le 31 juillet 1914. La guerre frappe à notre porte. Elle éclate le 3 août 1914. Il n’est plus question des cartes postales de la Belle Epoque, elles ont disparu avec elle. 
 
Le mandat de Poincaré est arrivé à son terme en janvier 1920. Les parlementaires de la France victorieuse doivent choisir un nouveau président de la République. Deux prétendants sont sur les rangs : Georges Clemenceau et Paul Deschanel. L’issue du scrutin ne fait aucun doute, à tel point qu’un éditeur du Havre, sans attendre le résultat du vote, s’est dépêché de faire imprimer et diffuser une carte postale de Clemenceau, le Père la Victoire, ceint du grand cordon de la Légion d’Honneur attribué rituellement aux présidents de la république.

Fatale erreur ! Enorme surprise ! C’est Deschanel qui est élu le 17 janvier 1920. Les adversaires politiques de Clemenceau ont réussi une opération qui mettait celui-ci hors-jeu. Paul Deschanel est à l’Elysée. C’est un intellectuel brillant et distingué, membre de l’Académie Française. Il est né à Bruxelles le 13 février 1855 où sa famille avait été contrainte à l‘exil sous le Second Empire. Après la guerre de 1870, et l‘avènement de la 3ème République, les Deschanel sont de retour en France, où le jeune Paul obtient à 22 ans un poste de sous-préfet à Dreux, Eure et Loire. Il sera, par la suite, député et président de la Chambre des députés. Et président de la République jusqu’à l’ultime voyage dans le train de Montbrison qui le conduira à l’hôpital psychiatrique et à la mort. On s’est gavé sans retenue de cet épisode dramatique qui, comme beaucoup de maladies de ce genre, n’ont de risibles que les apparences. Mais, la République doit passer au chapitre suivant,  entamé par Alexandre Millerand le 23 septembre 1920.

Le nouveau président a débuté sa carrière politique très jeune. Il a 26 ans en 1885 lorsqu’il est élu député. C’est un Parisien de naissance et c’est à Paris qu’il s’est fait connaître comme journaliste de gauche à la direction de « La Lanterne ». Il collabore aussi à «La Petite République» et exerce conjointement la profession d’avocat. A ce titre, il s’emploie avec ardeur à défendre les militants ouvriers poursuivis en justice. C’est au cours de cette période ardente et juvénile qu’il prononce, lors d’un banquet à Saint-Mandé, un discours considéré comme une profession de foi socialiste qui va peu à peu s’effilocher. Millerand se glisse dans les combinaisons politiques qui le poussent vers la droite. Il sera plusieurs fois ministre. Après la démission obligée du pauvre Deschanel, M. Millerand est élu président. 695 voix se sont portées sur son nom contre 106 bulletins blancs et nuls dont celui de Gaston Doumergue qui attend son heure.

Elle viendra le 11 mai 1924 avec le succès de la gauche aux élections législatives, confortée par un vote au Sénat. Millerand en subit les conséquences, il s’en va. Doumergue prend sa place. C’est un homme du midi, né à Aigues-Vives en 1865, dans une famille de vignerons. Il sera juge de paix à Alger avant de se lancer dans la politique en métropole. A la tête de l‘Etat, il se prononce pour un comportement de fermeté à l’égard de l’Allemagne. Comme Poincaré et Fallières, il aura le privilège d’accomplir son mandat jusqu’à son terme.

En dehors des portraits officiels, les cartes postales présidentielles après Poincaré sont devenues rares. Dès les premières années du nouveau siècle, le public a commencé à disposer du cinématographe et de ses reportages. De ce point de vue, une carte postale publicitaire du Cinéma-Pathé-Crolée, de Lyon, sur laquelle figure le portrait du président Fallières, constitue un document intéressant. Pour sa part, la photographie d’actualité s’impose dans la presse quotidienne et les magazines. L’élection de Paul Doumer a eu lieu le 13 mai 1931. Ce mandat s’est terminé tragiquement l’année suivante, le 7 mai, par l’assassinat du président qui assistait au congrès annuel des écrivains anciens combattants, rue Berryer à Paris. Le meurtrier s’appelait Paul Gorgulov. Ses motivations furent qualifiées de « confuses ». Il fut condamné à mort et exécuté. Pour la famille Doumer, ce drame s’ajoutait à celui de la guerre au cours de laquelle quatre de ses garçons avaient été tués, le cinquième étant décédé des suites de ses blessures. Paul Doumer était né à Aurillac, Cantal, en 1857. Il a connu très jeune la condition ouvrière, d’abord comme coursier, à l’âge de 12 ans. Il sera ensuite ouvrier graveur. Son engagement politique sera tout aussi précoce au sein du Parti radical. Un engagement qui le portera, pour son malheur, à la magistrature suprême.  

Lorsque Albert Lebrun est élu à l’Elysée, après la disparition de Paul Doumer, le monde est encore en proie au séisme économique annoncé par le jeudi noir de Wall Street, le 29 octobre 1929. L’investiture du nouveau président, le 10 mai 1932, se ressent aussi de l’inquiétude que font peser les menées factieuses contre la République, le fascisme en Italie, les progrès de l’hitlérisme en Allemagne. Après la tentative avortée du 6 février 1934 contre la république, l’année 1936 est celle du Front populaire et de ses avancées sociales et démocratiques. Trois ans plus tard, le 5 avril 1939, dans un contexte politique différent, Albert Lebrun est élu pour un second mandat qui sera de courte durée. En juin 1940, l’armée française est défaite par la Wehrmacht. Le 10 juillet, la République est enterrée par le régime de Vichy. Commence la période de l‘occupation nazie.  
 
Albert Lebrun était un homme de l’Est. Il était né en Moselle, à Mercy-le-Haut où ses parents étaient agriculteurs. Vincent Auriol naquit en Haute Garonne. Fils unique d’un boulanger de Muret, le jeune Vincent a perdu un œil en jouant au ballon avec ses copains. Il a été le premier président de la 4ème République, du 16 janvier 1947 au 16 janvier 1954. Il fut le premier président socialiste de la France. Le relais est assuré par René Coty, un radical modéré, avocat de profession, originaire du Havre. Il fut président de la République du 16 janvier 1956 au 28 septembre 1959. La France s’est dotée par referendum d’une nouvelle constitution, officiellement proclamée le 4 octobre 1958, donnant naissance à la Cinquième République. Le 21 décembre suivant, un collège de 92 000 grands électeurs porte le général De Gaulle à la tête de l’Etat. En 1962, la loi établit le suffrage universel pour l’élection présidentielle.

Serge Zeyons 
 
Très sincères remerciements pour leur collaboration amicale à Mme Maryvonne Gripon et MM. Pierre-Louis Comte et Jean-Marie Jacquemin.