Nous voici dans une période qui nous encourage à évoquer les cartes postales présidentielles, un sujet qui s'est invité dans la cartophilie à la fin extrême du XIXe siècle. Pour satisfaire leur passion et leur curiosité, les amateurs disposent d'un terrain de recherches vastes et variées, traverser par les Septennats et les Quinquennats de la République.
Cela étant, il faut se souvenir que la carte postale illustrée n'était pas encore inventée lorsque les parlementaires ont procédé à l'élection d'Adolphe Thiers, le 5 août 1871, soit quelques mois après la Commune de Paris, réprimée par l'armée versaillaise commandée par le Maréchal de Mac Mahon. Blessé et fait prisonnier par les Prussiens à la bataille de Sedan, il avait été libéré en mars 1871. Le mandat de Thiers sera de courte durée. En 1873, il cède sa place à Mac Mahon. Le Maréchal est royaliste. Il souhaite le retour de la monarchie. Mais, quel roi pour la France ? Le descendant des Bourbons ou de la famille d'Orléans ? Le drapeau blanc ou le drapeau tricolore ? La République l'emporte à une voix de majorité. Le 30 janvier 1875, l'amendement Walllon instaurant le Septennat du Président de la République l'emporte par 353 voix contre 352.
Mac Mahon aiment les phrases définitives. A Malakoff pendant la guerre de Crimée, il avait proclamé : J’y suis, j’y reste ». En 1875, il est président et tant entend. Il en a le droit, mais le 30 janvier 1879, il donne sa démission. Adieu Monsieur le Maréchal, bonjour M.Jules Grévy. Le nouveau président est un homme d'origines modestes. Il est franc-maçon, laïc et républicain. Son mandat la loi sur la liberté de la presse voit le jour le 29 juillet 1881. En même temps, la fougueuse agitation ultra nationaliste du général Boulanger met la république en danger. Pourtant, ce n'est pas le « boulangisme » qui va provoquer le départ de Jules Grévy mets un scandale touchant son gendre. Il s'agit d'un trafic de décorations. Jules Grévy quitte sa fonction le 2 décembre 1887. Sadi Carnot assure le relais. Son mandat est marqué par le rapprochement avec la Russie. En 1891, il fait à Nicolas II une visite d'amitié. En 1894, l'empereur de toutes les Russie lui rend la politesse par une visite à Toulon. Des cartes postales sont éditées pour mémoriser les deux évènements.Mai, le 24 juin de cette même année voit la fin tragique du président. Sadi Carnot est assassiné par un jeune anarchiste italien. Il a 20 ans et se nomme Sante Caserio. L'attentat s'est déroulé à Lyon, au parc de la Tête-d'Or. Caserio voulait venger l'anarchiste Vaillant, condamné à mort après un attentat et dont Sadi Carnot avait rejeté la grâce.
Trois jours plus tard, députés et sénateurs portent Casimir-Périer au fauteuil présidentiel qu'il n'occupe que brièvement. Il démissionne six mois plus tard, le 15 janvier 1895, protestant de son attachement à la République, mais justifiant son retrait par le fait que la fonction présidentielle, qu'il ne souhaitait pas, lui avait été imposée par les circonstances. Ce départ provoque les charges de la presse et des cartes postales satiriques. Le dessinateur Jean Robert, représente Casimir-Périer fuyant sous une avalanche de journaux. Le départ de Casimir-Périer a exigé l'élection d'un nouveau président. Félix Faure l’a emporté. Ira-t-il jusqu'au terme de son mandat ? Tout le laisse présager. Mais, le 16 février 1899 une rumeur incroyable se répand : le président serait décédé d'une crise cardiaque au Palais de l’Elysée, dans les bras de sa maîtresse : Mme Marguerite Steinheil, bien connue de la haute société parisienne. La nouvelle de la mort du président est confirmée par la presse avec la discrétion qui s'impose quant aux causes du décès. Elle est aussi annoncée par des cartes postales de deuil. Certaines proviennent d’Allemagne et d’Autriche et sont imprimées en allemand. Elles deviennent vite des objets de collection.
Une carte postale photographique, gravée en taille douce, représente les sept premiers présidents de la République depuis 1871. Cette carte est signée Pierre Petit, photographe. Dans le Bottin de l’année 1900 se trouve une publicité indiquant que Pierre Petit opère lui-même, et qu'il est photographe de la présidence et des ministères. Emile Loubet occupe la partie inférieure du montage photographique. Il a succédé à Félix Faure et va bénéficier de la vogue nouvelle des cartes postales illustrées. Il apparaît dans les manifestations publiques commandé par ses attributions et, notamment, lors des rencontres avec les souverains et chefs d'États étrangers. De ce point de vue, l’Exposition Universelle de 1900 offre une opportunité saisie avec empressement : l'inauguration du Pont Alexandre III par Emile Loubet et l'ambassadeur de Russie. Le président Loubet sait aussi se rendre populaire de bien d'autres façons, par exemple en invitant un banquet géant la totalité des maires des communes de France, sans distinction. Vingt-deux mille d’entre eux se rendent au repas.
Nous sommes à l’Age d’Or de la carte postale illustrée dont a largement profité Emile Loubet. Elle saura se montrer tout aussi généreuse envers Armand Fallières, élu le 17 janvier 1906. Le président bénéficie même d'un genre nouveau, certaines séries s’attachant à sa vie personnelle et familiale. Le succès est immédiat. Le voici dans son vignoble de Loupillon, dans le Lot et Garonne, où l’a conduit un train spécial. Sa maison de Mézin est photographiée sous tous les angles avec l’automobile qui vient le prendre pour la promenade. Des cartes postales font référence aux vignes de Fallières, et surtout au vin qu’elles produisent. Elles témoignent de l’attachement d’Amand à son terroir, ce qui contribue à sa popularité. Nous retrouvons le président à Paris, devant l’église de la Madeleine, où a lieu le mariage de sa fille Anne avec Jean Lannes, Secrétaire de la Présidence. La bonhommie rassurante de Fallières, son esprit de tolérance et sa réputation de bon père de famille n’expliquent pas seuls l’opinion positive manifestée à son égard. On sait son engagement sur des sujets sensibles comme celui de l'abolition de la peine de mort qu'il ne parviendra pas à faire voter. Mais il a eu l'immense satisfaction au début de son mandat, le 12 juillet 1906, devoir totalement réhabilité et rétabli dans ses droits le capitaine Dreyfus.
À la production massive, rapide et de bonne qualité des cartes postales en phototypie s'ajoutent les créations cartophiles des humoristes, intervenant sur tous les sujets. Ils le font librement, et les présidents ne sont pas épargnés. Le départ d’Armand Fallières approche. Il est représenté, quittant l’Elysée en tirant une charrette lourdement chargée. Du bric-à-brac présidentiel émerge un pot de chambre, objet omniprésent dans la plupart des caricatures politique de cette période, quels qu’en soient les motifs. Au mois de mai 1913, Fallières tire sa révérence. Raymond Poincaré est élu président de la République.
A suivre…
Serge Zeyons