En 2021 a été commémoré le bicentenaire de la mort de Napoléon 1er, survenue le 5 mai 1821 à l’île de Sainte-Hélène. Il avait 51 ans, 8 mois, 21 jours. On remarquera que la juxtaposition de son âge avec la date de son décès est en complète corrélation : 51/8/21. Simple curiosité chez les uns, confirmation du destin exceptionnel de l’empereur, chez les passionnés du «Petit Caporal». Ils sont nombreux et, parmi eux, les cartophiles disposent d’immenses réserves sur le sujet, tant du point de vue du volume que de sa diversité.
En premier lieu se présentent les reproductions classiques issues des cimaises des châteaux et des musées. Les négociants sont riches de ces cartes ordinaires qu’il ne faut pas trop dédaigner car certaines peuvent recéler des détails intéressants du point de vue historique. Prenons, par exemple, le célèbre tableau de David représentant le sacre de l’Empereur à Notre Dame de Paris le 2 décembre 1804. La mère du souverain figure parmi les invités. En réalité, elle n’y était pas, ayant refusé d’assister à la cérémonie. Napoléon exigea qu’elle fût sur la toile. David la rajouta de quelques coups de pinceau. Sur cette peinture apparaît le geste dominateur de Napoléon se saisissant de la couronne impériale des mains du Pape et se la plaçant sur la tête.
Les cartes postales illustrées apparues dès la fin du XIXe siècle ont pris en compte toute la période napoléonienne. Elles ont, par leur diffusion populaire massive, contribué à assurer la permanence de son souvenir. Et, en général, de sa gloire. On trouve dans ce thème une large vision des évènements historiques, politiques, militaires qui, un siècle auparavant, ont guidé le choix des artistes. A moins qu’il ne leur fût imposé. On verra aussi que, à l’époque moderne, l’imagination, ne leur fait pas défaut. Les lieux de vie et de travail quotidien auxquels se livrait l’Empereur apparaissent dans cette collection, avec les bibelots, les meubles et objets divers devenus des reliques impériales. Le magnifique berceau du Roi de Rome en constitue l’un des éléments majeurs.
Dans un autre domaine, le chapeau de l’empereur, objet symbolique, attire tout autant l’attention. Il ne fut pas unique. Napoléon disposait en permanence de douze couvre chefs. Celui qu’il portait à son retour de l’IIe d’Elbe fut extrait d’une vitrine d’exposition pour une carte postale. La valeur de celle-ci est insignifiante, mais la passion des collectionneurs pour l’objet lui-même n’a jamais cessé de se vérifier. En 2014, lors d’une vente aux enchères à Fontainebleau, un modèle authentifié atteignit la somme de 1 million 884.000 euros. Que vaudrait le rocher des gorges de Franchard, en forêt de Fontainebleau, si l‘on parvenait à le détacher du sol pour le confier à un commissaire-priseur ? N’a-t-il pas l’apparence du chapeau ? A la simplicité bonapartiste, symbolisée par l’image récurrente du bicorne, s’opposent des portraits de Napoléon vêtu en empereur romain. Mais, il figure aussi dans une série intitulée : «Napoléon intime» dans laquelle il apparaît en galant séducteur, n’hésitant pas à ravir une jeune beauté à l’un de ses officiers, assurant, même dans ce jardin privé, la prédominance impériale.
Une suite de cartes postales de même provenance le montre en père de famille, heureux de partager les jeux de son fils, un «Aiglon» bien plus jeune que celui incarné par Sarah Bernhard dans la pièce d’Edmond Rostand. Cette œuvre théâtrale date de l’année 1900. Elle s’est inscrite dans la volonté d’assurer la permanence de la gloire napoléonienne. Elle contribuait à effacer l’accablant souvenir de Sedan et du Second Empire. Son succès fut considérable. La carte postale s’en est emparée sous l’aspect d’une longue série faisant une place importante à l‘actrice principale sans négliger les «Grognards» en uniformes dont le fameux «Flambeau». La Belle Epoque fut donc marquée par le souvenir de Napoléon, comme nous venons de le voir avec « L’Aiglon» et autres mises en scènes.
Autre résurgence du passé napoléonien : la Première guerre mondiale. Dans ces circonstances particulières la propagande joue un rôle considérable à laquelle se trouvent conviées les pages glorieuses de jadis. Dessinateurs et photographes apportent à l’armée française et à ses chefs la contribution du génial stratège. La fidélité au souvenir de Napoléon n’a jamais cessé de s’exprimer sous la Troisième République. Les expositions d’objets et documents anciens en témoignent, comme les manifestations commémoratives ou les reconstitutions historiques en des endroits propices. Mais les réminiscences exaltantes d’un lointain passé publicités ne font pas forcément l’unanimité, notamment lorsqu’elles oublient les morts innombrables qui jonchèrent les champs de bataille. Ou bien que se trouve évoquée la restauration de l’esclavage par Napoléon dans nos possessions d’outre-mer.
Cela étant, les cartes postales hostiles à l‘Empereur sont rares. L’une d’elles, dans ces pages, est un tirage contemporain reprenant une caricature parue en Allemagne en 1813 sous la forme d’une gravure inspirée du peintre italien Arcimboldo. La publicité commerciale a su tirer profit de la popularité de personnages illustres en les intégrant à ses images et à ses slogans. Napoléon était du nombre. En 1900, la Tournée des Spectacles Charles Baret est annoncée par une carte postale sur laquelle ce dernier apparaît tous l’uniforme de l’Empereur. En 1989, la société « Les Amis de la Bibliothèque Forney » s’en est souvenu en produisant des cartes postales issues de publicités anciennes. L’une d’elles, en provenance d’une affiche anonyme datant de 1900, assure la promotion d’une marque de lessive avec la caution de l’Empereur : la Saponite. L’autre carte est une réclame ayant pour origine une étiquette de flacon d’extraits d’Eau de Cologne produits par les Etablissements Dunant de Grasse. Elle date de 1834. Autour du portrait de Napoléon se trouvent inscrits les noms de quelques grandes victoires : Marengo, Austerlitz, Ratisbonne, Iéna. Faut-il rappeler qu’elle fut empruntée par l’Empereur dans sa remontée vers Paris, après son départ de l’Ile d’Elbe, passait par Grasse ?
Serge Zeyons
LES COTES DES CARTES POSTALES
L’extrême abondance des cartes postales relatives à notre sujet ne favorise pas des valeurs marchandes élevées. 1 € est un prix moyen pour les cartes courantes. Quelques pièces originales, comme les cartes photos des reconstitutions historiques entre les deux guerres mondiales, bénéficient de cotes plus conséquentes, ainsi que les scènes peu fréquentes : 5/10€. Les puzzles de 6 cartes reproduisant une fois réunies, la silhouette de Napoléon, sont à gratifier d’une trentaine d’euros environ...