Alors que l’éruption de la Montagne Pelée à la Martinique fait les gros titres, la chute d’un dirigeable à la hauteur du 79 avenue du Maine à Paris va frapper les esprits. De nos jours, deux rues et un restaurant perpétuent le souvenir des deux aéronautes tués dans l’accident.
Un exemple à suivre : Santos-Dumont
Alberto Santos-Dumont, né au Brésil en 1873 d’une mère brésilienne et d’un père ingénieur de souche française, se passionne dès son enfance pour les romans de Jules Verne et les moteurs. En 1891, sa famille s’installe à Paris et il se spécialise dans les dirigeables. Réussissant le 19 octobre 1901 avec son dirigeable n°6 la liaison parc de Saint-Cloud – Tour Eiffel et retour, il remporte le prix Deutsch de la Meurthe de 100 000 francs-or qu’il offre le soir même aux pauvres de Paris. En 1906, à bord de son biplan n°14 bis, il réalise le premier vol officiellement contrôlé puis en 1908, il expérimente son avion léger n°20bis La Demoiselle. Il sera le premier à posséder les trois brevets de pilote de ballon, de dirigeable et d’aéroplane. Malade, il arrêtera l’aviation en 1910 et retournera au Brésil et, ne pouvant guérir, il se suicidera en 1932.
En 1901, Santos Dumont est très populaire et fait des émules dont deux vont être les victimes d’une ascension malheureuse.
Un député brésilien idéaliste…..
Augusto Severo de Albuquerque Maranhao est un brésilien né à Macaiba le 11 janvier 1864. Il est le 8ème des 14 fils d’Amaro Barreto de Albuquerque Maranhao (1827-1896) et Feliciana Maria da Silva de Albuquerque de Maranhao (1832-1893). En 1880, il gagne Rio de Janeiro et entame des études d’ingénieur à l’école polytechnique. Ensuite, il fonde une société d’import-export et écrit dans le journal antimonarchique A Republica de Pedro Velho. Un an plus tard, il projette un dirigeable révolutionnaire, le Polyguarania. En 1892, il abandonne le commerce pour la politique. Il est élu député au congrès. Il travaille notamment dans la commission de la marine et défend des projets relatifs à la santé publique, à l’aide à l’enfance et à la protection des ouvriers des arsenaux.
En octobre 1892, il reçoit une aide financière du gouvernement pour faire construire en Europe un dirigeable de son invention, le Bartolomeu de Gusmao, du nom d’un inventeur portugais du 18ème siècle. C’est un dirigeable semi-rigide avec une structure trapézoïdale complexe. Il s’adresse au constructeur parisien de ballons Henri Lachambre. En 1894, il réalise les premières ascensions mais une tempête le détruit ainsi que son hangar. Severo ne se décourage pas et imagine en juillet 1899 un nouveau ballon, Le Paz, dont le nom sera ensuite latinisé en « Pax » (la Paix). Fin 1901, il se rend en France pour se consacrer à ce nouveau ballon gonflé à l’hydrogène. Il voulait concourir pour le prix Deutsch de la Meurthe de 100 000 francs-or pour celui qui réaliserait le premier vol entièrement dirigeable. En mai 1902, tout est prêt et après le succès de son premier vol, dont il ne se doutait pas, il comptait en faire une attraction grand-public dont le produit serait reversé aux sinistrés de l’éruption de la Montagne Pelée, une tragédie survenue le 8 mai et qui était sur toutes les lèvres.
…. Et un mécanicien sûr de lui
Né le 10 novembre 1876 à Besançon, Saché entre chez le fabricant de bicyclettes Soreau puis comme mécanicien chez Buchet, constructeur de moteurs légers. En 1901, Roze le prend à son service pour le montage de la partie mécanique de son ballon dirigeable mais les travaux de l’aérodrome de Colombes sont suspendus et Saché se tourne vers Severo qui l’engage pour la construction et la direction du dirigeable Pax. Saché n’ayant jamais effectué d’ascension, Severo lui propose un voyage préparatoire mais Saché ayant toute confiance dans le Pax décline l’offre.
Le dirigeable Pax
Cubant 2330m3, c’est un ballon ellipsoïdal de 30 mètres de long sur 12,4 mètres de diamètre. Il possède une structure trapézoïdale à l’intérieur de l’enveloppe pour éviter les oscillations. Il comporte 7 hélices : 2 principales, à la proue et à la poupe de l’aéronef, une hélice compensatrice à l’arrière de la nacelle et 4 latérales. Severo voulait utiliser des moteurs électriques mais du fait du retard pris pour les obtenir, il choisit 2 moteurs à pétrole type Buchet de 24 et 16 chevaux. Une option qui se révèlera fatale… La nacelle est attachée par du bambou à l’enveloppe. La direction est obtenue par 2 gouvernails formés d’hélices horizontales tournant dans des tambours.
L’unique vol et le drame
Des essais de moteurs sont effectués du 4 au 7 mai avec succès et Severo dort plusieurs nuits près de son ballon en attendant un temps favorable pour le décollage. Le 12 mai 1902, à 5h30, le Pax s’élève à 400 mètres pour un vol entre Vaugirard et le terrain de manoeuvre d’Issy les Moulineaux. Mais à 5h42, arrivé au-dessus du carrefour avenue du Maine – rues de la Gaîté, Vercingétorix et Froidevaux, il s’enflamme et s’écrase, tuant sur le coup les deux aéronautes Severo et Saché. On pense que les moteurs à pétrole étant placés trop près de l’enveloppe, les tubes d’échappement enflammèrent l’hydrogène contenu dans celle-ci.
Il existe une carte postale montrant le Pax en vol et les effigies des deux aéronautes en médaillon (J.H. n°1004), mais aussi et surtout une série numérotée de 12 cartes postales retraçant la tragédie. Elles sont bilingues Français-Portugais (Ed. A.B Paris n°1 à 12).
Epilogue : En 1907, deux rues du 14ème arrondissement reçurent les noms de Severo et Saché et un restaurant, le Severo, fait l’angle de la rue des Plantes et de la rue Severo. Une plaque commémorative fut apposée en 1913 sur l’immeuble du n°79 de l’avenue du Maine. La catastrophe fit une troisième victime : Natalia, la femme de Severo qui l’avait accompagné en France retourna au Brésil où elle se suicida en 1908. Georges Méliès fit un film d’actualité « La catastrophe du ballon Le Pax », mais aucune copie n’en a été conservée. Auguste Severo est enterré au cimetière de Sao Joao Batista à Rio de Janeiro.
Bertrand Sinais