Les îles Saint-Thomas et Prince ont été découvertes en 1471 par les explorateurs portugais João de Santarem et Pêro Escobar. L’île Saint-Thomas a été appelée ainsi parce qu’elle a été découverte le 21 décembre, jour de la fête de Saint-Thomas.
C’es deux explorateurs avaient des pilotes très expérimentés : Martim Fernandes sur le navire de João de Santarem, et Alvaro Esteves sur le navire de Pêro Escobar. D’autres marins qui ont participé aux explorations dans cette région du golfe de Guinée sont Fernão do Pó et Lopo Gonçalves.
Les îles étaient initialement inhabitées, mais dès la fin du 15e siècle, un grand nombre de juifs portugais qui refusaient de se faire baptiser sont envoyés dans ces îles, pour y travailler dans des plantations de canne à sucre. À cause de l’insalubrité du climat, cette première tentative n’est pas un succès, et il faut attendre le 16e siècle pour voir les premiers colons s’y installer. L’archipel est plus une colonie pénitentiaire qu’une colonie, surtout pour les juifs qui y sont déportés en masse. La mortalité y est très élevée, surtout à cause de la malaria qui y est endémique.
L’arrivée de nombreux esclaves venant du continent africain donne à l’archipel une population fortement métissée. Les îles Saint-Thomas et Prince deviennent un important lieu de transit pour la traite des esclaves noirs envoyés au Brésil. En 1595, l’archipel est secoué par une grande révolte des esclaves, qui provoque la destruction de la majorité des plantations de canne à sucre. Son leader est l’esclave Amador, qui se fait proclamer “Roi de Sâo Tomé”. L’insurrection est rapidement réprimée et Amador, capturé, est exécuté le 4 janvier 1596. Il fait figure de héros national et est considéré comme un précurseur de l’indépendance.
La situation ne change guère pendant trois siècles, les rares colons y prospérant grâce au travail des esclaves. L’esclavage est officiellement aboli au Portugal et dans ses colonies en 1869, mais il faut des années pour implémenter cette décision, et dans l’archipel, cela ne devient effectif qu’en 1876. L’abolition de l’esclavage entraîne une pénurie de main-d’oeuvre.
Quelques entreprises locales, appelées roças, se spécialisent dans la production de cacao et de café. Lisbonne ne manifeste cependant aucun intérêt pour ces colonies jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Salazar, qui instaure l’État Nouveau, en portugais l’Estado Novo, fondé sur le catholicisme et l’anti-communisme.
Défenseur d’une politique colonialiste, alors que le reste des nations européennes décolonise progressivement, Salazar ne considère les territoires d’outremer pas comme des colonies, mais comme des parties intégrantes de la nation portugaise. C’est pourquoi il change en 1951 le statut de ces colonies, qui deviennent les provinces portugaises ultramarines. L’archipel de Saint-Thomas et Prince devient ainsi officiellement une partie du Portugal...
L’importance attachée par Lisbonne à ces territoires d’outre-mer est soulignée par les voyages que les présidents successifs du Portugal entreprennent dans ces lointaines parties du pays.
◆ Il y a la visite aux îles en 1938 d’Óscar Carmona, président de 1926 à 1951.
◆ Puis celle en 1954 de Francisco Craveiro Lopes, président de 1951 à 1958.
◆ Finalement celle en 1970 d’Américo Tomás, président de 1958 à 1974.
Les premières émeutes locales ont lieu en février 1953, entre les colons et les travailleurs importés d’Afrique, et qui, même s’ils ne sont plus officiellement des esclaves, sont toujours traités comme tels par les Portugais locaux. Dans les années 1960, le MLSTP (Movimento de Libertação de São Tomé e Príncipe), un mouvement luttant pour l’indépendance de l’archipel est fondé. Ses leaders résident cependant sur le continent africain, et localement, il se passe très peu, jusqu’à la Révolution des oeillets du 25 avril 1974 et la chute du régime salazarien. Des négociations sont rapidement engagées entre le nouveau gouvernement de Lisbonne et le MLSTP, qui aboutissent aux accords d’Alger, signés le 26 novembre 1974. Ces accords prévoient l’indépendance de l’archipel en 1975.
L’indépendance est proclamée le 12 juillet 1975, et Manuel Pinto da Costa, le secrétaire général du MLSTP, devient le premier président de la République de Saint-Thomas et Prince. Les débuts de la jeune république sont très difficiles, suite à l’exode massif des colons portugais.
Saint-Thomas et Prince est une de premières ex-colonies portugaises à instaurer le multipartisme en 1990, et même si quelques tentatives de coup d’état ont lieu et même si les élections sont parfois entachées de quelques irrégularités, la démocratie y tient vaille que vaille bon. Manuel Pinto da Costa est président de 1975 à 1991 et de 2011 à 2016. Entre ses deux présidences, la fonction est occupée par ses rivaux Miguel Trovoada de 1991 à 2001 et Fradique de Menezes de 2001 à 2011. Ensuite, la présidence est occupée par Evaristo Carvalho de 2016 à 2021, et par Carlos Vila Nova à partir de 2021.
Du point de vue postal, Saint-Thomas et Prince se distingue malheureusement par une pléthore d’émissions aussi inutiles que ridicules, dont la majorité n’ont jamais vu le sol santoméen et nuisent fortement à la santé et à la bonne réputation de la philatélie.
Guy Coutant