L'auteur a choisi de faire commencer cette balade en Chine au milieu du XIXe siècle. Un parti pris qui donnera l'envie de collectionner ce pays aux philatélistes qui savent certaines raretés des périodes classique et moderne très recherchées. Pour plus de commodités, ce grand sujet a été divisé en deux. Cette première partie n'est qu'une mise en bouche.
À la fin du XIXe siècle, deux tendances vont s'opposer à la cour impériale chinoise. Il y a d'abord la tendance extrêmement conservatrice et xénophobe, dirigée par l'impératrice douairière Cixi (Tseu-HI). Bien qu'elle n'ai jamais été officiellement impératrice, elle a dirigé la cour impériale depuis 1861 jusqu'à sa mort le 15 novembre 1908. En 1861, son fils Tongzhi devient empereur à l'âge de cinq ans, mais il meurt en 1875, à peine âgé de 18 ans. Cixi place alors son neveu sur le trône, qui devient l'empereur Guangxu et qui mourra emprisonné ? - le 14 novembre 1908, un jour avant sa tante. Ces deux empereur n'auront aucun pouvoir, et c’est Cixi qui assume la régence et dirige la politique impériale. Pour elle, les occidentaux restent des barbares méprisables. Mais il y a également à la cour, une tendance beaucoup plus réaliste, qui constate l'avance des puissances occidentales dans tous les domaines, et qui rêve d'importer les techniques occidentales. Le principal partisan de cette tendance et l'homme d'État est diplomate Li Hongzhang, qui sera depuis la guerre des Taiping jusqu'à la guerre des Boxers le principal interlocuteur de la Chine avec les puissances occidentales. Il rêve de moderniser la Chine, par exemple en autorisant la construction de chemins de fer par les Européens, et modernise l'armée et la marine. Il est étonnant que ce grand serviteur de la Chine n'est pas encore reçu l'honneur d'un timbre-poste en Chine.
Malheureusement, sous Cixi, c'est toujours la tendance conservatrice xénophobe qui l'emporte, ce qui causera finalement la perte de l'empire. La Chine va connaître une nouvelle humiliation avec la guerre franco-chinoise de 1880 à 1885. Un traité avait été signé en 1874, entre la France et la cour impériale de Hué au Vietnam, qui confirme que la Cochinchine était française, et qui donnait un vague protectorat de la France sur le reste du Vietnam.
La Cochinchine est française
Mais le Vietnam, s'allie ensuite à la Chine pour refouler les Français hors de leur pays, ce qui provoque la guerre franco-chinoise de 1880 à 1885. Les Français s'enparent de Hanoï en 1882, mais les forces sino-vietnamiennes reprennent la ville en 1883, causant de lourdes pertes aux forces françaises. L'amiral Amedée Courbet est alors envoyé au Tonkin où il obtient de belles victoires qui forcent les vietnamiens à signer en juin 1884 le traité de Hué, qui confirme le protectorat français sur l’Annam et le Tonkin.
Mais les Chinois continuent la guerre, et en février 1885, mettent en déroute deux brigades françaises à Lang Son. Cette « défaite de Lang Son » provoque en France la chute du ministère Jules Ferry. Mais malgré ces quelques défaites, la victoire française est finalement totale, et le 9 juin 1885, le traité de Tientsin met fin à la guerre. La Chine doit accepter, comme le Vietnam l’avait déjà fait en 1884, le protectorat français sur le Tonkin et l’Annam et perd toute suzeraineté sur l'Indochine. Un nouveau coup au prestige de la Chine sera donné par la guerre sino-japonaise de 1894–1895. Cette guerre est déclenchée par un conflit concernant la Corée, où les deux nations veulent rétablir leur suzeraineté. Le Japon s'est modernisé en un temps record, sous l'empereur Mutsuhito, et son armée, bien entraînée et techniquement supérieure, remporte une victoire facile. La marine chinoise est entièrement détruite, le 17 septembre 1894, et après cette victoire navale les Japonais débarquent en Chine et défont facilement l'armée chinoise, qui est obligée de demander la paix en 1895.
Faiblesse de l'empire
La guerre sino-japonaise se termine par le traité de Shimonososeki, signé le 17 avril 1895, et qui est une fois de plus désastreux pour la Chine. Les puissances occidentale, constatant une fois de plus l'insigne faiblesse de l'empire chinois, se prépare à la curée, et s'arrogent de plus en plus de privilèges et de territoires en Chine.
le Japon reçoit Taïwan et la suzeraineté sur la Corée. Initialement la péninsule de Liadong, avec les ports stratégiques très important de Port Arthur et de Dairen, lui est également accordée, mais suite à l'intervention combinée de la Russie, de la France et de l'Allemagne, le Japon doit restituer ce territoire à la Chine, qui s'empresse de le céder à la Russie.
la Russie reçoit en plus le droit de construire le chemin de fer transmandchourien, ce qui lui donne le contrôle de fait sur toute la Mandchourie.
la Grande-Bretagne reçoit un grand territoire autour de la ville portuaire de Weihaiwei.
la France augmente ses possessions en Chine méridionale, et la concession de Kouang-Tchéou devient un territoire français à part entière. Kouang-Tchéou ne sera rétrocéderé à la Chine qu'en 1943.
l'Allemagne reçoit la zone autour de la ville portuaire de Kiautschou. Elle y emploie d'abord les timbres allemands oblitérés « TSINGTAU » ou « KIAUTSCHOU », ensuite les timbres allemands avec la surcharge « China », et finalement les timbres classiques des colonies allemandes avec la mention « KIAUTSCHOU ».
L'avidité des puissances occidentales à se partager la Chine a donné lieu à d’innombrables caricatures. Le jeune empereur Guangxi stimulé par le lettré Kang Youwei, essaie encore de redresser la situation et lance en 1898 un vaste programme de modernisation de la Chine. Ce programme–connu comme la Réforme des cents jours est lancé le 11 juin, mais est brusquement interrompu dès le 21 septembre par Cixi, qui obtient l'aide de Yuan Shikai, le commandant de la nouvelle armée. L'empereur. Guangxu est déclaré incapable de régner et est relégué pour le restant de ses jours dans un palais au milieu d'un lac dans la cité impériale. Il mourra le 14 novembre 1908, un jour avant sa tante Cixi. Il est fort probable qu'il ai été empoisonné par Cixi pour qu'il ne puisse pas reprendre le pouvoir après la mort de celle-ci.
Un grand nombre des partisans de la réforme sont emprisonnés et exécutés, et Kang Youwei a tout juste le temps de s’enfuir au Japon. Mais la révolte continue de gronder : des mouvements nationalistes se développent aussi bien en Chine qu’à l’étranger, comme celui fondé en 1894 à Honolulu par Sun Yat-sen et celui fondé en Chine même par Huang Xing.
Boxers contre missionnaires
Cixi, sentant la révolte gronder, stimule et soutien en sous-main une secte, nommée les Boxers, farouchement opposée à la présence des étrangers et à tout ce qu’ils apportent à la Chine (chemins de fer, industrie, techniques modernes, journaux, religion, chrétienne, etc). Ils commencent par s'attaquer aux missionnaires et aux chrétiens chinois, ensuite à massacrer les ressortissants occidentaux et à détruire tout ce qui n'est pas foncièrement chinois.
Estimant l'occasion propice, Cixi licencie une partie de son armée, mais permet aux licencier de garder leurs armes : c'était leur donner un feu vert clair et net pour se joindre aux Boxers. Le baron von Ketteler, le chef de la légation allemande est assassiné le 20 juin 1900 à Pékin, où tous les occidentaux se réfugient dans le quartier des légations, qui est fortifié. Le siège du quartier des légations va durer 55 jours, du 20 juin au 14 août 190. Barricadés, les défenseurs, font preuve d'une ténacité à toute épreuve, conscients que leur seule chance de survie était de résister jusqu'au bout. Entre-temps, une armée internationale et mise sur pied, en un temps record pour dégager les assiégés de la capitale. Elle comprend des troupes de huit nations : l'Allemagne, le Japon, la Russie, l'Autriche-Hongrie, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Italie. La capitale est atteinte le 14 août 1900 et les assiégés sauvés in extremis. C'est la première fois dans toute l'histoire mondiale qu'une force multi nationale de cet ampleur est mise sur pied.
Cixi parvient à s'enfuir et assiste impuissante à la répression impitoyable de la part des grandes puissances. Afin de pouvoir regagner sa capitale, elle donne l'ordre aux troupes impérial de participer à la répression des Boxers, auxquels elle avait donné quelques mois plus tôt son soutien total… Un nouveau traité de paix est signé le 7 septembre 1901, et Cixi peu regagner Pékin au début de 1902. Elle est contrainte, contre sa volonté d'introduire des réformes, surtout dans le domaine de l'éducation, qui est occidentalisée, et de l'armée qui est modernisée. La belle entente ne dure pas longtemps car la Russie veut prendre le contrôle sur toute la Mandchourie et sur la Corée, ce que le Japon, qui se sent menacé, refuse d’accepter. La guerre éclate entre les deux nations en 1904, et, contre toute attente, les Japonais prennent le dessus aussi bien sur terre que sur mer.
La guerre sino-russe
Port Arthur doit capituler en janvier 1905 et en mai 1905, la flotte russe, envoyée pour secourir Port Arthur est anéantie par la flotte japonaise dans le détroit de Tsushima. C'est une catastrophe pour la Russie, qui est obligé de laisser la Corée aux mains des Japonais et de céder Port Arthur au Japon. C’est la première guerre perdue par une puissance européenne face à un pays asiatique. Le Japon a honoré les deux grands vainqueurs de cette guerre : le général Maresuke Nogi, qui s’est emparé de Port Arthur, et l’amiral Togo Heihachiro, le vainqueur de la bataille de Tsushima. Pour réaliser les réformes que Cixi est contrainte d’introduire en Chine, elle fait appel à son commandant en chef de l’armée, Yuan Shikai. C’est un personnage retors, dénué de scrupules, qui a déjà trahi l’empereur Guangxi lors de la Réforme des cent jours en 1898, et qui a d’abord, toujours en accord avec Cixi, soutenu les Boxers avant de participer de la situation pour agrandir et moderniser l’armée, qu’il compte bien employer à son profit personnel.
À la mort de Cixi, c’est Puyi, un enfant de moins de trois ans qui est placé sur le trône, mais la Chine a évolué , et la jeunesse commence à s’européaniser (vêtements, manière de vivre, emploi d’appareils ménagers, déplacements à bicyclette, etc). Sun Yat-sen, qui vit en exil depuis 1895 mais qui continue sans cesse de récolter des fonds et de rallier de plus en plus de partisans, fonde en 1905 le Tongmenghui, une organisation née de la fusion de plusieurs mouvements nationalistes chinois, dont le plus important, à côté de celui de Sun Yat-sen lui-même qui s’appelle le Xingzhonghui est celui de Huang Xing. Le Tomgmenghui poursuit trois objectifs : enlever tout pouvoir aux Mandchous, éliminer la monarchie et ouvrir la voie vers une république sociale.
Naissance du Kuomingtang
Le Tongmenghui n’était qu’un mouvement, et il faut attendre 1912, après la proclamation de la république, pour que Sun Yat-sen transforme ce mouvement en un véritable parti politique, le Kuomintang (parti nationaliste chinois). Cependant, en Chine, on fait remonter la création du Kuomintang à 1894, qui est en fait l’année de la création du Xingzhonghui, le premier mouvement révolutionnaire fondé par Sun Yat-sen à Honolulu.
Constatant le succès de ses idées en Chine même parmi les étudiants, parmi certains cadres de l’armée et parmi nombre de commerçants et d’artisans, Sun Yat-sen estime le moment venu, et le 10 octobre 1911, la révolte éclate à Wuchang. Cette révolte gagne en un temps record tout le sud de la Chine, où la population et les forces armées se joignent à l’insurrection. En quelques mois, Shanghai, Hankou, Canton et Nankin tombent aux mains des révolutionnaires, qui sont les maîtres du sud et du centre de la Chine. Sun Yat-sen proclame le 1er janvier 1912 à Nankin la République chinoise, dont il devient le président provisoire.
La cour impériale de Pékin comptait sur Yuan Shikai pour écraser l’insurrection, mais celui-ci joue une fois de plus un double jeu. Il reprend Hankou et négocie avec les leaders de la nouvelle république. Le 12 février 1912, il obtient l’abdication de l’empereur Puyi (qui n’a toujours que 6 ans), ce qui met fin à un empire plusieurs fois millénaire. Mais il demande en contrepartie d’être nommé lui-même à la présidence de la jeune république, et Sun Yat-sen est contraint d’accepter, n’ayant pas les forces armées pour s’opposer à cette demande.
Yuan Shikai devient ainsi le 10 mars le président de la République chinoise, en remplacement de Sun Yat-sen. Yuan Shikai transfère la capitale de Nankin à Pékin, où des élections ont lieu en février 1913 pour installer une Assemblée nationale. Le Kuomintang, dirigé par Song Jiaoren, y obtient une victoire écrasante face au Parti républicain fondé par Yuan Shikai. Song Jiaoren est pressenti pour devenir le premier ministre de la Chine, mais il est assassiné le 20 mars 1913, fort probablement sur l’instigation de Yuan Shikai, dont Song Jiaoren voulait réduire le pouvoir.
Un nouvel empereur
La tension monte entre Yuan Shikai et le Kuomintang au point que Sun Yat-sen, ne se sentant plus en sécurité , s’enfuit en aout 1913 au Japon pour y organiser une nouvelle révolution, cette fois-ci dirigée contre Yuan Shikai. Mais celui-ci, dévoré d’ambition, prend les devants : il dissout le parlement en janvier 1914, et se proclame… empereur le 12 décembre 1915 ! Mais il avait sous-estimé l’opposition du peuple, surtout du monde politique et des intellectuels, mais aussi d’une grande partie de l’armée. Il est contraint de renoncer au titre d’empereur le 2 mars 1916, et il meurt peu de temps après, le 4 juin 1916. Il laisse le pays dans une chaos total, qui va durer trois décennies.
La Chine se défait, aucun clan n’ayant assez de force pour s’imposer aux autres. Elle se divise en une multitude de territoires aux frontières mouvantes, dirigés par des gouverneurs, des chefs militaires ou même des chefs de brigands : c’est l’époque des « seigneurs de la guerre », dont le plus important est Zhang Zuolin, qui « régnera » longtemps sur le nord de la Chine.
Il faut, dans cette période d’indescriptible anarchie et de chaos, distinguer quelques points importants :
la Chine républicaine avait choisi en 1917 le camps des Alliés pendant la première guerre mondiale, mais n’en tira aucun profit : au traité de Versailles de 1919, les possessions allemandes en Chine sont données au Japon. La Chine refuse de signer le traité de Versailles, et le ressentiment chinois contre les Japonais va sans cesse s’accentuer.
Pour essayer de rassembler la nation, Sun Yat-sen retourne en 1917 en Chine et fonde en 1921 un gouvernement national dont il est le seul président, dans le but de combattre les seigneurs de la guerre et d’amorcer la réunification. Il fonde en 1924 l’académie militaire de Huangpu, près de Canton.
en 1921 est fondé à Shanghai le Parti communiste chinois, dont le chef de file est Li Dazhao. Il est noter que Mao Zedong était déjà présent à la toute première réunion, mais n’y joua aucun rôle. Li Dazhao sera fait prisonnier et exécuté en 1928 par Zhang Zuolin.
Depuis Canton, cherchant partout des appuis pour vaincre les seigneurs de la guerre, Sun Yat-sen s’allie aux communistes. La collaboration entre le Kuomintang er le Parti communiste est étroite, mais Sun Yat-sen meurt le 12 mars 1925. Après sa mort, c’est Tchang Kaï-chek, le commandant de l’académie militaire de Huangpu, qui prend rapidement la direction du Kuomintang dont il devient le leader incontesté aussi bien politique que militaire.
L’ascension de Tchang-Kaï-chek
Ayant consolidé son pouvoir, il part en 1926 en guerre contre les seigneurs de la guerre, et à la fin de 1927, il contrôle une grande partie de la Chine méridionale et centrale. Mais en 1927, les communistes se sont rendus maîtres de Shanghai. Tchang Kaï-chek, inquiet de la force des communistes, met une fin brutale à l’alliance entre le Kuomintang et les communistes, et le 12 avril 1927, il lance une attaque contre les communistes de Shanghai : c’est le « massacre de Shanghai », qui sera la base de la guerre civile entre nationalistes et communistes qui va ravager la Chine pendant vingt ans.
En 1928, Tchang Kaï-chek attaque Pékin, qui était toujours aux mains de Zhang Zuolin, pourtant tout aussi anticommuniste que Tchang Kaï-chek lui-même. En juin 1928, Pékin tombe aux mains de l’armée du Kuomintang, et Zhang Zuolin est tué pendant sa fuite le 4 juin 1928. La Chine est officiellement réunifiée, mais plus divisée que jamais : il y a d’un côté les nationalistes du Kuomintang installés à Nankin et dirigés par Tchang Kaï-chek, et de l’autre côté les communistes, dont Mao Zedong prendra rapidement la direction. Et en plus, il y a le Japon, qui attend son heure pour envahir la Chine et en faire un territoire vassal du Japon.
Lorsque le Japon envahit en septembre 1931 la Mandchourie, Tchang Kaï-chek quitte la présidence pour se consacrer entièrement à sa tâche de chef de l’armée nationaliste. La présidence est donné à Li Sen, qui l’assumera jusqu’à sa mort en 1943, mais qui n’aura aucun pouvoir et ne jouera qu’un rôle purement protocolaire. Il y a maintenant deux guerres en Chine :
- une guerre contre le Japon
- une guerre entre les armées nationalistes et communistes
A suivre…
Guy Coutant