L’Angola

2013, Michel n° 1872 Onze années de paix

Les premiers habitants sont des peuplades khoïsan, qui parlent une langue extrêmement bizarre, avec une cinquantaine de consonnes dénommées clics. Cette langue est encore parlée dans quelques zones rurales du sud de l’Angola, du Botswana et de la Namibie.

Une série de timbres de 1995 montre ces indigènes primitifs du peuple !Kung. Le !kung est un rameau de ces langues khoïsan, et le point d’exclamation au début du mot désigne le “clic” typique de ces langues. Les peuples khoïsan sont progressivement refoulés vers le sud par des tribus bantoues qui fondent le royaume du Kongo, englobant le nord de l’Angola et remontant vers le nord jusqu’au Gabon. La capitale en est la ville de Mbanza-Kongo, actuellement tout au nord de l’Angola, tout près de la frontière avec la République démocratique du Congo. Dans le nord-est de l’Angola est fondé un autre royaume, le royaume Lunda, qui s’étend vers l’est jusqu’en Zambie.

La colonisation portugaise(1482-1975)

La présence portugaise en Angola commence avec l’arrivée de Diogo Cão en 1483. Lorsque le roi du Portugal João II décide de continuer l’oeuvre du prince Henrique le Navigateur, Il envoie Cão en 1482 poursuivre vers le sud l’exploration des côtes africaines. Au cours de son premier voyage (1482-1483), Cão atteint l’embouchure du fleuve Congo. Il emporte avec lui pour la première fois des bornes de pierre surmontées d’une croix afin de marquer les territoires conquis pour la couronne portugaise. C’est à l’embouchure du fleuve Congo qu’il place la première en 1483. Il poursuit la côte africaine vers le sud jusqu’au cap Sainte-Marie en Angola, à 13° de latitude sud, où il plante une deuxième borne. Il est le premier européen à s’engager aussi loin dans l’hémisphère sud. Les premiers arrivants portugais doivent tenir compte du royaume du Kongo. Dans la première moitié du 16e siècle, le roi en est Mvemba Nzinga, qui se laisse convertir par les Portugais au christianisme. Il prend le nom d’Afonso Ier et il accepte initialement la présence des Portugais dans son royaume. Les bonnes relations entre le royaume et les Portugais vont cependant rapidement se dégrader suite à la demande de plus en plus forte d’esclaves noirs, que les Portugais envoient au Brésil pour y travailler dans les plantations et les mines. Les Portugais doivent de plus en plus avoir recours aux armes pour se maintenir en Angola. Leur but est double : s’enrichir et convertir. Les missionnaires qui accompagnent les premiers aventuriers portugais en Angola construisent, vers 1549 à MBanza Kongo, la première cathédrale de l’Afrique subsaharienne : São Salvador do Congo.


Dans l’espoir d’atteindre les mines d’or et d’argent, dont ils supposent l’existence au centre de l’Afrique, près des sources du fleuve Kwanza, les Portugais entament la reconnaissance des rives de ce fleuve, surtout à partir de 1550. C’est surtout l’oeuvre de Paulo Dias de Novais qui entreprend l’exploration du nord de l’Angola actuel entre 1559 et 1589. En 1575, à une cinquantaine de kilomètres au nord de l’embouchure du fleuve Kwanza, il fonde une ville qu’il nomme São Paulo da Assunção de Loanda. Cette ville deviendra plus tard Luanda, la capitale de l’Angola, et son port sera pendant trois siècles le principal point de départ de la traite des esclaves vers le Brésil. Entre trois et quatre millions d’esclaves noirs seront envoyés vers l’Amérique du Sud !

Paulo Dias de Novais y fait construire dès 1576 une imposante forteresse, le fort de São Miguel, qui deviendra plus tard, et jusqu’en 1975, le quartier général des forces portugaises en Angola. En 1571, Paulo Dias de Novais, par charte royale, devient le premier gouverneur de l’Angola. Dans son exploration de l’arrière-pays, il doit combattre les indigènes du royaume de Ndongo, qui s’étend le long des rives du fleuve Kwanza, au sud du royaume du Kongo. Dias de Novais est d’abord victorieux en 1580 et construit en 1582, pour protéger ses conquêtes, le fort de Massangano sur la rive du Kwanza. Mais les Portugais sont défaits en 1590 et sont contraints d’accepter un pacte avec le royaume de Ndongo, qui définit les frontières entre les possessions des Portugais et celles du royaume de Ndongo.

Après la mort de Dias de Novais, Lisbonne se désintéresse de sa colonie, mais les Portugais locaux continuent d’explorer le pays et de soumettre les peuplades indigènes, toujours dans l’espoir de trouver de l’or et de l’argent. Cet espoir est déçu, et les Portugais vont se limiter au très rentable commerce des esclaves. Afin de faciliter ce trafic, Manuel Cerveira Pereira fonde en 1617 beaucoup plus au sud la ville portuaire de Benguela, une nouvelle ville qui deviendra avec Luanda l’épicentre de la traite des esclaves.

Malgré le pacte entre les Portugais et le royaume de Ndongo, les marchands et aventuriers portugais ne renoncent pas à s’emparer de ce royaume, toujours dans l’illusion d’y trouver de fabuleuses richesses. Les combats reprennent en 1626, et l’âme de la résistance du royaume est la reine Njinga Mbande, qui va tenir tête aux Portugais jusqu’à sa mort en 1663. Au 20e siècle, dans la guerre pour l’indépendance, elle a été présentée comme une héroïne pionnière de la lutte pour l’indépendance de l’Angola.

En plus de ces problèmes intérieurs avec le royaume de Ndongo, les autorités portugaises de l’Angola sont depuis 1624 confrontées à une grave menace de la part des Hollandais. L’amiral hollandais Piet Hein avait déjà remporté des succès au Brésil, en s’emparant en 1624 de la capitale Bahia. Les Hollandais avaient ensuite occupé de 1630 à 1654 la région de Pernambuco, avec Recife comme ville principale. Ils essaient également d’expulser les Portugais de l’Angola, et lors de son voyage de retour du Brésil en 1624, Piet Hein tente sans succès de s’emparer de Luanda.

Ses successeurs connaissent plus de réussite : une flotte hollandaise, commandée par Cornelis Jol, surnommé Houtebeen (jambe de bois), parvient à s’emparer en 1641 de Luanda, et conquiert ensuite les principales villes côtières de l’Angola, dont Benguela et Cabinda, au nord du fleuve Congo. L’Angola devient un territoire de la W.I.C. (West-Indische Compagnie = Compagnie des Indes Occidentales) sous le nom de Loango-Angola. Le fort Sáo Miguel de Luanda devient Fort Aardenburgh. Les Portugais sont contraints de se replier vers l’intérieur du pays, mais en 1648, la situation s’est nettement redressée à Lisbonne et le roi João IV envoie une escadre en Angola pour combattre les Hollandais. Cette expédition est commandée par Salvador Correia de Sá, qui parvient à reconquérir Luanda, et le 16 août 1648, le gouverneur hollandais Cornelis Hendrikszoon Ouman présente sa reddition à Salvador Correia de Sá. L’Angola est à nouveau un territoire portugais, et la traite des esclaves reprend de plus belle...

De 1650 à 1836, l’histoire de l’Angola se résume en quelques mots : la traite des Noirs, envoyés par dizaines de milliers vers le Brésil. À Luanda, la forteresse de São Pedro da Barra, construite en 1703, sert d’entrepôt pour les esclaves en transit vers le continent américain. En 1836, Lisbonne interdit le commerce des esclaves - pas encore l’esclavage lui-même -, mais les colonies mozambiquiennes et angolaises ne se soucient pas le moins du monde de ce décret.

Progressivement, la colonisation portugaise s’intensifie, et de nouvelles villes sont fondées, comme - Novo Redondo (actuellement Sumbe) en 1768 par le gouverneur Francisco Inocêncio de Sousa Coutinho, Moçâmedes en 1849, Nova Lisboa (actuellement Huambo) en 1912, par le gouverneur, le général José Norton de Matos.

Le rêve du Portugal est de réunir l’océan Atlantique à l’océan Indien en créant un axe ouest-est allant de l’Angola jusqu’au Mozambique. Ce grand projet, appelé Carte rose (Mapa Cor-de-Rosa) est lancé vers 1875 pour contrecarrer l’expansionnisme britannique, qui vise à réaliser un axe nord-sud de l’Afrique sous contrôle britannique. Plusieurs expéditions sont organisées pour explorer la région entre l’Angola et le Mozambique. Partant du Mozambique, les plus importantes sont celle de Serpa Pinto et celle de Roberto Ivens et Hermenegildo Capelo. En Angola, il faut surtout mentionner le colonel Artur de Paiva, qui a entrepris dans ce but plusieurs expéditions vers l’est à l’intérieur des terres angolaises, et fondé la ville de Cuvango.

Mais les projets portugais s’opposent à ceux de la Grande-Bretagne, et Londres envoie le 11 janvier 1890 un ultimatum à Lisbonne, lui ordonnant d’évacuer les territoires revendiqués par la Grande-Bretagne. Lisbonne se soumet, et enterre ainsi son rêve de réaliser l’axe ouest-est portugais. Le retrait de ses forces militaires devant cet ultimatum est ressenti par la population portugaise comme une camouflet humiliant, et sera quelques années plus tard une des causes de la chute de la royauté et de l’instauration de la république.

Le long chemin vers l’indépendance

C’est l’arrivée au pouvoir de Salazar à Lisbonne qui va faire évoluer la situation dans les colonies portugaises. Après avoir opéré un spectaculaire redressement économique du Portugal en tant que ministre des Finances de 1928 à 1932, il devient premier ministre en 1932 et restera l’homme fort du Portugal jusqu’à sa mort en 1970. Il cumule les portefeuilles de premier ministre, des Finances, de la Guerre et des Affaires étrangères ! Consolidant le régime autoritaire, il présente en 1933 une nouvelle constitution, qui doit mettre fin à la dictature militaire et introduire l’État Nouveau, en portugais l’Estado Novo. Cet État Nouveau est un régime politique nationaliste, proche de l’idéologie fasciste de Mussolini mais moins totalitaire et moins basé sur le culte de la personnalité. L’État Nouveau est surtout fondé sur le catholicisme et l’anticommunisme.

Défenseur d’une politique colonialiste, alors que le reste des nations européennes décolonise progressivement, il s’oppose à toutes les tendances d’autodétermination des colonies portugaises, et il mène une guerre coloniale coûteuse et impopulaire pour garder la mainmise du Portugal sur ses colonies, en premier lieu l’Angola et le Mozambique. Cette guerre ne s’achèvera qu’en 1974, avec la révolution du 25 avril. Pour Salazar, les territoires portugais d’outre-mer ne sont en fait pas des colonies, mais ils font intégralement partie de la nation portugaise. Il favorise fortement l’émigration des Portugais, surtout vers l’Angola et le Mozambique, pour y consolider le pourvoir portugais. C’est pourquoi il change en 1951 le statut de ces colonies, qui deviennent les provinces portugaises ultramarines. L’Angola devient ainsi officiellement une partie du Portugal...

L’importance attachée par Lisbonne à ces territoires d’outre-mer est soulignée par les voyages que les présidents successifs du Portugal entreprennent dans ces lointaines parties du Portugal.
◆ Il y a la visite en Angola en 1938 d’Óscar Carmona, président de 1926 à 1951.
◆ Puis celle en 1954 de Francisco Craveiro Lopes, président de 1951 à 1958.
◆ Finalement celle en 1963 d’Américo Tomás, président de 1958 à 1974.

Alors que la décolonisation dans les années 1960 bat son plein en France, en Grande-Bretagne et en Belgique, Lisbonne, avec Salazar et après lui, à partir de 1970, Caetano, maintient obstinément le régime colonialiste en Angola. Le premier mouvement local de résistance est le MPLA (Movimento Popular de Libertação de Angola), d’orientation marxiste, dirigé par Agostinho Neto. Il est créé en 1956.

La première action importante du MPLA se situe le 4 février 1961 à Luanda, où 2000 colons portugais sont massacrés. Les représailles portugaises seront impitoyables et feront à leur tour 10 000 victimes. Ce premier accrochage sérieux signifie le début de la guerre d’indépendance. Après ce massacre, deux autres groupes armés vont se constituer en plus du MPLA, et, plutôt que de s’unir pour combattre l’ennemi commun portugais, ils vont passer le plus clair de leur temps à se combattre mutuellement. Il s’agit de l’UNITA (União Nacional para a Independência Total de Angola, dont les abréviations forment le mot UNITA, unité), dirigé par Jonas Savimbi et du FNLA (Frente Nacional de Libertação de Angola), dirigé par Holden Roberto.

La répression portugaise se fait de plus en plus dure, mais cette guerre coloniale pour garder la mainmise du Portugal sur ses colonies dégrade fortement les finances de l’État et devient de plus en plus impopulaire. Surtout l’armée commence à s’insurger contre la politique conservatrice du gouvernement. Tout évolue rapidement après la Révolution des Oeillets du 25 avril 1974, qui met fin au régime salazariste. Des pourparlers sont entamés en janvier 1975 avec les trois groupes armés pour préparer l’indépendance, qui est programmée pour fin 1975. La transition est cependant loin d’être pacifique, car les trois groupes armés commencent à se battre entre eux. Plus de 300 000 colons portugais évacuent en toute hâte l’Angola et retournent au Portugal, pour échapper aux émeutes, à la violence et aux pillages dont l’Angola et surtout sa capitale Luanda sont le théâtre. Le 11 novembre 1975, l’Angola accède à l’indépendance. Mais c’est une indépendance dans un climat de guerre civile.

Dans cette guerre civile, qui avait déjà en fait commencé plusieurs années avant l’indépendance, trois factions vont se combattre pendant 27 ans :
◆ le MPLA d’Agostinho Neto, soutenu par l’Union soviétique et Cuba.
◆ l’UNITA de Jonas Savimbi, soutenu par le bloc occidental et l’Afrique du Sud.
◆ le FNLA de Holden Roberto, soutenu par le Zaïre de Mobutu.

Le MPLA, le plus puissant parce qu’il jouit d’une aide massive des forces militaires cubaines, proclame son chef Agostinho Neto président du pays. Agostinho Neto est un fervent adepte du communisme et fait de son pays la République populaire de l’Angola.

Jonas Savimbi et surtout Holden Roberto se situent nettement plus à droite et considèrent que la politique communiste est extrêmement néfaste pour l’Angola. Initialement, les armées sud-africaines, soutenant l’UNITA, et zaïroises, soutenant le FNLA, envahissent l’Angola et menacent Luanda. Avec l’aide militaire cubaine, le MPLA parvient péniblement à se maintenir. Lorsque le Zaïre se retire, le FNLA perd toute importance et Holden Roberto est contraint de partir en exil dès 1976.

Les États-Unis se retirent du conflit, pour ne pas paraître au monde comme l’allié principal du régime sud-africain, où sévit encore l’apartheid. Cela oblige l’Afrique du Sud à retirer ses troupes de l’Angola, mais le pays ne cesse pas pour autant d’accorder une aide logistique et financière à l’UNITA de Savimbi contre le MPLA. La raison principale de cette aide est le fait que le MPLA soutient activement le SWAPO, le mouvement qui lutte pour l’indépendance du Sud-Ouest africain, qui deviendra en 1990 la Namibie, et qui est alors encore sous contrôle sud-africain.

La lutte entre le MPLA et l’UNITA se poursuit sans interruption jusqu’à la mort de Neto, le 10 septembre 1979 à Moscou, où, gravement malade, il était parti pour se faire soigner. Il est remplacé à la tête du MPLA et à la présidence de l’Angola par José Eduardo dos Santos, qui occupera la présidence de l’État jusqu’en 2017.

Plus pragmatique que Neto, dos Santos essaie de mettre fin à la guerre civile, mais les deux factions, le MPLA et l’UNITA, profitant toutes les deux de l’aide incessante bien que moins visible de leurs alliés communistes et occidentaux, continuent à se combattre sans répit.

Ce n’est que fin 1988 qu’un premier accord est signé, rapidement foulé aux pieds par les deux partis. Un nouvel accord est signé en 1991, et cet accord aboutit aux premières élections multipartites de l’Angola en 1992.

L’accord est rompu en 1995, et la guerre civile reprend, bien qu’avec moins de vigueur qu’auparavant. En 1997, une nouvelle tentative de rapprochement entre Savimbi et dos Santos aboutit à un gouvernement d’union nationale, mais cet espoir de paix est rompu dès 1998, avec la reprise des hostilités. L’UNITA, qui avait perdu une grande partie de ses soutiens financiers, militaires et logistiques après la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, est de plus en plus menacé. Dès 1999, l’UNITA doit battre en retraite et est finalement définitivement éliminé. Son chef, Jonas Savimbi, est abattu le 22 février 2002. Le 4 avril 2002, un nouvel accord est signé, qui cette fois-ci, après l’élimination de l’UNITA et de son chef Savimbi, tiendra bon. La guerre civile, qui a duré 27 ans, a fait plus d’un demi-million de victimes et a entraîné le déplacement de quatre millions d’Angolais...

Malgré la longue guerre civile, le MPLA est donc resté au pouvoir depuis l’indépendance d’une façon ininterrompue, et a obtenu une nouvelle fois une majorité absolue aux élections de 2017. En 2018, comme prévu, João Lourenço, du MPLA, remplace dos Santos à la tête de l’État. L’avenir reste incertain, et la démocratie reste extrêmement fragile dans ce pays qui se relève difficilement de sa longue guerre civile.

Guy Coutant