L’on ne connaît pas avec certitude quel est le premier explorateur à avoir découvert les îles du Cap-Vert. C’est probablement le vénitien Alvise Cadamosto, au service du prince portugais Henri le Navigateur, en 1456. Le mérite de la découverte d’une partie des îles est cependant surtout attribué à Antonio da Noli en 1462, tandis que la découverte d’autres îles serait l’oeuvre de Diogo Gomes, également en 1462. Il est fort probable que d’autres navigateurs, comme Diogo Dias et Diogo Afonso, ont également joué un rôle dans la découverte des différentes îles.
Les îles étaient initialement inhabitées, mais dès la fin du 15e siècle, un grand nombre de juifs portugais qui refusaient de se faire baptiser sont exilés dans ces îles. L’arrivée de nombreux esclaves venant du continent africain donne à l’archipel une population fortement métissée. Les îles du Cap-Vert deviennent rapidement un important lieu de transit pour la traite des esclaves noirs envoyés au Brésil. Les îles ont souvent été attaquées, comme en 1585 par l’Anglais Francis Drake, qui dévaste l’archipel et saccage complètement les villes de Ribeira Grande et Praia. Fin 1711, c’est le Français Jacques Cassard qui s’empare de Praia, qui est une nouvelle fois entièrement pillée. Il est plutôt étonnant que le Cap-Vert ait accordé une série de quatre timbres en l’honneur de Francis Drake, alors que celui-ci a été l’auteur d’une destruction totale de l’archipel.
L’histoire de l’archipel ressemble à celle de Saint-Thomas et Prince : il sert principalement de lieu de transit pour les esclaves envoyés au Brésil, et l’abolition de l’esclavage au Portugal et dans ses colonies, proclamée en 1869, ruine l’économie du Cap-Vert.
Lisbonne ne manifeste qu’un intérêt très limité pour cette colonie jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Salazar, qui instaure l’État Nouveau, en portugais l’Estado Novo, fondé sur le catholicisme et l’anti-communisme. Défenseur d’une politique colonialiste, alors que le reste des nations européennes décolonise progressivement, Salazar ne considère les territoires d’outremer pas comme des colonies, mais comme des parties intégrantes de la nation portugaise. C’est pourquoi il change en 1951 le statut de ces colonies qui deviennent les provinces portugaises ultramarines. L’archipel du Cap-Vert devient ainsi officiellement une partie du Portugal...
L’importance attachée par Lisbonne à ces territoires d’outre-mer est soulignée par les voyages que les présidents successifs du Portugal entreprennent dans ces lointaines parties du pays.
◆ Il y a la visite aux îles en 1939 d’Óscar Carmona, président de 1926 à 1951.
◆ Puis celle en 1955 de Francisco Craveiro Lopes, président de 1951 à 1958.
◆ Finalement celle en 1970 d’Américo Tomás, président de 1958 à 1974.
La vie est dure au Cap-Vert. La déforestation intensive a créé un climat aride, qui a causé des périodes d’intense sécheresse et de terribles famines, causant des milliers de victimes. L’archipel connaît plusieurs révoltes contre la misère et la famine. Les plus importantes sont celle de 1894 à Paul, dans l’île de Santo Antâo, celle de 1910 à Ribeirão Manuel (en dialecte local Rubon Manel), dans l’île de Santiago, et celle de 1934, dirigée par Ambrosio Lopes à Mindelo, dans l’île de São Vicente.
Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, le Cap-Vert connaît une certaine prospérité, malgré les épisodes de famine et de sécheresse, grâce au port de Mindelo qui devient un très important relais pour le ravitaillement en fuel et en vivres sur la route maritime vers les États-Unis, mais cette prospérité s’écroule lorsque Mindelo n’est plus une escale indispensable. C’est alors que le PAIGC (Partido Africano para a Indepêndencia da Guiné e Cabo Verde), un mouvement qui milite pour l’indépendance de la Guinée portugaise et du Cap-Vert, voit le jour en 1956 en Guinée portugaise. Il est fondé et dirigé par Amílcar Cabral.
Sa première action importante est la grève dans le port de Bissau, le 3 août 1959, en Guinée portugaise. L’action violente de la police portugaise fait des dizaines de victimes. C’est le début d’une guerre qui va durer treize ans entre le PAIGC, soutenu par Cuba et l’Union soviétique, et les forces portugaises. Tout évolue très vite après la Révolution des Oeillets le 25 avril 1974 à Lisbonne, qui voit la chute du régime salazarien. Les négociations entre le Portugal et le PAIGC aboutissent rapidement, et le Cap-Vert obtient son indépendance le 5 juillet 1975. Amílcar Cabral n’est cependant plus présent : il a été tué le 20 janvier 1973, probablement par la PIDE, la police secrète portugaise. Le premier président est Aristides Pereira, qui a succédé à Amílcar Cabral à la tête du PAIGC. Il occupe la présidence de 1975 à 1991. Le multipartisme est instauré en 1990, et le Cap-Vert semble être une des rares ex-colonies portugaises où la transition s’est faite sans lutte armée et où la démocratie est respectée.
Guy Coutant