Il y a soixante-dix ans : la guerre de Corée s’achevait

Timbre-poste de la Poste américaine émis en l’honneur des « veterans », les soldats américains ayant combattu pendant la guerre de Corée.

La guerre de Corée s’était déroulée de 1950 à 1953, en pleine période de « guerre froide ». Après trois ans d’une terrible guerre, l’armistice était enfin signé à Panmunjon le 27 juillet 1953. Cette guerre a fait près de trois millions de morts, dont 600.000 soldats des deux camps.

C’est le matin d’un certain 25 juin 1950 qu’éclata la guerre de Corée, pour s’achever le 27 juillet 1953. Mais, précisent les observateurs politiques, la signature d’une « Convention d’armistice » (en fait, il s’agit d’un accord de cessez-le-feu) signée à Panmunjon le 27 juillet 1953, village situé à la frontière entre les deux Corées, n’est pas encore un vrai « Traité de paix ». De ce fait, la paix n’a effectivement jamais été signée entre les deux Corée depuis 1953 … Depuis la signature de cet armistice, une zone démilitarisée a été établie le long du 37e parallèle, le long de la frontière séparant ces deux Etats ennemis. De chaque côté, les deux armées, la nord-coréenne et la sud-coréenne (assistée par des soldats américains) se surveillent et s’espionnent jour et nuit, 24/24h, avec des caméras, etc. La suspicion et la crainte règnent en maître dans cette zone frontalière. Une Commission d’observation (la « Neutral Nations Supervisory Commission/NNSC », voir plus loin) est chargée, aujourd’hui encore, de contrôler le respect de l’armistice et de gérer les contacts réguliers entre les deux nations en guerre en 1950-1953. Sur le plan historique, rappelons encore que cette guerre de Corée aurait pu aboutir à une guerre nucléaire entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, si le président américain Truman n’avait pas « sagement » limogé le général MacArthur en avril 1951, lequel voulait larguer des bombes atomiques sur la Chine communiste …

Histoire postale : le courrier de guerre

L’encadré « Les dates clés » donne les principaux repères historiques et politiques nécessaires à la compréhension de cette guerre. Quant à nous, philatélistes et spécialistes d’histoire postale, ce sont bien sûr les aspects « postaux » qui nous intéressent avant tout. Nous pouvons identifier trois types de courrier principaux : a) le courrier expédié par les soldats des 23 pays qui ont contribué en hommes ou en appui logistique à l’opération militaire en Corée, qui fut d’emblée placée sous le drapeau de l’ONU (Organisation des Nations Unies) ; b) le courrier des militaires nord-coréens et chinois, un aspect bien évidemment beaucoup plus difficile à étudier et à traiter, car ce type de courrier est extrêmement rare à trouver ; et c) le courrier des militaires des deux camps faits prisonniers (des soldats furent faits prisonniers par les deux armées, et il y eut aussi des pilotes d’avions américains abattus en Corée du Nord). Reprenons ces trois catégories de courrier pour mieux les décrire.

Le courrier des militaires de la Force de l’ONU

La référence à l’ONU est indispensable, car c’est en effet le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 27 juin 1950, qui décida qu’une force militaire onusienne – regroupant tous les contingents mis à la disposition de l’ONU par les pays membres - s’opposerait militairement à la Corée du Nord, dans le but de libérer la Corée du Sud envahie par son voisin du nord.
Seize pays envoyèrent des troupes de militaires en Corée, dont la France, et sept pays participèrent au moyen d’un appui logistique et/ou sanitaire. Les Etats-Unis fournirent l’essentiel des troupes et des armements, et ils assurèrent également le commandement supérieur de cette « Force de l’ONU ». Les lettres expédiées par des soldats américains en Corée sont les plus nombreuses et on peut encore en trouver facilement, alors que celles des petits contingents sont rares et recherchées.
Sur le plan des liaisons postales, comme il est d’usage dans de pareilles circonstances, chaque pays avait mis en place son propre système d’acheminement du courrier « vers » et « de ses » militaires en Corée.
Différents systèmes postaux furent choisis, selon les pays. Retenons ici simplement que chaque bureau postal militaire des contingents nationaux était intégré dans le système de la poste militaire américaine (US Army Post Office), qui jouait le rôle de « bureau postal central » pour le départ et l’arrivée du courrier des soldats. Chaque contingent s’était vu attribué un numéro spécifique (FAPO 5002 pour le contingent français). Selon la région de stationnement des troupes, c’était la poste militaire britannique qui jouait ce rôle. Les articles cités en référence fournissent d’excellentes informations et illustrations de plis. Quelques monographies étudient et expliquent dans le détail le courrier d’un contingent national spécifique.

Le courrier des soldats nord-coréens et chinois

Il est extrêmement difficile de trouver de tels plis. Car les conditions économiques et sociales qui prévalaient à cette époque tant en Corée du Nord qu’en Chine populaire ont fait que seuls quelques très rares plis ont survécu et sont en mains de collectionneurs. En effet, comment peut-on imaginer que des familles de soldats nord-coréens ou chinois aient ainsi gardé des plis reçus de leurs fils envoyés au front ? D’ailleurs, ont-ils seulement pu écrire, de temps en temps, à leurs proches ? Rien n’est moins sûr. L’histoire postale de ce courrier-là reste bel et bien encore à écrire ! Cependant, et nous le verrons ci-après, des lettres affranchies avec des timbres-poste nord-coréens ont pu être postées en Corée du Nord par des membres de la NNSC, car ils avaient l’autorisation d’accéder à la région frontalière nord-coréenne.

Le courrier des prisonniers

Quelques lettres envoyées par des militaires américains faits prisonniers par les armées de Corée du Nord ou de Chine (souvent, il s’agissait de pilotes dont l’avion avait été abattu) ont refait surface ces dernières années. Ecrits pendant leur captivité, ces plis indiquent tous clairement de quel « camp de prisonniers » ils furent envoyés. En tout, il y avait 12 camps de prisonniers occidentaux en Corée du Nord. Les plus anciens plis portent le cachet « Chinese People’s Committee for World Peace » (parfois aussi écrit à la main) au recto de l’enveloppe, « à la demande » des gardiens chinois. Chaque lettre était, bien entendu, censurée par les Chinois. Ces lettres sont le plus souvent adressées aux familles des prisonniers. Leurs lettres permettaient, malgré la censure nord-coréenne, de se faire une petite idée des conditions difficiles de leur détention dans les camps nord-coréens. Inutile de dire que de tels plis de prisonniers constituent une vraie rareté. Après la signature de l’armistice en 1953, ces prisonniers ont pu regagner les Etats-Unis ou leur pays d’origine. Mais, et cela est un peu plus difficile à imaginer, quelque 20 Américains faits prisonniers par les Coréens du Nord, à la fin de la guerre, ont décidé de rester en Corée du Nord pour s’y établir définitivement.

Parmi les 34.000 soldats prisonniers nord-coréens et chinois, il y en eut, selon les sources, quelque 20.000 qui décidèrent de ne pas retourner dans le camp communiste. Une Commission spéciale (la « Neutral Nations Rapatriation Commission /NNRC ») fut chargée de leur rapatriement, chaque prisonnier étant auditionné personnellement avant d’être ramené dans le « camp » de son choix.

Les dates-clés
1950
◆ 25 juin - A 04h00, les troupes de la Corée du Nord franchissent le 38e parallèle et lancent une attaque générale contre la Corée du Sud. Officiellement, la Corée du Nord déclare la guerre à la Corée du Sud. Le Président américain Truman donne l’ordre d’acheminer en hâte vers la Corée du matériel et des troupes, notamment deux divisions américaines alors basées au Japon.
◆ 26 juin - Le Conseil de sécurité de l’ONU, en l’absence de l’URSS qui le boycotte, adopte la résolution no 82 qui exige le retrait immédiat des Nord - Coréens des territoires qu’ils occupent.
◆ 27 juin - Le Président américain Truman invite tous les pays membres de l’ONU à « apporter à la République de Corée toute l’aide nécessaire pour repousser les assaillants ». 53 pays membres sur 59 soutiennent les Etats-Unis. 42 pays fourniront une contribution, dont 16 par une participation militaire (troupes et unités d’appui) et 7 par l’envoi de bateaux-hôpitaux et d’hôpitaux de campagne.
◆ 30 juin - Le Président Truman donne au général Douglas MacArthur les pleins pouvoirs pour mettre en place la riposte alliée, en le nommant « Chief of the United Nations Command » (chef de l’état-major de l’ONU).
◆ 10 juillet - Le Conseil de sécurité de l’ONU décide de créer un commandement unifié. Le général MacArthur est nommé commandant en chef de la Force de l’ONU.
◆ 15 septembre - Les troupes de l’ONU lancent leur première offensive majeure et débarquent à Inchon, à l’arrière des troupes nord-coréennes.
◆ 26 septembre - Séoul est reprise et placée sous le contrôle des troupes de l’ONU.
◆ 1er octobre - Le 38e parallèle est atteint par les troupes alliées. Les troupes de Corée du Nord sont repoussées.
◆ 18 octobre - Les troupes alliées, après avoir franchi les 38e parallèle, sont à Pyongyang, et le 26 aux abords du fleuve Yalou, la frontière mythique de la « Chine rouge ».
◆ Mi-octobre - 300.000 soldats chinois franchissent de nuit le fleuve Yalou. Les troupes alliées, surprises, doivent reculer.
◆ 26 novembre - Trente divisions chinoises, avançant par vagues humaines, sans se soucier des pertes subies, attaquent la 2e Division américaine, et enfoncent le front.
◆ 22 décembre Le Président chinois Mao Tsé-Toung rejette l’offre de cessez-le-feu et fait franchir à son tour le 38e parallèle à ses troupes.

1951
◆ 4 janvier - Les troupes chinoises reprennent Séoul.
◆ Mars - Après deux mois d’offensives et de contre-offensives confuses, le front se stabilise à la hauteur du 38e parallèle.
◆ Avril - Le Président américain Truman limoge le général Douglas MacArthur.
◆ Juillet - Les négociations entre les belligérants s’ouvrent. Elles traîneront pendant deux ans.

1953
◆ 27 juillet - La Convention d’armistice est signée à Panmunjon, petite ville située sur la ligne de démarcation, mettant ainsi fin à trois ans d’intenses combats. Il entérine la séparation de la Corée en deux Etats distincts.(Source : Michel Tatu, 26 mai 1995, Le Monde)

Des timbres pour les soldats de Corée

Plusieurs pays ont émis des timbres-poste pour rendre un hommage à leurs soldats qui ont combattu en Corée. Les deux pays communistes en guerre, la Corée du Nord et la Chine populaire, ont tous deux émis plusieurs séries de timbres-poste commémoratifs en lien avec la guerre de Corée. Utilisant à 100% l’effet « propagande » du timbre-poste, ils les ont mis en vente pour diffuser des messages d’unité nationale, de victoires militaires, d’héroïsme de certains soldats, etc. Ces timbres-poste peuvent encore être trouvés en l’état neuf, mais ils sont très rares sur des enveloppes ayant réellement été acheminées à l’époque de leur mise en vente.

Le contingent français de l’ONU en Corée

En réponse à la résolution de l’ONU créant une Force des Nations Unies pour libérer la Corée du Sud, la France mit à la disposition du commandement de l’ONU un contingent composé de volontaires d’active et de réserve issus de France, des anciennes colonies et de la Légion étrangère. Jusqu’à l’armistice, 15 contingents se succédèrent en Corée. Ce contingent fut d’abord appelé « Bataillon français de l’ONU », puis « Régiment de Corée ». En 1953, le Régiment de Corée fut envoyé en Indochine.

Sur le plan postal, le contingent français de Corée était desservi par le Bureau postal militaire 560 (ce numéro figure sur le timbre à date du courrier déposé en « recommandé » ainsi que sur l’étiquette recommandée). Quatre postiers se chargeaient de la réception du courrier déposé par les soldats et de la distribution du courrier reçu de la métropole. L’oblitération apposée sur le courrier partant était marqué « POSTE AUX ARMEES/TOE » (« TOE » signifiant « Théâtre d’Opération Extérieure »), et tout le courrier bénéficiait de la franchise d’affranchissement. Certains plis portent d’ailleurs la mention manuscrite « F.M. » pour « franchise militaire ».

Le 27 juillet 1953 s’achève cette guerre de Corée, par la signature à Panmunjon, ville située sur la ligne de démarcation entre les deux Corées, d’une « Convention d’armistice ». Une page du livre de la « guerre froide » venait d’être tournée, laissant aux collectionneurs que nous sommes un vaste domaine de recherche d’histoire postale. Mais soixante-dix ans après la fin de la guerre de Corée, le risque d’une attaque nord-coréenne est toujours présent aujourd’hui.

Jean-Louis Emmenegger (AIJP)