L’exploration de l’Australie

1. Australie, 1991, n° 1223 200e anniversaire du début de l'exploration de l'Australie occidentale. En bas : George Vancouver

L’an dernier nous avons évoqué la découverte de l’Australie (cf TM 197) par ses côtes. Abordons à présent la suite de l’histoire, l’exploration de l’intérieur du continent qui s’avère longue et pénible. De nombreux explorateurs et aventuriers perdent la vie dans des expéditions entreprises par curiosité, par souci scientifique, par soif de conquête ou par avidité. Voici une galerie de portraits - en timbres essentiellement australiens bien sûr  - de ces hommes d’origines très diverses qui se sont relayés dans cette entreprise.

Bien que toutes ces expéditions n’aient pas eu la même envergure et que leurs résultats n’atteignent pas toutes le même niveau, le plus facile est de les suivre par ordre chronologique, après l’arrivée d’Arthur Phillips sur la côte orientale en 1788. 

George Vancouver (1757-1798) 1 accompagne James Cook lors de ses deuxième et troisième voyages, et il est désigné en 1791 pour commander une expédition d’exploration de l’océan Pacifique. Il prend possession, au nom de la couronne britannique, de la région côtière du sud de l’actuelle province d’Australie occidentale. Il poursuit alors sa route vers le nord, et de 1791 à 1794, il continue l’exploration et la cartographie des côtes du Pacifique Nord, de l’Oregon jusqu’en Alaska. 

Matthew Flinders (1774-1814) accompagne déjà en 1791 le capitaine William Bligh lors d’un voyage dans le Pacifique Sud. En 1795, il explore avec George Bass (1771-1803) la région autour de l’actuelle ville de Sydney 2. Son voyage le plus important, toujours avec George Bass, se situe en 1798, lorsqu’il fait le tour de la Tasmanie 3 (alors encore appelée Van Diemen’s Land), prouvant ainsi définitivement qu’il s’agit bien d’une île. Il donne le nom de son ami George Bass au bras de mer entre l’Australie et la Tasmanie : le détroit de Bass. La découverte de ce passage permet de raccourcir considérablement le temps nécessaire aux navires pour contourner l’Australie par le sud. George Bass périt en mer en 1803. Flinders a entre-temps reçu une nouvelle mission : établir une cartographie aussi détaillée que possible de toutes les côtes de l’Australie. De 1801 à 1803, à bord de l’Investigator, il fait le premier tour complet de l’Australie, traçant un ensemble de cartes côtières d’une précision remarquable. 

En avril 1802, il rencontre le Français Nicolas Baudin 4, qui, à bord du Géographe, avait reçu la même mission cartographique de la France. Flinders et Baudin sympathisent, échangent leurs découvertes, et font même voile ensemble. Malheureusement, Flinders fait fin 1803 escale à l’île de France (aujourd’hui l’île Maurice), sans savoir que la guerre avait éclaté entre l’Angleterre et la France de Napoléon. Il est retenu dans l’île pendant sept ans, et ne peut rentrer en Angleterre que fin 1810. De retour en Angleterre, il se met à écrire son livre “A Voyage to Terra Australis”, qui sort de presse le 18 juillet 1814, un jour avant la mort de Flinders, à peine âgé de 40 ans. 

C’est en remontant le fleuve Hunter, 160 km au nord de Sydney, que John Shortland (1769-1810) remarque que l’estuaire du fleuve est un excellent emplacement pour y développer des installations portuaires. Il découvre aussi que le charbon est abondant dans la région : c’est ainsi que naquit la ville de Newcastle, qui deviendra un centre industriel important, avec des charbonnages et des aciéries 5. La découverte de John Shortland est le fruit du hasard : c’est en poursuivant des forçats évadés qu’il constate l’excellence de l’estuaire du fleuve Hunter pour y développer un port et un centre industriel. Les débuts de la ville de Newcastle sont cependant pénibles : ce sont les criminels les plus dangereux qui y sont envoyés pour travailler dans les mines de charbon. Les Britanniques veulent rapidement s’installer dans l’île de van Diemen, la future Tasmanie, pour deux raisons 6 : d’abord pour éviter que les Français ne les devancent, ensuite pour y fonder une nouvelle colonie pénitentiaire. 

En 1804, David Collins (1756-1810) est envoyé sur l’île, et s’établit près de l’estuaire du fleuve Derwent, dans le sud-est de l’île : cette colonie pénitentiaire deviendra plus tard la ville de Hobart, capitale de la Tasmanie. William Paterson (1755-1810) quant à lui, s’installe en 1804 à Port Dalrymple, à l’estuaire du fleuve Tamar, dans le nord de la Tasmanie. Il est jusqu’en 1808 le commandant de Port Dalrymple, qui est actuellement la ville de George Town. Rappelé fin 1808 à Sydney pour succéder à William Bligh en tant que gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, il est remplacé fin 1809 par Lachlan Macquarie. Il meurt le 12 mai 1810, pendant son voyage de retour vers l’Angleterre. Van Diemen’s Land allait rester pendant des décennies une grande colonie pénitentiaire. On y envoie surtout les récidivistes et les prisonniers les plus dangereux et difficiles. 

L’intégralité de la population indigène est exterminée en quarante ans, par les colons britanniques et par les bushrangers, des hors-la-loi qui sont généralement des bagnards évadés. L’alcool et la syphilis accélèrent encore cette extermination. Les derniers bagnards arrivent en 1853, et pour faire oublier ce passé peu glorieux, le van Diemen’s Land change de nom en 1856 et devient la Tasmanie. La côte orientale de l’Australie est longée par une grande chaîne de montagnes qui semblait infranchissable. Autour de Sydney, cette cordillère avait reçu le nom de Montagnes Bleues.

En 1813, William Wentworth (1790-1872), accompagné de Gregory Blaxland (1778-1853) et de William Lawson (1774-1850), parvient à découvrir un passage, qui va ouvrir la voie à la colonisation de l’intérieur du pays 7. William Charles Wentworth allait jouer plus tard un rôle important dans la politique australienne : il se met à la tête du “parti émancipiste”, qui demande les mêmes droits pour les bagnards qui avaient purgé leur peine ou qui avaient profité d’une remise de leur peine, et voulaient s’installer comme colons en Australie. En 1824, il fonde The Australian 8, le premier journal privé d’Australie. Il y mène une lutte constante contre le gouverneur Ralph Darling. Dans les années 1840, il se rallie au parti conservateur, aux côtés des grands propriétaires terriens, et en devient rapidement le leader. Il se bat ensuite pour un gouvernement autonome de la Nouvelle-Galles du Sud, ce qui se réalise en 1856. Il retourne alors en Angleterre, où il meurt en 1872. 

Philip Parker King (1791-1856) 9 est le fils de Philip Gidley King, le troisième gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud. Il est chargé par la Royal Navy d’explorer à fond les côtes australiennes afin de compléter les informations de Flinders, et de rechercher les fleuves navigables par lesquels une exploration approfondie de l’intérieur serait possible. En quatre voyages, entre 1817 et 1822, il atteint tous ses objectifs, ramenant un trésor d’informations sur le climat, la faune et la flore, la population indigène et les possibilités de développement. Plus tard, entre 1826 et 1830, il effectuera le même travail topographique en Amérique du Sud, effectuant une exploration approfondie du détroit de Magellan et de la Terre de Feu. Son fils sera un des compagnons de Charles Darwin pendant le voyage de celui-ci à bord du Beagle. 

Remontant vers le nord à partir de Sydney, John Oxley (1784-1828) 10 explore en 1817-1818 les régions des rivières Lachlan et Macquarie, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud. En 1823-1824, il effectue une nouvelle exploration, encore plus au nord, au départ de la baie de Moreton, sur la côte orientale de l’Australie. Il découvre et explore les rivières Bremer et Brisbane, et à l’estuaire de cette dernière naîtra la ville de Brisbane, qui deviendra la capitale de la province de Queensland. 

En 1824, dans le but de voir si l’accès de la côte méridionale de l’Australie est possible en passant par l’intérieur, Hamilton Hume (1797-1873) et William Hovell (1786-1875) 11 partent de Sydney et se dirigent vers le sud-ouest. Ils découvrent et traversent la rivière Murrumbidgee et le fleuve Murray (qu’ils appellent Hume river), et atteignent la côte dans la baie de Port Phillip, près de la ville de Geelong, dans l’actuelle province de Victoria. Malheureusement, les deux explorateurs sont entrés en conflit à partir de 1850, se disputant la paternité de leurs découvertes. 

Charles Sturt (1795-1869) parachève le travail de Hume et Hovell. Ses deux premières expéditions, entre 1828 et 1830, le font explorer tout le Sud-Est de l’Australie. Il suit le cours de plusieurs rivières, découvre la rivière Darling, et constate que toutes sont des affluents d’un grand fleuve, qu’il appelle le Murray. Ce n’est que plus tard que l’on se rend compte que le Murray n’est en fait rien d’autre que le Hume river découvert quelques années plus tôt par Hume et Hovell. Il descend le fleuve Murray 12 jusqu’à son embouchure, et constate avec dépit que l’estuaire de ce grand fleuve n’est pas navigable. En 1844, il entreprend une nouvelle expédition pour explorer le centre de l’Australie. Partant d’Adelaide, sur la côte méridionale, Il remonte le fleuve Murray et la rivière Darling pour atteindre, en plein centre de l’Australie, le désert de Simpson. Une nouvelle et dernière expédition échoue, à cause de son état de santé plus que délabré et de sa vue très déficiente depuis son voyage de 1830.

Thomas Mitchell (1792-1855) entreprend quatre grandes explorations à l’intérieur du pays. Les trois premières (1831-1832, 1835 et 1836) se situent en Nouvelle-Galles du Sud et ont pour but de parvenir à une meilleure connaissance des fleuves et rivières, surtout le Murray, le Lachlan et le Darling. Dans sa quatrième expédition, en 1845-1846, il traverse, toujours en suivant le cours des rivières, pratiquement tout le Queensland actuel, presque jusqu’à la côte septentrionale 13. Il doit rebrousser chemin après une rébellion des bagnards qui l’accompagnent. 

En 1840-1841, Edward John Eyre (1815-1901) 14 est le premier Européen à parcourir par voie terrestre tout le littoral de la Great Australian Bight (la Grande baie australienne). Partant d’Adelaide, il atteint finalement Albany, un port dans le sud-ouest de l’Australie. Il termine son expédition avec un seul porteur, les autres porteurs ayant fui après avoir tué son compagnon de route John Baxter. Eyre sera plus tard lieutenant-gouverneur en Nouvelle-Zélande, à la Jamaïque et à Saint-Vincent, où il devra réprimer d’une façon impitoyable une révolte des Noirs. 

D’origine polonaise, Paweł Edmund Strzelecki (1797-1873) 15 doit s’exiler après 1830 et arrive en Australie en 1839. Il explore les Snowy Mountains, la chaîne de montagnes la plus haute du continent australien, située entre Canberra et Melbourne. Il est le premier à gravir en 1840 le plus haut sommet de l’Australie (2 228 m), qu’il nomme le Mont Kosciuszko, en hommage au grand patriote polonais. Entre 1840 et 1842, Strzelecki effectue encore une exploration approfondie de la Tasmanie. 

D’origine prussienne, Ludwig Leichhardt (1813-1848) 16 part en 1842 pour Sydney, d’où il mène trois expéditions de grande envergure. La première (1844-1845) est la plus importante : partant de près de Brisbane, il explore les Darling Downs (la région méridionale du Queensland, à l’ouest de la cordillère australienne), et remonte vers le nord pour aboutir à la côte septentrionale, près de Darwin. Il entreprend ensuite deux expéditions (1846-1847 et 1848) pour explorer l’Australie occidentale, mais il disparaît sans laisser de traces en avril 1848. Sa mort demeure un mystère. 

John McDouall Stuart (1815-1866) 17 est le premier à avoir réussi la traversée sud-nord, partant d’Adelaïde pour aboutir à Darwin. Il aura fallu six expéditions à cet aventurier infatigable : entre 1858 et 1861, il doit renoncer cinq fois, mais, profitant de ses échecs successifs, il progresse chaque fois plus loin, et lors de sa sixième tentative, il atteint finalement la côte septentrionale de l’Australie le 24 juillet 1862. 

Le but de l’expédition de Richard O’Hara Burke (1821-1861) et William John Wills (1834-1861) 18 est également la traversée sud-nord, partant de Melbourne pour atteindre le golfe de Carpentarie, soit un parcours de 2 800 km. L’expédition quitte Melbourne le 20 août 1860, mais il s’avère rapidement que la préparation est déficiente et le manque d’expérience des leaders est flagrant. Les décisions, souvent prises en dépit du bon sens, rendent la progression extrêmement lente. Même s’ils atteignent le golfe de Carpentarie, le retour est encore plus difficile, causant la mort par épuisement de plusieurs membres de l’expédition, dont Burke et Wills eux-mêmes. Après 1870, quelques expéditions achèvent l’exploration de l’intérieur mais l’essentiel est accompli.

Guy Coutant