Tout comme en métropole, c’est tout d’abord en tant que Princesse Royale que Wilhelmine fit sa première apparition dans les guichets postaux de l’Inde néerlandaise.
Dès 1892, un an à peine après la métropole, les premières vignettes d’une série qui totalisa finalement huit valeurs apparurent dans les guichets postaux de la colonie (1 à 8). Du type identique à celui des Pays-Bas mêmes, ces timbres représentaient la jeune princesse Wilhelmine, héritière du royaume à l’âge de 10 ans. Elle était la seule enfant survivante de la progéniture issue des deux mariages de son père, le roi Guillaume III. On trouve assez facilement ces timbres frappés de la mention «specimen» (9) ainsi que des essais de couleurs - très jolis, évidemment, dès lors qu’il s’agit de la valeur bicolore à 2 florins et demi (10 à 12). En revanche, les collectionneurs devront paradoxalement être plus patients pour dénicher des plis affranchis avec ces timbres. En effet, étant donné son jeune âge, Wilhelmine fut placée sous la régence de sa mère, et l’administration postale néerlandaise pensa sans aucun doute remplacer très vite la série courante à l’effigie de la princesse par une autre série dès qu’elle deviendrait majeure et que la régence s’achèverait. Cela donna à ces timbres une durée d’utilisation assez brève. Ceci explique sans doute également qu’on ne confectionna pas d’entiers postaux les reprenant, les entiers à l’effigie de Guillaume III continuant à circuler.
Wilhelmine Reine !
La première apparition de Wilhemine en tant que Reine dans la philatélie de l’Inde néerlandaise se produisit en 1900. Mais ce fut seulement du fait de la mise en circulation de quelques valeurs surchargées de la toute nouvelle série courante de métropole à l’effigie de la jeune Reine. Elle y figurait couronnée cette fois, pour signifier la fin de la régence. Sept valeurs furent ainsi surchargées, six de petit format (13 à 18) et une de grand format, à la faciale alors maximale pour les timbres de deux florins et demi (19). Ce dernier timbre existe avec deux dentelures différentes, sans différence de prix notable aujourd’hui. Et cette fois, les premiers entiers à l’effigie de Wilhelmine firent également leur apparition dans la colonie, mais ce furent encore ceux de la première série métropolitaine surchargés (20). L’année suivante, les valeurs complémentaires au type «chiffres» de 1883 venant à manquer, on surchargea les faciales à 2 et 3 cents qui restaient en stock, respectivement à 1/2 et 2 1/2 cents (21 et 22). Les philatélistes néerlandais aiment évidemment beaucoup cette émission surchargée artisanalement à la va-vite, car elle donne lieu à de très nombreuses variétés disponibles aisément: chiffres incomplets (23), surcharges déplacées (24), doubles (25) ou recto-verso (26) ! Quelques exemplaires avec surcharges renversées auraient même circulé (27), mais leur authenticité est mise en doute depuis quelques années…
La première «vraie» série courante de Wilhelmine
Le temporaire n’ayant par définition qu’un temps, l’administration postale coloniale décida de mettre enfin en circulation à partir de 1902-1903 la première «vraie» série courante de la colonie du règne de Wilhelmine. On décida d’abord dès 1902 de commencer par la doter d’un nouveau type «chiffres» pour les petites faciales. Huit valeurs au total apparurent, de faciales allant de 1 à 7 1/2 cents (28 à 35). Très courantes, y compris sur pli, on préférera évidemment les collectionner oblitérées par les cachets linéaires propres aux tout petits offices postaux. Des cartes postales affranchies du côté de l’illustration, comme on le faisait souvent à l’époque, égayeront également les albums.
Les timbres à l’effigie de la Reine de la nouvelle série courante se divisent en deux types, l’un pour les petites faciales, l’autre pour les valeurs en florins. Pour les premières, onze timbres au total furent émis, aux valeurs variant entre 10 (36) et 50 cents (37), parmi lesquelles, curieusement, le timbre à 22 1/2 cents était le seul bicolore (38). Autre curiosité, à partir de 1908, le timbre à 15 cents fut vendu barré de deux traits noirs horizontaux (39). Comme les timbres au type chiffre, ces timbres se trouvent facilement avec la mention «spécimen», apposée manuellement dans un sens ou un autre, en rouge avec un cadre (40). Quant aux deux fortes faciales, elle firent l’objet de deux tirages bien différents (sans compter quelques variétés de dentelure et de nuance). On trouve en effet un premier type avec les deux timbres agrandis, mais reprenant le même graphisme, à 1 florin et 2 1/2 florins (41 et 42), puis un second type sur papier fortement bleuté (43 et 44). Le joli graphisme du timbre plut tellement qu’il fut repris en 1924 pour la nouvelle série courante de la métropole (45) ! Des entiers postaux furent mis en circulation en parallèle aux timbres de cette série courante, parfois surchargés au fil des besoins (46 et 47).
Pour les enveloppes prétimbrées, en revanche, la poste coloniale mit en circulation une empreinte spécifique, où, on ne sait pourquoi, on choisit alors de faire regarder la Reine à droite, comme lorsqu’elle était princesse. On notera enfin qu’une partie du tirage du timbre à 20 cents fut surchargée à 10 cents en 1905 en l’attente d’un arrivage de la métropole de la faciale manquante. Manuelle, la surcharge est souvent plutôt mal centrée sur la figurine (48). Elle existe avec deux variantes dans le graphisme du chiffre 1.
Les séries spécifiques aux îles «extérieures»
A partir de 1908, on décida de surcharger spécifiquement les timbres en circulation hors de l’île principale. Les timbres pour l’île de Java furent tout simplement surchargés de son nom (49) et ceux des autres îles de la surcharge «Buiten Bezit», littéralement, possessions extérieures (50). Mais les choses lorsqu’il s’agit de surcharges, ne sont jamais simples. La plupart des catalogues, comme Yvert et Tellier, retiennent en effet deux catégories différentes de surcharges pour celle de Java: outre la surcharge «normale», apposée à peu près au milieu du timbre, une plus-value allant souvent du simple au double est accordée lorsque la surcharge est renversée, et ce, pour tous ces timbres (51). Les catalogues spécialisés néerlandais considèrent même qu’il y a une troisième série différente, lorsque la surcharge est apposée en haut de la vignette ! (52). Cela triple donc la collection, mais heureusement, cela ne rend pas vraiment ces séries inabordables pour autant. Quant à la surcharge des îles extérieures on la préfèrera évidemment… à l’envers, c’est à dire avec «Buiten» à droite et «Bezit» à gauche, et descendant au lieu de montant (53), une variété dûment cataloguée partout. On ne compte évidemment pas les variétés, dont des surcharges déplacées au point que le texte s’en trouve inversé et côte à côte ! (54) Bref, un vrai domaine de recherches pour les collectionneurs ultraspécialisés qui se feront également un plaisir d’ajouter à leurs albums les affranchissement composites théoriquement interdits mais ayant néanmoins circulé, apparemment sans difficulté…
Du côté des timbres-taxe…
Nous n’avions pas encore évoqué les timbres-taxe, qui sont apparus dans la colonie dès 1874, sous la forme d’une série de 4 valeurs (55 à 58) très proches de leurs deux homologues de la métropole à 5 et 10 cents. Il en existe des essais de couleur à foison, ce qui permet de compléter la collection par un bel ensemble multicolore (59 à 66). Ces premières vignettes d’un aspect un tant soit peu artisanal furent ensuite suivies d’une série de 9 timbres aux chiffres noirs dans un cadre rouge (67). Ces derniers peuvent faire l’objet d’une collection à eux seuls, puisqu’ils existent en quatre types et plus d’une demi-douzaine de dentelures différentes ! Nous laisserons les passionnés trier les vignettes à l’encadrement circulaire incomplet, au «T» à la barre supérieure plus large, ou au nombre de boucles dans le cadre variant entre 32 et 37…
P.J.M.
Des carnets également !
Nous nous devons évidemment d’évoquer les deux premiers carnets apparus en Inde néerlandaise en 1904, et en 1911 le livret composite de même présentation (68). Ils contenaient des feuillets de six exemplaires couchés des timbres de la première série courante à l’effigie de la Reine Wilhelmine (69). Ils sont très rares, surtout en bon état, et commandent un «prix d’amateur».
Des essais non adoptés
La première série courante de l’Inde néerlandaise à l’effigie de la Reine Wilhelmine fit l’objet de nombreux essais et tentatives préparatoires, l’une des plus spectaculaires étant cet essai gravé au graphisme fort proche de la série émise. (70)