Chine, de la guerre civile à la République populaire (2ème partie)

1950, n° 849 proclamation de la République populaire de Chine

Voici la suite du très intéressant article sur l’histoire de la Chine.

Le « massacre de Shanghai » du 12 avril 1927, qui a valu l’élimination des communistes de la ville par les forces du Kuomintang met une fin brutale à l’alliance entre les nationalistes et les communistes. Le torchon brûle définitivement entre Tchang Kaï-chek, à la tête du Kuomintang et Mao Zedong qui s’affirme de plus en plus comme le principal leader des communistes. Les communistes fondent déjà en 1927 une armée, qui s’appellera d’abord l’Armée rouge chinoise, puis prendra le nom d’Armée populaire de libération. Mao Zedong comprend vite que contrairement à l’Union soviétique, en Chine le communisme ne doit pas chercher sa force dans le prolétariat industriel, mais dans la paysannerie. Il obtient facilement l’adhésion de millions de paysans qui vivent dans une misère désespérante.

Mao Zedong s’installe dans la province de Jiangxi, dans le sud-est de la Chine, et y proclame en 1931 la République soviétique chinoise. Cela engendre évidemment la guerre entre Tchang Kaï-chek et Mao Zedong, qui dure de 1931 à 1934. En octobre 1934, pour échapper à l’encerclement des nationalistes, l’Armée rouge de Mao Zedong quitte son bastion du Jiangxi. Elle va marcher pendant un an, parcourant 12 000 kilomètres à travers montagnes, fleuves et marécages, par tous les temps. C’est l’épopée de la « Longue Marche ». Sur les 100 000 hommes au départ, très peu (20 000 selon certaines sources, 7 000 selon d’autres) arriveront au but, la province de Shanxi.

Les deux grands chefs de la longue marche sont Mao Zedong pour les aspects politiques et le général Zhuang De pour le côté militaire. Pendant ce temps, la majorité du peuple chinois ne comprend pas que nationalistes et communistes, mettent toute leur énergie à se combattre, alors que les Japonais, leur ennemi commun, se sont installés en Mandchourie. Pour cette raison, le général nationaliste Zhang Xueliang, le fils du Seigneur de la Guerre Zhang Zuolin, place son chef Tchang Kaï-chek aux arrêts le 12 décembre 1936, pour le contraindre à collaborer avec les communistes dans la lutte contre le Japon.

Tchang Kaï-chek, menacé de mort, n’a pas le choix : il est contraint d’accepter, et fin 1936, un accord est conclu et le deuxième front uni entre les communistes et les nationalistes est mis sur pied (le premier date déjà des années 1920) contre les Japonais. Après l’incident du pont Marco Polo près de Pékin le 7 juillet 1937, la guerre éclate entre les armées chinoises réunies et l’occupant japonais. C’est une guerre atroce, avec des massacres des deux côtés. Mais dès 1941, c’est à nouveau la rupture entre les communistes et les nationalistes, qui n’ont jamais collaboré de gaieté de coeur. Depuis cette date, il y a de nouveau deux guerres en Chine : 
- celle de chaque armée séparée contre les Japonais.
- celle entre les armées nationalistes et communistes.

Finalement, surtout grâce à l’aide militaire américaine et à la résistance britannique à l’ouest, le Japon est vaincu en 1945. Tchang Kaï-chek et Mao Zedong peuvent enfin se consacrer entièrement à la conquête du pouvoir. La lutte entre les adversaires irréductibles reprend en toute véhémence, malgré les efforts des Américains pour aboutir à une réconciliation. Initialement, les forces de Tchang Kaï-chek ont nettement le dessus, mais la solidité n’est qu’apparente : si les nationalistes tiennent surtout les villes, les communistes trouvent leurs appuis dans les campagnes. Tchang Kaï-chek, qui avait repris la présidence de la Chine nationaliste en 1943, essaie de se rendre plus populaire en faisant voter fin 1946 à Nankin une nouvelle constitution, et en confirmant par des élections sa présidence en 1948.

Les forces communistes, partant de leurs bases campagnardes s’infiltrent progressivement dans toute la Chine. Leur moral est élevé et leur détermination est sans failles, tandis que dans les forces nationalistes, souvent commandées par des officiers incapables et corrompus, la volonté de se battre décroît de jour en jour.

Les communistes parviennent en 1948 à occuper toute la Mandchourie, en avril 1949 ils atteignent le Yangzi Jiang, et s’emparent de Nankin le 23 avril 1949. En octobre elles sont aux portes de Hong Kong. Les nationalistes se réfugient à Canton, tandis que dès la fin de janvier 1949, Pékin était tombé aux mains des communistes. Mao Zedong et Zhu De y font une entrée triomphale, tandis que la résistance nationaliste s’effondre partout. Tchang Kaï-chek, avec ses dernières troupes, est contraint de quitter la Chine et de s’installer dans l’île de Taïwan, où il essaie de maintenir une Chine nationaliste et anticommuniste, avec Taipei comme capitale. Fin 1949, la Chine est entièrement aux mains des communistes, et Mao Zedong proclame le 1er octobre 1949 à Pékin officiellement la République populaire de Chine.

À partir de 1949, il y a donc deux Chines : la République populaire chinoise communiste, qui occupent tout le continent chinois dont la capitale est Pékin, et la République nationaliste chinoise, reléguée à Taïwan, dont la capitale est Taipei. Le premier grand problème auquel le régime communiste de chinois est confronté et la guerre de Corée, qui dure de 1950 à 1953. Après la reddition du Japon qui possédait la Corée depuis 1910, les États-Unis et la Russie se partagent l'occupation du pays. Un régime communiste est installé en Corée du Nord, un régime pro-occidental en Corée-du-Sud. Le conflit est inévitable et la guerre de Corée éclate en juin 1950. La Chine soutient militairement le Nord, les États-Unis le Sud. La guerre ne s'achève qu'en 1953, et on revient… à la situation d'avant guerre.

La Corée reste un des points névralgiques de tension, où depuis 70 ans des périodes d'accalmie et de flambées de violence se succèdent sans arrêt. Un autre point névralgique et le Tibet. Le Tibet jouissait d'une indépendance de fait, et le dalaï-lama y exerçait une autorité aussi bien spirituelle que temporelle. L'armée chinoise envahit le Tibet en 1950, et y installe un régime communiste. Les Tibétains, le dalaï-lama en tête, essaient de s’accommoder à la situation, mais les réformes introduites par la Chine vont trop loin, et la révolte, éclate en 1959. Le dalaï-lama est contraint de s'enfuir vers l'Inde, et la révolte est durement réprimé. Le Tibet ensuite devenu définitivement en territoire chinois. Pour la Chine, il s'agit d'une libération et d'une modernisation, mais pour bon nombre de Tibétains, c'est plutôt une invasion et une colonisation.

En Chine, Mao Zedong et littéralement défié. La moindre parole de sa bouche est considérée comme un oracle, ses textes deviennent véritablement la Bible de la Chine, et toutes ses activités sont présentées comme géniales. Ses principaux collaborateurs sont Zhou Enlai (politique extérieur), Zhu De (affaires militaires) et Liu Shaoqi (économie). Zhou Enlai et le premier ministre de la Chine depuis 1949 jusqu'à sa mort en 1976. Diplomate hors pairs, il est à la tête des affaires étrangères de la Chine, et défend la position chinoise sur la scène internationale dans tous les conflits auxquels le pays est confronté (Corée, vietnam, Inde, Taïwan, etc). Zhou Enlai a toujours choisi le camp de Mao Zedong dans les nombreux conflits qui ont opposé ce dernier à d'autres leaders communistes, depuis la Longue Marche jusqu’à la mort de Mao.

Zhu De est le véritable créateur et organisateur de l’Armée populaire de libération. Il est longtemps le chef incontesté de cette armée, jusqu'à la Révolution culturelle, où il ne doit son salut que grâce à la protection de  Zhou Enlai.

Liu Shaoqi et depuis le début un des plus fervents partisans de Mao Zedong. Il est nommé à la présidence de la République populaire de Chine en 1959, il conservera ce poste jusqu'en 1968. Économiste averti il ose critiquer Mao lors des excès de celui-ci dans le Grand Bond en avant, la politique désastreuse suivie par Mao entre 1958 et 1960. Ces critiques ne sont pas oubliées pendant la Révolution culturelle qui commence en 1966. Liu Shaoqui est démis de toute ses fonctions, arrêté, battu et humilié, il meurt en prison en 1969. Il sera réhabilité en 1980.

À la tête de la République populaire chinoise, Mao Zedong a commis deux erreurs qui auront des conséquences effroyables, causant la mort de millions de Chinois. Il y a d'abord le Grand Bond en avant, de 1958 à 1960, ensuite la Révolution culturelle, de 1966 à 1976. Ces erreurs ont été longtemps passés sous silence et sont actuellement mentionnées avec beaucoup de discrétion et l'emploi de beaucoup d'euphémismes. Le Grand Bond en avant est une tentative de Mao Zedong pour décupler la production agricole et industrielle en temps record. Commencé en 1958, il s’avère rapidement que les objectifs fixés sont irréalisables, et l'échec retentissant de cette politique cause d'une terrible famine, qui fera entre 1958 et 1962, plusieurs millions de victimes.

Plus grave encore est le fléau de la Révolution culturelle, qui a ravagé la Chine pendant une décennie, de 1966 à 1976. Se sentant vieillir et percevant parmi ses proches quelques critiques sur sa politique, Mao Zedong décide de consolider son pouvoir en se basant sur la jeunesse et en éliminant tous ses rivaux potentiels, même ses plus fidèles partisans depuis des années. Les « Gardes Rouges », des jeunes poussés par une incessante propagande radicale, s’en prennent aux cadres du parti, aux intellectuels et aux bourgeois. Ils ont à la main le « Petit livre rouge », qui contient un ensemble de citations de Mao Zedong et essaient par tous les moyens d’éradiquer toutes les valeurs occidentales, culturelles et traditionnelles de la Chine.

La principale victime de ces purges et l’ex-président Liu Shaoqi, mais d’autres leaders, comme Zhou Enlai, Deng Xiapoing et Peng Zhen tombent dans une disgrâce temporaire et n’échappent que de toute justesse au sort de Liu Shaoqi. Une autre victime est Lin Biao, qui avait été en 1948  le principal artisan de la reconquête de la Mandchourie par l’Armée populaire de libération, et qui avait depuis lors toujours pris parti pour Mao Zedong. Malgré le fait qu'il fut un des instigateurs de la Révolution culturelle, il est accusé de complot contre Mao Zedong et perd la vie le 13 septembre 1971 dans sa tentative de fuite vers l'Union soviétique.

On estime à plusieurs millions le nombre de victimes de ces purges, qui ont été d'une véhémence rarement atteinte dans toute l'histoire de l'humanité. Les scènes de massacre et même de cannibalisme se sont succédé pendant toute une décennie. Ce n'est qu'à partir de 1973 que les premières réactions commencent à se manifester contre la Révolution culturelle, surtout par l'armée, dégoûtée des excès.

La mort de Zhou Enlai le 8 janvier 1976 est suivie de près par celle de Mao Zedong lui-même, le 9 septembre 1976. Sa mort signifie la fin définitive de la Révolution culturelle, et les quatre principaux responsables du déclenchement des violences, des massacres et des destructions de la Révolution culturelle sont arrêtés et condamnés à la prison vie. Une de ces quatre est la propre épouse de Mao Zedong, Jian Qing. Elle est sans conteste la plus virulente et la plus radicale de ce quatuor, qui reçut le sobriquet de « la bande des Quatre », et elle finira en 1991 par se suicider.

Immédiatement après la mort de Mao Zedong et l'élimination de la « bande des Quatre », la direction du Parti communiste chinois est prise en main par Hua Guofeng, mais celui-ci est à son tour écarté en décembre 1978 par Deng Xiapoing, qui va diriger la Chine jusqu'en 1992. Il est l'artisan du développement économique, de la modernisation et de l'ouverture de la Chine. Son pragmatisme politique et ses réformes économique ont fait en 15 ans de la Chine une des grandes puissances mondiale. Une tache sur sa mémoire est la répression extrêmement violente des manifestations des étudiants au printemps 1989 à la Place Tian’anmen de Pékin.  Après Deng Xiapoing, la Chine est dirigée par Jiang Zemin (1993-2003), puis par Hu Jintao (2003-2013). Ils suivent grosso modo la même ligne que leur prédécesseur.

En 1997 a lieu comme prévu depuis longtemps, la rétrocession à la Chine de l’enclave britannique de Hong Kong ( 1er juillet 1997) et en 1999 de l'enclave portugaise de Macao (20 décembre 1999). Les deux territoires reçoivent un statut spécial, mais il s'avère de plus en plus que les autorités chinoises font tout ce qu'elles peuvent pour limiter au maximum les clauses de ce statut spécial, ce qui engendre de multiples manifestations de contestation à Hong Kong.

En 2013, c’est Xi Jinping qui prend la direction de la politique chinoise. Avec lui, la Chine est en continuelle recherche d'un équilibre entre un régime politique autoritaire et une libéralisation économique.

Guy Coutant