Connu des Portugais, des Perses, des Omanais, des Arabes, etc., etc. depuis des temps immémoriaux, Bahreïn, c'est surtout fait connaître des philatélistes par son agence postale indienne créée en 1884. En 1911, elle devient une agence postale britannique dont l'importance n'a cessé de grandir. En 1971, Bahreïn devient totalement indépendant, même des Émirats Arabes Unis, ce qui ne l'empêche pas de produire de superbes temps…
Histoire
Bahreïn a été pendant une paire de millénaires, d'environ 2800 à 700 a.C., le centre de la civilisation Dilmun, qui entretenait des relations commerciales avec toute l'Asie, jusqu'en Inde et avec les côtes orientale de l'Afrique. Bahreïn et successivement aux mains des Assyriens (env. 8e siècle a.C.), puis des Babyloniens (envi.7e siècle a.C.). Il fait ensuite partie de l'immense empire achéménide perse créé par Cyrus II le Grand (6e siècle a.C.) et est finalement conquis par Alexandre le Grand en 232 a.C. Bahreïn est alors connu sous le nom grec de Tylos. Après la mort d'Alexandre le Grand en 323 a.C., Bahreïn est pendant une courte période sous la domination des Séleucides, une des composantes de la succession d'Alexandre, le Grand, avant de tomber, sous la domination iranienne, d'abord des Parthes (env. 200 a.C. jusqu’en 224 p.C), puis de la dynastie sassanide (224p.C. jusqu’à la conquête par l’Islam). Bahreïn est un des premiers territoires a tomber entre les mains de l'islam, en 629. Pendant plusieurs siècles, Bahreïn sera un territoire soumis au califat islamique, qui a son siège d'abord à Médine, ensuite à Damas (jusqu'en 700, sous la dynastie omeyyade), et finalement à Bagdad (dynastie abbasside, jusqu'à 1258). Les dynasties locales vont se succéder en Arabie orientale :
-Les Qarmates (vers 880-1076)
- Les Uyunides (1076-1253)
- Les Bahrani, avec d’abord la branche des Usfurides (1253-1417), ensuite des Jabrides (1417-1521).
Ces dynasties contrôle toute la côte occidentale du golfe persique. Ce sont les Bahrani qui ont donné leur nom actuel à l'archipel, qui était appelé jusqu’alors Awal. Au XVIe siècle, Bahreïn tombe ensuite dans la sphère d'influence portugaise, après l'occupation en 1507, d’Ormuz par le navigateur portugais Alfonso de Albuquerque (1). Cette île est d'une importance commerciale et stratégique majeure - actuellement encore toujours -car elle est située dans le détroit d’Ormuz, qui sépare le golfe persique de l'océan indien, et qui n'a qu'une largeur d'une quarantaine de kilomètres. Les Portugais se répandent dans la région à partir d’Ormuz, et s’emparent de Bahreïn en 1521. Ils reconstruisent le vieux site de Qal’at al-Bahrain et y installent une garnison, qui va tenir l'archipel jusqu'en 1602. Une révolte locale, stimulée par la Perse et plus sournoisement par les Anglais et les hollandais, chasse les Portugais de Bahreïn en 1602, et la dynastie perse des Safavides remplace les Portugais.
Le shah (synonyme de roi) safavide le plus important est Abbas Ier le Grand, qui règne de 1587 à 1629. Le règne d’Abbas Ier le Grand est pour l'Iran un âge d'or, non seulement pour les arts, mais aussi pour le commerce. Il chasse les Portugais du détroit d’Ormuz, et entretien d'excellentes relations commerciales avec les Hollandais, les Français, et déjà ! surtout les Anglais. Bahreïn profite de cet âge d'or, et la prospérité y règne, surtout grâce au commerce des perles ramenées par les innombrables et adroits pêcheurs de perles (2 et 3) et à l'exploitation très rentable des palmeraies (4). Les successeurs d’Abbas Ier le Grand, n’ont pas son envergure, et des luttes internes mènent rapidement au déclin, permettant au sultanat d’Oman de s'emparer en 1717 de Bahreïn.
Le déclin des Safavides permet aux afghans de conquérir l’Iran et de mettre fin en 1722 à la dynastie safavide. La suprématie afghane est cependant de très courte, durée, car Afshar, le chef d’une tribu iranienne, les chasses en 1736, et prends le pouvoir sous le nom de Nadir Shah. Son assassinat en 1747 est suivi par un demi-siècle d'anarchie et de luttes pour le pouvoir. Le seul à avoir donné une courte période de paix et de stabilité à son pays dans cette époque trouble est Karim Khan Zand, qui a régné de 1750 à 1779. Ce trouble se manifeste aussi à Bahreïn : plusieurs familles s’y succèdent, toutes originaires de Perse, et gouvernent officiellement Bahreïn au nom de celle-ci, mais leur autonomie est grande. Ils se préoccupent surtout de s'enrichir, et Bahreïn, qui était prospère grâce au commerce des perles tombent pratiquement en ruines. La population décroît, et le nombre de villes et villages, qui étaient avant 1700 d'environ 360, n’est plus que de 60 en 1763.
La dernière dynastie perse de cette période et celle d’Al-Madhkur, originaire de Bushire, ville perse sur la côte du golfe persique. En 1783, une autre famille, les Al Khafira venant de Zubarah (zu Quatar), prends le pouvoir à Bahreïn. Malgré plusieurs tentatives de reconquête, avec tout au plus de très éphémères succès,de la part des Perses et des Omanais, la famille Al Khalifa parvient à s’y maintenir et à fonder la dynastie qui gouvernent actuellement encore Bahreïn. Les émirs actuels sont les descendants du premier. Al Khalifa à régner sur Bahreïn : Ahmed bin Muhammad bin Khalifa. Ils portent jusqu’en 1971 le titre de Hakim, ensuite celui d’émir de 1971 à 2002, et finalement de roi à partir de 2002. En 1983, le Bahreïn à émis deux blocs pour le bicentenaire de la dynastie Al Khalifa.
Le premier bloc (5) montre le souverain en 1983, le deuxième bloc comporte neuf timbres, qui représente soit l'effigie, soit le cartouche des souverains successifs : de haut en bas et de gauche à droite :
- Isa bin Salman Al Khalifa (1961-1999)
- Ali bin Khalifah Al Khalifa (1868–1869)
- Isa bin Ali Al Khalifa (1932–1942)
- Salman bin Hamad Al Khalifa (1942–1961)
- Ahmed bin Muhammad bin Khalifa (1783–1795)
- Salman bin Ahmad Al Khalifa (1795–1825)
- Abdullah bin Ahmad Al Khalifa (1825-1842)
- Muhammad bin Khalifah Al Khalifa (1842-1868)
Le premier traité entre Bahreïn et la Grande-Bretagne est signé en 1820. La Grande-Bretagne reconnaît la souveraineté de la dynastie Al Khalifa sur Bahreïn et lui assure sa protection, mais sur le plan international, toute décision locale doit avoir l'aval de Londres. L'appétit de Londres pour s'implanter dans la région grandit, et en 1860, la Grande-Bretagne décide de prendre le pouvoir à Bahreïn. Le souverain Al Khalifa demande l'aide militaire à la Perse et au sultan ottoman, mais cela n'empêche pas Londres d'occuper militairement Bahreïn en 1861, obligeant le souverain à signer un nouveau traité, beaucoup plus dur que celui de 1820, et qui fait de Bahreïn un véritable protectorat anglais. Ces traités seront encore durcis en 1868, 1880 et 1892, faisant finalement de Bahreïn une véritable colonie, où le souverain n'est plus qu'une marionnette, qui ne dirige que les affaires locales de moindre importance.
La première guerre mondiale va encore accentuer le contrôle britannique sur Bahreïn, et après la guerre, les Britanniques exigent des réformes importantes pour développer l'économie et l'éducation, et pour moderniser le système judiciaire et l'administration. Ces réformes sont implémentées entre 1919 et 1927, malgré une réticence marqué d'une partie importante de la population et des autorités religieuses. Tout va changer avec la découverte de pétrole dans le sol de Bahreïn en 1931. L'industrie pétrolière, contrôlée par les britanniques se développe rapidement et devient une source de revenus importante pour les pays (6 et 7), reléguant les activités des pêcheurs de perles et des propriétaires de palmerais à l'arrière-plan. Jusqu'en 1933, ce sont les timbres de l'Inde anglaise qui sont employés à Bahreïn (8). À partir de 1933, Bahreïn a ses propres timbres-poste : d'abord des timbres de l'Inde anglaise surchargés « BAHRAIN », jusqu'en 1948 (9). Ensuite, à partir de 1948 ce sont les timbres anglais qui reçoivent cette surcharge, avec la valeur en annas et roupies (10).
Après la Seconde Guerre mondiale où Bahreïn s’était obligatoirement ranger du côté britannique, les tendances anti anglaises se développent rapidement à Bahreïn, comme d'ailleurs dans tout le monde arabe. À partir de 1954, admirant l'exemple de Nasser en Égypte, des parties de gauche sont créées qui demandent le départ des Anglais. Les forces britanniques combattent d'abord ces partis, et les interdisent après la crise de Suez en 1956. Mais la lutte poursuit dans la clandestinité et la propagande anti britannique et menée par des leader de mouvements gauchistes et nationalistes arabes. En 1965, de violentes émeutes éclatent à Bahreïn, et en 1968 la Grande-Bretagne annonce sa décision de mettre fin aux traités qui l’unissait aux émirats du golf persique. Bahreïn décide alors de s'associer aux « Trucial States » (11), un ensemble de sept émirats du golfe persique liés à la Grande-Bretagne par un traité. L'union des Trucial States avec Quatar et Bahreïn suscite tellement de problèmes que Bahreïn décide en 1971 d'annuler sa décision de rejoindre cette union.
La Grande-Bretagne, l'Iran et les Nations unies s'étant déclarés d'accord pour l'accession de Bahreïn à l'indépendance, cette indépendance est proclamée officiellement le 15 août 1971 (12). Bahreïn maintient un émirat indépendant, profite rapidement des problèmes au Liban pour remplacer Beyrouth comme un des centres du capitalisme mondial. Jusqu'à sa mort en 1961, c'est le hakim Salman bin Hamad Al Khalifa (13,14 et 15) qui règne à Bahreïn, sous contrôle britannique. C'est le premier souverain à figurer sur des timbres poste de Bahreïn, en 1953. Son fils Isa bin Salman Al Khalifa (16 à 21) lui succède en 1961. Il va régner jusqu'à sa mort en 1999, d'abord en tant que hakim, puis qu’émir de Bahreïn. Il essaie d'introduire en 1973 une réforme modérée de démocratie parlementaire avec une constitution, mais dès 1975, il dissout le parlement qu'il ne juge pas suffisamment docile, et jusqu'à sa mort en 1999, il règne en souverain absolu, avec son frère comme premier ministre. Le plus grand danger est venu d'Iran après le renversement du shah en 1979 et son remplacement par un régime islamique ultra conservateur. L'Iran, essayant d'exporter sa révolution, fomente un coup d’État à Bahreïn en 1981, qui échoue. Pour parer à cette menace, Bahreïn adhère au Conseil de Coopération du Golfe (22), créé en 1981 pour assurer la stabilité politique et militaire de la région, et qui regroupe Bahreïn, l'Arabie Saoudite, Oman, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis.
La demande de démocratisation se fait de plus en plus forte, mais l'émir ne fait jusqu'à sa mort en 1999 que quelques minuscules avances. C'est son fils et successeur, l'émir Hamad bin Isa al Khalifa (23 à 25), qui va faire les premiers pas vers une certaine démocratisation, surtout dans le domaine judiciaire. Le pouvoir exécutif reste cependant fortement concentré entre ses mains. Il fait de Bahreïn un royaume en 2002. La plus grande crise vient en 2011, quand le « printemps arabes », un mouvement populaire de contestation d'une ampleur inégalée, secoue tout le monde arabe, causant entre autres la chute de Ben Ali en Tunisie, de Moubarak en Égypte et de Kadhafi en Libye. Ce mouvement atteint aussi Bahreïn, où des émeutes se déclenchent pour obtenir plus de liberté politique et plus de respect pour les droits individuels et sociaux. Le roi décrète l'État d'urgence et appelle les forces militaires de l'Arabie Saoudite en renfort pour abattre l'insurrection, qui est finalement écrasée, et est suivie par une répression très dure. Pour assurer ses revenus financiers et pétroliers, Bahreïn et très soucieux de maintenir une grande stabilité dans le royaume, pour ne pas effaroucher les clients et les investisseurs internationaux.
Guy Coutant