Le 6 novembre, le Musée de La Poste inaugure une nouvelle exposition temporaire consacrée à l’art du timbre gravé. Cette exposition se tiendra jusqu’au 12 octobre 2026 dans la galerie Marianne, au second étage de l’exposition permanente et invite le visiteur à découvrir la taille-douce à travers la photographie.
L’art du timbre gravé
La technique de la taille-douce dans l’impression des timbres est unique, très caractéristique avec le relief apporté au timbre et sans doute le mode d’impression le plus apprécié des collectionneurs. Grâce à cet art, le timbre n’est plus seulement qu’une valeur fiduciaire utilisable pour affranchir le courrier, ni même un objet qui transmet l’histoire nationale, mais il devient une petite œuvre d’art.
L’idée de l’exposition
Cette exposition temporaire s’inscrit dans la continuité de la démarche engagée par le Musée, suite à l’inscription de l’art du timbre-poste gravé en taille-douce à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel le 24 octobre 2023. L’objectif de cette exposition est d’évoquer l’écosystème philatélique actuel grâce aux témoignages et à la photographie et de valoriser le savoir-faire du timbre gravé. L’exposition permet également d’enrichir les collections du Musée sur le sujet par la collecte ethnographique réalisée dans le cadre de l’exposition.
La conception de l’exposition
Pendant huit mois, la photographe Sophie Brändström a effectué un reportage qui a débuté au Salon philatélique d’automne 2024. Cette dernière a sillonné la France et rencontré une cinquantaine de personnes, dans les ateliers des artistes, à l’imprimerie des timbres de Boulazac, au Salon d’automne, à la fête du timbre, au salon Phila-France Colmar et chez les philatélistes. Avec son appareil photo, Sophie Brändström a souhaité saisir dans l’instantané les gestes de la réalisation des timbres en taille-douce, de la création à l’impression et à la diffusion.
La photographe
Née en 1962 à Stockholm, Sophie Brändström, de l’agence Signatures, commence sa carrière aux Etats-Unis en tant que photojournaliste. Depuis 2011, la photographe privilégie les longs projets centrés sur la mémoire et la transmission. Parmi ses travaux, nous retrouvons en 2017 une commande pour le festival l’Oeil Urbain à Corbeil-Essonnes où la photographe s’est intéressée aux métiers d’art. En 2022, Sophie Brändström répond à la commande du ministère de la Culture centrée sur le breakdance et son travail est exposé en 2024 à la Bibliothèque nationale de France. Au sein de ses travaux, la photographe souhaite mettre en lumière la singularité des métiers qu’elle suit en révélant leur pratique et leur mémoire, par une immersion au sein d’une communauté. Si la photographe s’est intéressée à des sujets liés à l’artisanat durant sa carrière, le sujet de cette exposition a une résonance intime pour elle, car sa grande tante est apparue sur un timbre. Elsa Brändström, humanitaire pendant la Première Guerre mondiale a été timbrifiée par l’Allemagne fédérale en 1951. Pour son travail sur cette exposition, la photographe a réalisé plus de 1000 clichés, démontrant l’intérêt suscité chez elle pour l’art du timbre gravé.
L’exposition temporaire
Tout d’abord, il faut préciser que l’exposition n’est pas seulement centrée sur les graveurs de timbres, mais également sur tous les acteurs qui interviennent dans l’univers du timbre gravé y compris tous ceux qui en parlent, qui collectionnent, qui achètent des timbres et qui les utilisent. L’ensemble des acteurs assurent la pérennité et la transmission de cet art, car s’il faut des artistes pour graver les timbres et des maîtres imprimeurs pour transformer le poinçon en timbre, il faut également des personnes pour les collectionner afin d’assurer la continuité de l’émission des timbres en taille-douce. Ce savoir-faire artisanal est pratiqué dans seulement trois pays à l’heure actuelle, la France, la Tchéquie et la Chine.
L’exposition est composée d’environ 200 pièces exposées dans la galerie Marianne, comprenant des photographies de Sophie Brändström mais aussi des photographies des années 1930 à 1980 provenant des collections du Musée, sur le thème de la gravure et de la philatélie. Ces anciennes photographies, associées aux photographies prises en 2025, évoquent la continuité dans le temps de l’art du timbre gravé. Ajoutons que des témoignages oraux et écrits ainsi qu'un film comprenant des interviews du personnel de Philaposte sont présentés aux visiteurs.
Le parcours de l’exposition se déroule en quatre temps. Le visiteur découvre d’abord la conception des timbres gravés avec un regard porté sur les artistes. L’ensemble des graveurs encore en activité sont représentés aux côtés de graveurs décédés tels qu’Henry Cheffer, Albert Decaris, Claude Durrens ou Pierre Béquet. Des dessinateurs comme Florence Gendre ou Marie Détrée livrent également leurs témoignages sur le timbre gravé. La visite se poursuit avec l’impression et à ce moment, le regard se pose sur l’imprimerie des timbres. Le troisième axe est celui de la réception auprès des associations, des négociants et du grand public. Le portrait de Philippe Lesage président de la FFAP, de Pascal Rabier président de l’Art du Timbre Gravé ou encore de Benoît Gervais, président directeur général des éditions Yvert et Tellier se reflètent à ce moment de l’exposition avec les portraits des collectionneurs. Enfin, le dernier temps est celui de la mémoire avec un focus sur le Musée de La Poste qui est le seul lieu à conserver officiellement les traces de cet artisanat d’art avec les archives de la conception des timbres gravés.
Nous remercions Monika Nowacka, commissaire de l’exposition, pour les réponses apportées à nos questions et nous vous invitons à découvrir cette exposition lors de votre prochaine visite au Musée de La Poste à partir du 7 novembre 2025.
Marco Guerin