Très tôt, l’Administration des Postes eut l’idée de doter ses bureaux de distributeurs automatiques de timbres pour libérer les guichets de la vente au détail. Mais le projet a mis un certain temps à voir le jour en raison de difficultés techniques : rendu de monnaie suite aux changements de tarifs, faible poids de la vignette et son encollage. Ces difficultés ont été surmontées grâce à l’ingéniosité des inventeurs et les premiers appareils virent le jour au tout début du siècle dernier. Ce que la presse ne manque pas de rapporter.
Il y eut de nombreux précurseurs avant l’arrivée des roulettes de timbres bien connues, mais ce que l’on sait moins, c’est que, pour rentabiliser ses appareils, l’Administration avait imaginé des distributeurs mixtes pour timbres… et Entiers Postaux (Cartes Lettres ou Cartes Postales). Voici deux exemples historiquement et techniquement bien documentés.
Le distributeur Janisch
Il s’agit d’un distributeur automatique de timbres-poste à 5 centimes et cartes-lettres à 15 centimes, muni d’un pèse-lettres et d’un mouilleur. Le premier appareil d’une série d’automates a été inauguré le 11 avril 1900 à l’Hôtel des Postes de Paris. Il a été présenté également à l’Exposition Universelle de 1900, tenue dans le même temps, où se trouvait un prototype en démonstration. Nous avons la chance de pouvoir présenter un exemplaire conservé au Musée de la Poste dont la restauration a été effectuée en 2016 (1).
D’autres appareils semblables furent mis en place à la même époque dans plusieurs bureaux parisiens (2). Trois exemplaires sur les 5 installés en 1900/01, peu fiables, sont signalés avoir été démontés fin 1903 : rue du Louvre, avenue de l’opéra et de la bourse (lequel avait été installé en août 1900).
Fonctionnement de l’appareil
C’est l’inventeur en personne (M. J. de Janisch) qui explique le mécanisme de son appareil (3). Il présente la forme d’un parallélépipède rectangle en tôle vernissée monté sur une colonne de fonte.
La boîte contient quatre appareils : une balance pour vérifier le poids des lettres, un distributeur de timbres de 0fr.15, un autre de cartes postales (le tarif et la définition de l’entier sont différents de l’appareil de série installé) et un auget pour humecter les timbres-poste. Le pèse-lettres constitué d’un plateau en V surmonte la boîte. Il permet de vérifier le tarif applicable. A gauche de la balance sont deux petites ouvertures calibrées pour insérer les pièces. Le distributeur de timbres-poste comprend un tambour rotatif à séries de compartiments et un moteur permettant de le faire tourner grâce à un échappement à ancre actionné par le poids des pièces de monnaie. Le tambour contient une suite de compartiments destinés à recevoir les timbres qui ont été précédemment égrenés un à un depuis des feuilles. Lorsque le timbre ne glisse pas de lui-même, une masse d’air est envoyée dans la boîte au moyen d’une pompe pour que le courant d’air l’entraîne plus sûrement dans le conduit de chute qui l’amène au-dehors.
Une fois le timbre distribué, un humecteur à eau permet ensuite à l’usager de le coller sur la lettre.
Le distributeur de cartes postales est identique au tambour à timbres aménagé avec des cases de dimensions convenables. Le tambour est combiné avec le mécanisme d’échappement à ancre qui fonctionne de la même manière. Ce modèle est légèrement différent dans la présentation extérieure des appareils de série qui furent installés. Il s’agit d’un prototype mis en place à l’Exposition Universelle de 1900. Pour conclure, quoi de mieux que de reprendre les propos de Klaus Lorenz, son restaurateur, dans un article cité in fine : « C’est un objet très technique, très innovant, il y a des dispositifs réellement subtils, des systèmes que je ne connaissais pas, incroyablement ingénieux, c’est vraiment une pièce superbe ». Et d’ajouter sur l’habileté et l’ingéniosité des concepteurs de la machine « Le système de soufflerie qui permet de délivrer les timbres et les cartes est remarquable, comme celui du pèse-lettres, qui grâce à des anneaux superposés indique le tarif d’affranchissement en fonction du poids de la correspondance, idem pour le débrayage des tambours de distribution des timbres et cartes et le levier automatique qui bloque l’introduction de monnaie lorsque l’appareil est en rupture de stock ». C’est bien là un joyau du mobilier urbain des PTT qui ornait les bureaux de poste au début du siècle dernier !
Le « Bureau postal automatique » Meyer et Junod
Après l’arrivée des roulettes pour approvisionner les appareils en 1908, on vit apparaître des distributeurs multiples, plus complexes, distribuant des timbres de plusieurs valeurs et des cartes postales. Le catalogue « Spécialisé Les Roulettes », rappelé in fine, cite et reproduit page 17 un autre distributeur daté vers 1914 sans donner de précisions. Il s’agit d’un distributeur qui avait fait l’objet de brevets déposés en 1908 et 1909 (4 et 5).
Nous avons peu d’informations sur l’implantation de ce « Bureau postal automatique », si ce n’est un encart dans le Journal «Le petit Parisien» daté du 26 juin 1914 (6), ce qui corrobore l’information du catalogue « Spécialisé Les Roulettes » qui montre une photo identique de l’« ingénieux essai de poste automatique » (7).
Voilà ce que nous pouvons montrer quant aux distributeurs d’Entiers Postaux, la littérature sur le sujet est peu loquace. D’ailleurs, il en va de même pour les distributeurs PTT réservés aux seuls timbres-poste en roulettes, ce qui s’explique par leur faible nombre jusqu’en 1939 (période au cours de laquelle l’usage privé était plus développé).
Gérard Gomez
Membre correspondant de l’Académie de philatélie
REMERCIEMENTS :
- Jean-Luc Raffel qui a fourni une grande partie de la documentation (site http://philatelie-roulette. blogspot.com/)
- Philippe Pignon Président de l’A.C.E.P. qui a fourni les photos des Entiers Postaux et l’interview de Klaus Lorenz
SOURCES :
- Site du Musée de la Poste https://collections.museedelaposte.fr/fr/notice/21551-distributeur-automatique-de-timbres-poste-et-de-cartes-lettres-1ee02efc-199c-4f53-90ff-ae6bf5a36dc9
- Catalogue « Spécialisé France LES ROULETTES » 1977 de P. Broustine – R. Françon – B. Mignon – J. Storch
- Interview de Klaus Lorenz qui s’est vu confierpar Le Musée de La Poste le soin de restaurer son distributeur de timbres et de cartes-lettres « L’automate 1900 »
POUR ALLER PLUS LOIN :
Site A.C.E.P. : https://www.entierpostal.com/?version=computer ou renseignements à : A.C.E.P. 48, rue de Colombes - 92400 Courbevoie