Les timbres de la Nouvelle-Guinée néerlandaise

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Nous continuons notre parcours des anciennes colonies et dépendances des Pays-Bas par les émissions de la Nouvelle-Guinée néerlandaise.

Principalement peuplée de papous d’origine mélanésienne, la Nouvelle-Guinée est coupée en deux sur presque toute sa longueur par une chaîne de montagnes, une coupure qui explique une partie de son histoire compliquée. En effet, cette frontière géographique du pays devint rapidement une véritable frontière au fil du 19° Siècle, alors que les empires coloniaux européens se constituaient. Au sud des montagnes, le sud-est de la Nouvelle-Guinée passa sous l’égide de l’Empire Britannique, et au nord, le nord-est fut initialement une colonie allemande. Après la Première Guerre Mondiale, l’Allemagne, vaincue, ayant perdu ses colonies à la signature du Traité de Versailles, ces deux parties fusionnèrent et furent administrées par l’Australie voisine, pour devenir aujourd’hui la Papouasie-Nouvelle-Guinée (1). L’ouest de la Nouvelle-Guinée, en revanche, fut revendiqué par les Pays-Bas dès le début du 19e siècle. Puis, un peu artificiellement, ils décidèrent par commodité administrative de le rattacher à leur grande colonie d’Inde Néerlandaise voisine, bien que le peuplement en soit différent, puisque les uns sont d’origine mélanésienne, les autres d’origine malaise.

En 1945, après le départ des troupes d’occupation japonaise, lorsque les Indonésiens proclamèrent leur indépendance, les Pays-Bas, nous l’avons évoqué précédemment dans ces colonnes, se virent obligés de l’accepter… mais décidèrent de revenir sur le rattachement de la Nouvelle-Guinée occidentale décidé au 19e siècle. Alors que le traité qui finalisa l’indépendance de l’Indonésie, signé en 1949, prévoyait le maintien de la Nouvelle-Guinée occidentale dans ce nouveau pays, les Néerlandais refusèrent de l’abandonner et décidèrent d’y constituer une toute nouvelle colonie sous le nom de « Nouvelle-Guinée Néerlandaise » (Nederlands Nieuw Guinea) (2).

Dans le courant de l’année 1950, et jusqu’en 1952, une longue série courante simplement légendée « Nieuw Guinea » apparut alors aux guichets postaux du territoire. Elle reprenait fidèlement les types de la série courante au type chiffre de la métropole de l’après-guerre pour les neuf petites faciales (3 à 11), et ceux de la toute nouvelle série courante à l’effigie de la reine Juliana de l’année précédente pour les faciales plus importantes (12 à 20) sans compter trois valeurs, elles gravées, en florins (21 à 23). Méthodique, comme à l’accoutumée, l’administration postale coloniale néerlandaise accompagna ces timbres d’une émission complète d’entiers postaux, cartes postales (24), cartes-lettres (25) et même cartes de changement d’adresse (26). En 1953, trois des timbres de cette série courante furent surchargés au bénéfice de l’aide aux sinistrés des inondations catastrophiques de la métropole lorsque les digues protégeant une grande partie du pays cédèrent sous les vagues de la Mer du Nord (27 à 29).

Comme en métropole, les valeurs intermédiaires de la série courante furent remplacées en 1954 par une effigie stylisée de profil de la Reine Juliana, mais d’un format plus grand (30 à 37). Ils comportaient cette fois le nom complet de la colonie, « Nouvelle Guinée Néerlandaise » afin d’affirmer son statut colonial, alors que l’Indonésie tout juste indépendante bataillait à l’ONU pour que le territoire lui retourne et considérait la colonie comme une occupation illégale de son territoire ! Deux entiers postaux accompagnèrent ces timbres, une carte postale, et le tout premier (et seul) aérogramme de la colonie (38).

En revanche, le nouveau territoire n’avait initialement pas mis en circulation de timbres-taxe, et l’on y utilisa donc des timbres-taxe de la métropole sans surcharge ni marque aucune. Les plis ainsi surtaxés sont sans doute les pièces philatéliques les plus intéressantes de la colonie, et demandent quelques billets de 50 euros pour se les procurer (39). Ce ne fut seulement en 1957 que l’on jugea utile d’adjoindre quelques timbres-taxe aux émissions de la colonie. Les six valeurs émises le furent dans la couleur rouge qui était celle de l’Inde néerlandaise, sauf la valeur à 1 florin, qui était en bleu pour bien la distinguer du timbre à 1 cent (40 à 45).

Les émissions commémoratives

Sans aucun doute pour bien enraciner l’idée de l’existence de la nouvelle colonie, l’administration postale coloniale néerlandaise mit en circulation à partir de 1954 plusieurs émissions « commémoratives » fortement orientées vers les philatélistes amateurs de thématiques populaires. Cinq timbres reprenant avec diverses faciales l’image d’un « oiseau du paradis » furent tout d’abord émis cette année là, dont on peut voir trois des valeurs sur ce pli recommandé au parcours compliqué (46) et une autre sur ce pli fort politique comportant une représentation de la carte de la colonie (47). Trois de ces vignettes furent surchargées au bénéfice de la Croix-Rouge l’année suivante (48).

Les quelques émissions à surtaxe des années suivantes furent plus sobres et sur des sujets plus directement liés au territoire : éradication de la lèpre en 1956, pour quatre valeurs de deux types différents (49 et 50) ; protection de l’enfance en 1957 (51) ; Croix-Rouge en 1958 ; enfin expédition géologique en 1959 (52).

Devant la pression croissante de l’Indonésie pour récupérer le territoire, l’administration postale néerlandaise procéda ensuite à nouveau à plusieurs émissions chatoyantes destinées à aider à la promotion de la colonie grâce à leur popularité auprès des thématistes. L’aide sociale fut donc aidée par des émissions à surtaxe de fleurs en 1959 (53), de papillons en 1960 (54 à 57), d’insectes en 1961 (58 à 61), et de crustacés en 1962, pour la toute dernière émission de la colonie (62).

Furent également mises en circulation durant la même période quelques autres émissions moins spectaculaires. On commémora en 1960 par deux vignettes l’année mondiale du réfugié, comme un peu partout dans le monde (63 et 64), en 1961 l’installation d’un « Conseil Gouvernemental » censé donner un peu d’autonomie au territoire (65 et 66), puis en 1962, comme en métropole, les noces d’argent de la reine Juliana (67) et la sécurité routière (68 et 69), et enfin la conférence du Pacifique Sud de Pago Pago la même année (70).

Mais le conflit latent entre les Pays-Bas et l’Indonésie s’aggravait pendant ce temps. En 1960, les deux pays rompirent leurs relations diplomatiques. Au début de 1962, des troupes indonésiennes furent parachutées dans la colonie et des combats terrestres et maritimes eurent brièvement lieu. L’ONU, appuyée par les Etats-Unis poussés par leurs intérêts économiques et politiques dans la région, décidèrent alors de forcer les Pays-Bas à résipiscence, organisant un quasi-blocus de la colonie. Les Etats-Unis interdirent ainsi leurs aéroports aux avions néerlandais, et empêchèrent donc l’arrivée rapide de renforts venant de la métropole. Sous la pression, les Pays-Bas cédèrent, et un accord signé sous l’égide de l’ONU en août 1962 plaça la Nouvelle-Guinée Occidentale sous la protection temporaire de l’organisation internationale, qui envoya des troupes pour pacifier le territoire, comme nous le verrons par la suite.

P.J.M.