Le Nicaragua de Colomb à Somoza

2002, n° 2543 500e anniversaire de la découverte du Nicaragua par Colomb en 1502

Il aurait pu être traversé par un canal reliant les deux océans. S’il n’en fut rien, c’est grâce à ses timbres montrant ses volcans ... Voici l’Histoire de ce pays qui n’a pas échappé aux révolutions.

Les vestiges retrouvés au Nicaragua démontrent que la région était habitée au moins depuis environ 6000 a.C. Un grand nombre de tribus s’installe progressivement dans les territoires du Nicaragua actuel, et l’on peut grosso modo les subdiviser en trois grandes entités, qui seront encore présentes lors de l’arrivée des Espagnols.


◆ Il y a les tribus qui occupent les régions côtières de la mer des Caraïbes. La tribu la plus importante est celle des Mosquitos (ou Miskitos). Les Mosquitos se sont installés au Nicaragua venant des régions de la Colombie. C’est la seule ethnie qui survivra à la domination espagnole, et elle gardera une grande autonomie, même dans le Nicaragua indépendant, jusqu’en 1894.
◆ Dans les régions côtières de l’océan Pacifique, les tribus ont une origine maya, et sont probablement venues du Mexique. Ce sont surtout les Niquiranos et les Chorotegas.
◆ Dans les régions plus centrales, ce sont surtout les Chontales qui s’y installent, également venant du Mexique.

Chaque tribu jouit d’une grande autonomie, et il n’y a que peu de contacts entre les diverses ethnies. Les tribus sont gouvernées par un chef, le cacique, qui est un véritable roi cumulant tous les pouvoirs.

Christophe Colomb est le premier ...

Tout va changer, pour le plus grand malheur des indigènes, avec l’arrivée des Espagnols. Le premier Blanc à avoir foulé la terre nicaraguayenne est Christophe Colomb lui-même, lors de son quatrième et dernier voyage (1502-1504). Le 12 septembre 1502, pour s’abriter d’une tempête, il met pied à terre au cap Gracias a Dios, situé tout au nord de la côte atlantique nicaraguayenne, tout près de la frontière avec le Honduras. Il prend possession du territoire au nom du roi d’Espagne. Il faut ensuite attendre 1522 pour voir les premiers Espagnols s’y installer. C’est le conquistador Gil González Dávila qui, venant de Panamá, aborde la côte nicaraguayenne occidentale, du côté de l’océan Pacifique. Il s’enfonce à l’intérieur des terres, découvre les lacs Managua et Nicaragua, et essaie de nouer de bonnes relations avec les indigènes. Il parvient à convaincre le cacique Nicarao, de la tribu des Niquiranos, de se faire baptiser avec ses hommes, mais en 1523, il doit se replier et retourner à Panamá à cause de l’attitude hostile et belliqueuse de Diriangén, cacique d’une tribu des Chorotegas.

À partir de 1524, les expéditions espagnoles vont se succéder à un rythme de plus en plus rapide. La première, en 1524, est celle de Francisco Hernández de Córdoba, qui fonde les premiers établissements permanents au Nicaragua : il s’agit d’abord de Granada, sur les rives du lac Managua, et ensuite de León, près du lac Nicaragua. Des missionnaires accompagnent les premiers conquistadors, mais il faut attendre 1531 pour que le Nicaragua soit érigé en évêché par le pape. Le premier évêque du Nicaragua est Diego Álvarez Osorio, qui entre en fonction en 1532. C’est un grand défenseur des Indiens, ami de Bartolomé de las Casas.

Cette défense de la population indigène est plus que nécessaire : les Espagnols, ayant pour seul souci celui de s’enrichir, déciment les populations indigènes. Un grande partie des indigènes, réduits en esclavage, meurt de malnutrition, de mauvais traitements et d’épuisement. Un grand nombre est victime des maladies infectieuses importées par les Européens. En moins de vingt ans, il ne reste pratiquement plus rien de la population indigène, sauf sur la côte atlantique, où les Mosquitos se maintiennent parce que les Espagnols ne s’y installent pas. Ce sont surtout les premiers gouverneurs du Nicaragua qui ont effectué un véritable génocide dans le pays : d’abord le cruel et ambitieux Pedrarias Dávila, de 1528 à 1531. Lors de sa nomination, il avait déjà 88 ans ! Ensuite Rodrigo de Contreras, nommé en 1535 et fondateur en 1543 de la Nueva Segovia, qui sert de base aux Espagnols dans leur recherche de l’or.

Une vice-royauté qui dure 286 ans

Le Nicaragua fait partie de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, qui regroupe tous les territoires espagnols de l’Amérique du Nord et centrale. Cette vice-royauté est instaurée en 1535 et persistera jusqu’en 1821. La Nouvelle-Espagne a ensuite été divisée en capitaineries générales, et le Nicaragua fait partie de la capitainerie générale du Guatemala, qui regroupe les territoires actuels du Nicaragua, du Guatemala, de Belize, du Salvador, du Honduras, du Costa Rica et de la province mexicaine de Chiapas. La situation va rester inchangée jusqu’au 19e siècle, et le pays n’a accordé aucun timbre-poste à cette longue période de domination espagnole.

Dans toute l’Amérique latine se dessine au début du 19e siècle un mouvement général pour mettre fin à la colonisation espagnole. L’Espagne essaie de redresser la situation en réorganisant l’ensemble de la Nouvelle-Espagne. C’est ainsi que les Cortes de Cádiz, qui avaient déjà promulgué en 1812 une constitution libérale, se déclarent d’accord pour former une nouvelle entité administrative, la province du Nicaragua et Costa Rica. Abrogée en 1814 par le retour à l’absolutisme du roi d’Espagne Ferdinand VII, elle est rétablie en 1820.
Tout évolue très rapidement lorsque le Mexique parvient à faire reconnaître son indépendance le 24 août 1821. Cet exemple est rapidement suivi par les nations d’Amérique centrale, et le 15 septembre 1821, l’acte d’indépendance de l’Amérique centrale est signé à Guatemala City.

Cet acte est rédigé par le Hondurien José Cecilio del Valle (1780-1834), assisté du juriste nicaraguayen Miguel Larreinaga (1771-1847). Cet acte d’indépendance laisse le choix aux composantes de l’ancienne capitainerie générale du Guatemala (Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa Rica) entre la dislocation en plusieurs petits États, la formation d’un État fédéral où l’annexion au Mexique. Tous optent finalement, malgré de très fortes oppositions locales, pour l’annexion au Mexique, où le général Agustín de Iturbide s’est arrogé tous les pouvoirs. Iturbide, ambitieux et retors, se donne le titre de généralissime, et, s’appuyant sur l’armée, se fait proclamer le 18 mai 1822 empereur du Mexique. Couronné à México le 21 juillet 1822 sous le nom d’empereur Agustín Ier, il gouverne en dictateur. Mais, n’entendant rien à l’économie et aux finances, le Mexique sombre dans l’anarchie. Iturbide doit abdiquer le 19 mars 1823, et est exilé en Italie. Dès la chute d’Iturbide, les États d’Amérique centrale décident d’annuler leur annexion au Mexique et forment en 1823 une entité indépendante, la République fédérale d’Amérique centrale, dont la constitution est promulguée le 22 novembre 1824.Cette constitution donne à la République fédérale un président élu et un gouvernement fédéral, mais chaque État garde son propre chef d’État et son propre parlement local.

Dès la début, la discorde s’installe entre les libéraux, partisans d’une fédération forte, et les conservateurs, qui en souhaitent la dissolution. Les premières élections présidentielles ont lieu en 1825. Elles opposent José Cecilio del Valle à Manuel José Arce (1787-1847). Arce et del Valle ont tous deux participé aux gouvernements provisoires entre 1823 et 1825. La présidence est finalement confiée à Arce, qui a cependant obtenu moins de voix que del Valle. Arce, originaire du Salvador, perd rapidement le soutien des libéraux et la guerre civile éclate entre les partisans d’Arce et le gouvernement libéral du Guatémala. Arce est finalement battu par une coalition des forces honduriennes, salvadoriennes et nicaraguayennes. Il est renversé, exilé et remplacé par le général hondurien Francisco Morazán. Morazán remporte les élections de 1830 face à del Valle. Morazán reste au pouvoir jusqu’en 1838, menant une politique libérale, mais les forces centrifuges se manifestent de plus en plus : le Salvador veut se retirer de la fédération à deux reprises (1832 et 1834), et les autres composantes en 1838. Morazán doit souvent avoir recours aux armes pour maintenir l’unité.

Enfin indépendant

Le Nicaragua déclare son indépendance totale le 30 avril 1838, et en 1839, la République fédérale d’Amérique latine cesse officiellement d’exister. Une nouvelle constitution est promulguée le 12 novembre 1838. À la tête de l’État, il n’y a plus un président, mais un Directeur Suprême (Supremo Director), qui détient le pouvoir exécutif, élu pour deux ans. Cela n’empêche pas la croissance de la rivalité entre conservateurs et libéraux, qui évolue dans les années 1840 vers de longues et violentes guerres civiles. Profitant de l’anarchie qui règne dans le pays, les forces conjointes du Salvador et du Honduras envahissent le Nicaragua et saccagent la ville de León. Pour mettre fin à l’interminable conflit entre León, ville libérale, et Granada, ville conservatrice, le gouvernement cherche une solution de compromis et décide alors de transférer la capitale à Managua, située entre les deux. Managua n’était initialement qu’un village insignifiant, qui reçoit le statut de ville en 1846 et qui est promue capitale du pays le 5 février 1852.

En 1853, le nouveau Directeur Suprême Fruto Chamorro fait adopter une nouvelle constitution, qui supprime la fonction de Supremo Director. Le chef de l’État est de nouveau le président, avec un mandat de quatre ans. Fruto Chamorro, conservateur, devient ainsi le premier président du nouveau régime. Mais dès la proclamation de la nouvelle constitution, la guerre civile se déclenche à nouveau au Nicaragua entre libéraux et conservateurs. Cette guerre civile se propage rapidement dans toutes les autres nations de l’Amérique centrale. Les libéraux sollicitent en 1855 l’aide des États-Unis, qui y envoient un aventurier, William Walker, accompagné par une troupe de mercenaires. Walker bat le 1er septembre l’armée nicaraguayenne et s’empare de Granada. Il détient le véritable pouvoir dans le pays, et essaie d’étendre son influence sur tous les autres pays de l’Amérique centrale. Ses adversaires se coalisent et infligent une première défaite à Walker en avril 1856, à la bataille de Rivas. Walker s’auto-proclame alors président du Nicaragua, mais il perd ses derniers soutiens locaux et est obligé de se rendre le 1er mai 1857, après avoir perdu une deuxième bataille à San Jacinto le 14 septembre 1856. Le Nicaragua a émis une grande série en 1956, pour commémorer le 100e anniversaire de cette guerre civile. Elle montre les batailles les plus importantes et les personnages qui y ont joué un rôle décisif.

Conscients que c’est l’interminable rivalité entre libéraux et conservateurs qui a engendré l’intermède de William Walker, les deux factions signent en 1857 le pacte de Chachagua, qui instaure un gouvernement de coalition avec une coprésidence entre le conservateur Tomás Martínez et le libéral Máximo Jerez. Cette coprésidence ne tient que quelques mois, de juin à novembre 1857. Dès la fin de 1857, Tomás Martínez est nommé seul président intérimaire, en attendant la nouvelle constitution de 1858. Il est alors élu officiellement le 1er mars 1859, et se fait réélire en 1863, bien que la nouvelle constitution interdise un deuxième mandat. Cette entorse à la loi entraîne une violente insurrection, rapidement réprimée, de ses anciens compagnons d’armes Máximo Jerez et Fernando Chamorro Alfaro. Tomás Martínez reste au pouvoir jusqu’en 1867. À part l’intermède de sa réélection très controversée de 1863, c’est une période de relative stabilité. C’est pendant son mandat de président intérimaire, en 1858, qu’est signé le traité Cañas-Jerez avec le Costa Rica, qui met fin à un long conflit de frontières. Par ce traité, le territoire contesté de Nicoya est définitivement attribué au Costa Rica. Les présidents qui vont se succéder de 1867 à 1893 sont tous du parti conservateur. C’est une période relativement stable, à l’exception d’une courte guerre civile en 1869.

Le café, ressource essentielle

La stabilité est due à un progrès économique, grâce à la culture du café, dont l’exportation est la principale source de revenus pour le pays. Malheureusement, les grands bénéficiaires de ce progrès économique sont les gros propriétaires fonciers, qui détiennent la presque totalité des terres où le café est cultivé. La politique laisse faire, car ce sont ces mêmes gros propriétaires, grâce au suffrage censitaire, qui forment la grande majorité des électeurs. Les présidents successifs sont Fernando Guzmán (1812-1891) de 1867 à 1871, Vicente Cuadra (1812-1894) de 1871 à 1875, Pedro Joaquín Chamorro Alfaro (1818-1890) de 1875 à 1879 et de 1885 à 1887, Joaquín Zavala (1835-1906) de 1879 à 1883, Adán Cárdenas (1836-1916) de 1883 à 1885 et Evaristo Carazo (1821-1889) de 1887 à 1889.

Depuis 1857, le parti conservateur est au pouvoir. Lorsque le président Evaristo Carazo (1821-1889), qui avait été élu à la présidence en 1887, décède le 1er août 1889, Roberto Sacasa (1840-1896), toujours du parti conservateur, est designé pour lui succéder et terminer le mandat présidentiel jusqu’en 1891. Mais, aux élections présidentielles de 1891, Sacasa n’a normalement pas le droit de se représenter, car la constitution interdit au président sortant d’être à nouveau candidat. Sacasa contourne astucieusement le problème : il démissionne le 1er janvier 1891 et cède la présidence à un illustre inconnu, Ignacio Chávez, qui n’est rien de plus que son homme de paille. Cela permet à Sacasa de se représenter et d’être réélu le 1er mars 1891. Cette entorse à la constitution irrite non seulement l’opposition libérale, mais également un grand nombre de membres de son propre parti conservateur, qui se scinde en deux factions. Sacasa, ayant perdu une grande partie de ses appuis conservateurs, est renversé en juillet 1893. Le général José Santos Zelaya se place à la tête d’un soulèvement qui commence à León le 11 juillet 1893 et s’achève par la prise de la capitale Managua le 25 juillet.

Le 31 juillet 1893, les libéraux et les conservateurs s’accordent pour donner le pouvoir à la junte libérale dirigée par José Santos Zelaya (1853-1919), qui accède officiellement à la présidence le 15 septembre 1893. Il gardera le pouvoir jusqu’en 1909, se faisant réélire en 1902 et 1906. Une première priorité pour Zelaya est d’intégrer la Côte des Mosquitos (également appelée le Royaume de Mosquitie ou Miskito Kingdom) au Nicaragua. Ce territoire était formé par le littoral oriental du Nicaragua et du Honduras.

C’était un véritable repaire de flibustiers, mais également un lieu d’accueil pour de nombreux émigrés puritains et huguenots venant d’Europe. Un grande partie de ceux-ci s’y installèrent pour s’occuper de l’abattage et du commerce des bois précieux, surtout l’acajou. L’Espagne et l’Angleterre, conscientes des richesses contenues dans cette région côtière, la convoitaient toutes deux. Depuis 1800, avec le déclin espagnol dans le Nouveau Monde, ce sont surtout les Anglais qui en tiraient profit. Mais afin de ne pas irriter les Américains, qui ne toléraient plus l’existence de colonies européennes sur le continent américain, ils avaient accepté que la Mosquitie soit officiellement un royaume indigène.

La Grande-Bretagne avait été contrainte de signer en 1860 le traité de Managua, qui attribuait officiellement le territoire au Nicaragua, mais qui laissait une autonomie politique et administrative absolue aux indigènes Miskitos et à leur roi. Rien ne changeait donc en pratique, et les Anglais restaient les maîtres du commerce local. La première préoccupation de Zelaya est de récupérer ce territoire et de l’annexer définitivement au Nicaragua. Il y envoie fin 1893 le journaliste et politicien Rigoberto Cabezas comme délégué auprès du “roi de Mosquitie”. Nommé inspecteur général des forces nicaraguayennes en Mosquitie, Cabezas proclame l’annexion du territoire. Malgré la résistance des indigènes, aidés par les Anglais, Cabezas, qui est à son tour soutenu par les États-Unis, n’a aucune peine à imposer son autorité, et le 20 novembre 1894, le “Kingdom of Miskito” cesse officiellement d’exister et devient le département nicaraguayen de Zelaya.

La longue présidence de Zelaya est extrêmement bénéfique pour le pays : sous son administration autoritaire, mais libérale et sociale, le Nicaragua devient le pays le plus prospère de l’Amérique centrale. Suivant l’exemple de Jules Ferry en France, Il impose l’école gratuite, obligatoire et laïque. Il investit dans l’infrastructure, construisant ou améliorant les routes, les chemins de fer et les installations portuaires. Il modernise le système judiciaire et met un frein au pouvoir et à l’influence de l’Église catholique. Zelaya s’est également fortement impliqué dans les projets de construction d’un canal interocéanique. Après l’échec de Ferdinand de Lesseps dans les années 1880, les États-Unis, sous la présidence de Theodore Roosevelt, reprennent le flambeau en 1902. Mais deux thèses s’opposent : d’un côté le lobby de ceux qui veulent poursuivre le travail commencé par de Lesseps au Panamá, et le lobby de ceux qui veulent un nouveau tracé, à travers le Nicaragua. Les avis sont partagés au Congrès américain, mais l’ingénieur français Philippe Bunau-Varilla, qui travaille pour le lobby de Panamá, va faire pencher la balance en sa faveur. Rappelant l’éruption, le 8 mai 1902 du volcan La Montagne Pelée, dans l’île de Martinique, qui avait détruit la ville de St.Pierre, y faisant 40 000 victimes, il souligne que le trajet prévu à travers le Nicaragua passe tout près du volcan Momotombo. La veille du scrutin au Sénat, Bunau-Varilla distribue aux sénateurs, alors au nombre de 90, une feuille avec des timbres du Nicaragua, représentant le volcan Momotombo surmonté d’un nuage de fumée sortant du cratère, prouvant ainsi l’activité volcanique.

Pas de canal au Nicaragua

Quatre sénateurs changent in extrémis leur vote, et le trajet de Panamá remporte ainsi une infime majorité. La philatélie a ainsi décidé de l’emplacement du canal interocéanique… Le choix de Panamá est un coup dur pour le Nicaragua, mais Zelaya réagit vigoureusement : il essaie d’intéresser le Japon et l’Allemagne dans la construction d’un deuxième canal, cette fois-ci à travers le Nicaragua. Cela est vu d’un très mauvais œil par les États-Unis, qui ne tolèrent aucune concurrence à “leur” canal. Les relations entre Zelaya et les États-Unis se détériorent encore plus lors du conflit entre le Nicaragua et le Honduras. Zelaya garde toujours le vieux rêve de reconstituer la République fédérale d’Amérique centrale, comme elle avait existé en 1823. Une première tentative entre 1895 et 1898 s’était soldée par un échec, mais c’est dans cet esprit que Zelaya soutient en 1907 l’opposition libérale au Honduras contre le gouvernement conservateur. Une véritable guerre est engagée, où le Nicaragua sort vainqueur : les forces nicaraguayennes battent la coalition du Honduras et du Salvador lors de la bataille de Namasigüe, en mars 1907. La victoire est due à l’emploi, pour la première fois en Amérique centrale, des mitrailleuses Maxim.

Les États-Unis, craignant de perdre les énormes avantages commerciaux dont ils profitaient dans les plantations de bananes - la compagnie américaine United Fruit détenait le véritable pouvoir dans la plupart des États d’Amérique centrale - soutient de plus en plus activement l’opposition conservatrice contre Zelaya. Ce soutien est de moins en moins discret : argent, presse, soutien logistique et économique et finalement même militaire. Le 10 octobre 1909, l’insurrection éclate, menée par le général Juan José Estrada et soutenue par Washington, qui envoie l’US Navy pour soutenir les insurgés. Zelaya est contraint de démissionner le 17 décembre 1909. Les compagnies fruitières redeviennent omnipotentes, et les présidents qui se succèdent rapidement au Nicaragua - quatre en un an ! - ne sont que des marionnettes entre les mains du Congrès américain. Le parti conservateur revient ainsi au pouvoir, mais les présidents successifs de ce parti auront comme souci principal de plaire aux États-Unis, dont ils protègent les intérêts économiques, en échange d’avantages “privés”.
◆ Adolfo Díaz (1875-1964), président de 1911 à 1917 et de 1926 à 1929.
◆ Emiliano Chamorro Vargas (1871-1966), président de 1917 à 1921 et en 1926.
◆ Diego Manuel Chamorro (1861-1923), président de 1921 à 1923.
◆ Bartolomé Martínez Hernández (1873-1936), président de 1923 à 1925. Il achève le mandat de son prédécesseur qui est décédé le 12 octobre 1923.
◆ Carlos José Solórzano (1860-1936), président de 1925 à 1926.
◆ José María Moncada (1870-1945), président de 1929 à 1933.

La présence des Marines américains qui ont contribué à renverser Zelaya provoque en septembre 1912 une réaction armée de la faction libérale, dans le but de renverser le nouveau président Adolfo Díaz. Les meneurs en sont Luis Mena, qui avait pourtant contribué à la chute de Zelaya, et Benjamin Francesco Zeledón.

La chasse gardée des Américains

L’intervention armée américaine est rapide et décisive : Mena doit capituler le 23 septembre 1912 et Zeledón est tué au combat le 4 octobre. Les Marines américains resteront au Nicaragua pratiquement sans interruption jusqu’en 1933, soi-disant pour “protéger les citoyens américains résidant au Nicaragua”. Leur présence permanente est confirmée par le traité Bryan-Chamorro, signé pendant la présidence d’Adolfo Díaz, le 5 août 1914. Les États-Unis s’y engagent à construire un deuxième canal interocéanique à travers le Nicaragua - promesse qu’ils ne tiendront pas - , mais exigent en contrepartie une présence armée permanente dans le pays.
En 1925, Emiliano Chamorro tente une deuxième fois de se faire élire à la présidence, mais il est battu par Carlos José Solórzano. Chamorro mène alors, à partir du 25 octobre 1925, une insurrection contre Solórzano, qui culmine par un véritable coup d’État perpétré le 17 janvier 1926 : c’est la “guerre constitutionnaliste”, connue au Nicaragua sous le nom de “El Lomazo”. Les Marines américains, qui venaient de quitter le pays, y reviennent en toute urgence, et Chamorro est très rapidement rappelé à l’ordre par les États-Unis, qui donnent une nouvelle fois le pouvoir à Adolfo Díaz, sur lequel ils sont sûrs de pouvoir compter.

La situation reste cependant explosive au Nicaragua, et les États-Unis obligent les adversaires Díaz et Moncada de signer le 20 mai 1927 le pacte d’Espino Negro. Les États-Unis s’y engagent à assurer le maintien de l’ordre dans le pays, en y maintenant une force armée, mais aussi en formant et entraînant une police locale, la Guardia Nacional. Cette force policière locale est créée en vue de remplacer dans le futur l’armée américaine. Le commandement en est confié à Anastasio Somoza García. L’armée américaine et la Guardia Nacional super1994, n°s 1744M & 1744N

Stèles sculptées

de la culture chontalevisent les élections de fin 1928, qui donnent la présidence à José María Moncada. L’ère de la famille Somoza va bientôt sonner...

Guy Coutant