Les premières émissions commémoratives de Curaçao

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Alors que les Pays-Bas avaient déjà émis des timbres de bienfaisance dès 1906 (contre la tuberculose) et commémoratifs dès l’année suivante (en souvenir de l’amiral Michiel de Ruyter), sans oublier l’imposante série célébrant le centenaire du retour à l’indépendance en 1913, la première série de timbres commémoratifs n’apparut dans la colonie de Curaçao qu’en 1923.

Comme dans la métropole, il s’agissait de fêter le vingt-cinquième anniversaire de l’accession au trône de la Reine Wilhelmine. L’administration postale coloniale décida d’innover pour les colonies, en mettant en circulation un visuel qui leur était propre, et d’un grand format vertical dont le dessin s’allonge en hauteur sur près de 3,5 cm ! Sept valeurs représentant la reine de face, dans la fleur de l’âge, furent émis, avec une faciale allant de 5 cents à une forte valeur pour l’époque de 5 florins, soit le double de la faciale la plus haute jusqu’alors 1 à 7. Le catalogue Yvert, qui liste ces timbres sous les numéros 71 à 77 indique par erreur que ces timbres sont dentelés 11, alors qu’ils ont fait en réalité l’objet de deux tirages : le plus courant, avec une dentelure 11 ½, et l’autre, 11 x 11 ½. Le timbre à 5 florins de ce second tirage est particulièrement rare, avec une cote quadruple de son homologue dentelé 11 ½. 

L’émission suivante fut assez originale. Les Pays-Bas avaient eu l’idée en 1921 de lancer une catégorie de courriers particulièrement protégés pour les liaisons transocéaniques, les courriers par «coffres forts flottants». Les lettres était mises dans des coffres forts scellés qui étaient conçus pour pouvoir être récupérés si le bateau qui les transportait coulait ! Ils pensèrent ensuite procéder au même service pour Curaçao, mais le contrat avec la compagnie qui assurait le service ne fut pas renouvelé dès 1923, alors que les timbres ad hoc légendés Curaçao allaient partir dans la colonie. Plutôt que de les mettre au pilon, on décida de les récupérer modifiés pour pallier quelques manques dans les valeurs de la série courante 8 à 14. On les surchargea donc «Franker Zegel» pour indiquer leur validité postale, en apposant la nouvelle valeur faciale.

Plutôt que de continuer à remettre en circulation les anciennes vignettes de la série courante, qui manquaient de plus en plus, l’administration postale coloniale décida en 1928 de reprendre à Curaçao pour une série de 11 valeurs le visuel de la série commémorative de 1923. On eut l’idée de réutiliser la belle effigie de face de la Reine Wilhelmine, mais en un format cependant plus raisonnable de 3 cm de hauteur. Les faciales allaient de 6 à 35 cents 15 et 16. Le timbre à 6 cents était une valeur très spécifique à tarif réduit destiné aux courriers vers la métropole 17. Là, le catalogue Yvert et Tellier, à la fois précis et imprécis, décrit ces vignettes comme dentelées 11 ½ -12 ½. De fait, il existe en réalité deux dentelures bien distinctes de ces vignettes pour six de ces timbres, 11 ½ d’une part et 12 ½ d’autre part, sans grande différence de valeur cependant. En 1929, une partie du tirage du timbre à 7 ½ cents, au tirage sans doute trop important par apport à son utilisation, fut surchargée 6 cents, la valeur la plus employée, étant donné son utilisation subventionnée, en somme, comme nous venons de l’évoquer 18. On trouve ce dernier timbre avec une belle variété de surcharge renversée pour un prix, somme toute relativement raisonnable de quelques centaines d’euros, étant donné sa rareté, surtout sur pli, comme ici 19. Il n’en aurait circulé que deux demi-panneaux de 50 timbres, une bonne partie ayant servi sur du courrier ordinaire, semble-t-il, et donc perdue pour les collectionneurs! Plus courante, mais toujours spectaculaires, les surcharges décalées sont également recherchées par les philatélistes spécialisés 20.

Méthodique, comme il s’agissait d’une série courante, la poste de Curaçao obtint que une série de nouveaux entiers postaux de la colonie reprenne le même visuel. Trois enveloppes pré-timbrées furent initialement mises en circulation, aux faciales de 6, 7 ½ et 15 cents 21. L’enveloppe à 7 ½ cents fut ensuite surchargée à 6 cents en même temps que son homologue dentelé. En outre, pour la seconde fois, il fut décidé d’émettre des carnets de 24 timbres de chacune des faciales les plus employées, 6 cents 22, 7 ½ cents, 12 ½ cents 23 et 24 et 15 cents. Ces vignettes étant d’un format différent de celles qui composaient les premiers carnets de Curaçao (voir encadré) elles se présentent verticalement, et ils sont excessivement rares, même incomplets, tout comme les précédents. Complets, on n’en voit passer que quelques-uns par décennie !

1933 vit apparaître dans Curaçao l’émission commémorative suivante, une vignette à l’effigie du Roi Guillaume de Nassau, prince d’Orange, dit Guillaume le Taciturne, afin de commémorer le quatrième centenaire de sa naissance. Quatre cents ans auparavant, devenu «stadhouder de Hollande, de Zélande et de Frise», il avait mené la révolte contre l’Espagne, se rebellant contre Madrid, et devint ainsi à l’origine de l’indépendance des Pays-Bas, jusqu’alors contrôlé par Charles Quint et ses descendants. Cette vignette est fort courante, mais on peut s’amuser à en collectionner les nuances, allant du rouge-orangé au jaune-orange 25 et 26, orange, qui, rappelons-le, était la couleur du Roi Guillaume, qui fonda donc la dynastie des Orange-Nassau.

L’année suivante, Curaçao fêta dignement le trois centième anniversaire de son rattachement à la couronne néerlandaise par une belle série-fleuve de pas moins de 17 valeurs. Les principaux personnages historiques à l’origine de la fondation de la compagnie des Indes Occidentales et des débuts de la colonisation néerlandaise de Curaçao furent représentés ces valeurs. Wilem Usselinx, rédacteur des premiers statuts de la Compagnie des Indes Occidentales, est représenté sur les timbres à 1, 1 ½ et 2 cents 27. Frederik Henrik, Prince d’Orange et initiateur de la fondation de la compagnie, figure sur les vignettes à 2 ½, 5 et 6 cents 28. Jacob Binckes, hadi navigateur qui fit la conquête de l’île de Saint Martin et l’adjoignit à la colonie de Curaçao, est à l’honneur sur les timbres à 10, 12 ½ et 15 cents 29. Les faciales à 20, 21 et 25 cents montrent le navire de Johannes Van Balbeek qui fit la conquête de l’île Curaçao sur les Espagnols 30. Les trois timbres à 27 ½, 30 et 50 cents 31 rappellent la mémoire de Cornelis Eversen de Jogste, le vainqueur de la bataille de l’île de Saint Eustache, cette fois contre les Anglais alliés ici aux Français. Enfin, deux timbres seulement, mais aux plus fortes faciales, 1,5 et 2,5 florins 32, montrent Pedro Luis Brion, hardi capitaine auteur de nombreux hauts-faits, et aida même Simon Bolivar à délivrer le Venezuela de la colonisation espagnole. Cette jolie série peut se trouver pour à peine plus de cinquantaine d’euros si l’on n’est pas rebuté par les traces de charnière…

La dernière émission commémorative avant la Seconde Guerre Mondiale eut lieu en 1938, pour célébrer cette fois les 40 ans du règne de la Reine Wilhelmine. Les trois valeurs émises reprennent, cette fois, le type de la métropole, mais dans des couleurs différentes et avec bien sûr sur le côté droit la légende Curaçao 33 à 35.

Les dernières séries courantes d’avant-guerre

Entretemps, en 1936, fut diffusée dans les guichets postaux de Curaçao une série courante un peu particulière. Pour les plus petites faciales, entre 1 et 5 cents, on revint tout d’abord avec la tradition, en adoptant un nouveau type «chiffres» cette fois de petit format vertical 36 à 40. Leur apparence les a fait surnommer malicieusement «étiquettes de bouteilles de bière» par les philatélistes. Une carte postale pré-timbrée à 5 cents, ainsi qu’une carte-postale réponse, furent mises en circulation en même temps 41. Le catalogue Yvert et Tellier indique très justement ici qu’il y a eu un second tirage, dentelé 12 ½ et non 13 ½ x 12 ¾ de ces cinq petites valeurs, datant de 1942, imprimé localement à Batavia, puisque les relations avec les Pays-Bas occupés étaient interrompues. Outre la différence de dentelure, ils se différencient également des précédents par un papier plus épais, et une gomme plus matte. Les catalogues néerlandais les listent même comme une émission distincte.

Mais l’originalité de cette série courante réside dans le visuel des plus fortes faciales. Il s’agit en effet quasiment d’une émission de deuil, puisque ces vignettes comportaient tristement un nouveau visuel où la reine Wilhelmine apparaissait, cette fois de profil, vieillie, avec le voile de deuil traditionnel néerlandais. Le deuil de Wilhelmine était même double, puisque sa mère et son époux étaient décédés en 1934. Le graphisme de ce timbre rappelait d’ailleurs un peu celui du timbre de métropole émis en 1934 à la mémoire de la Reine-mère, ancienne régente du royaume lorsque Wilhelmine était mineure. Les 9 faciales allant de 6 cents à 30 cents 42 et 43 étaient du format vertical habituel, tandis que les trois faciales les plus élevées, à 50 cents, 1 ½ et 2 ½ florins 44 à 46 étaient d’un format légèrement plus grand. Là, le catalogue Yvert pêche par concision, puisqu’il n’indique pas que ces trois dernières valeurs existent avec deux dentelures, 12 ½, certes, mais aussi 14 pour un retirage en 1939. Quelques entiers postaux accompagnèrent ces timbres : une carte postale 47 et une carte postale réponse, et quelques enveloppes 48. En revanche, on n’émit plus de carnets.

La période de deuil étant passée, l’administration postale coloniale avait décidé de diffuser dans tous les territoires qu’elle gérait une nouvelle série courante similaire à celle de la métropole de 1940 comportant une nouvelle effigie de la reine, cette fois, sans le voile de deuil. Mais la guerre étant survenue, la série ne put être imprimée aux Pays-Bas occupés. Ce fut l’imprimerie Kolff & Cie de Batavia, qui fut chargée de la confection des timbres. Il y eut à nouveau, comme en 1938 pour la série au voile de deuil, 9 valeurs de plus petit format entre 6 et 30 cents 49 à 57 et 3 valeurs d’un format un peu plus grand à 50 cents, 1 ½ et 2 ½ florins pour les fortes faciales 58 à 60. On notera que là encore, le catalogue Yvert et Tellier n’a sans doute pas assez de place pour être assez précis quant aux dentelures de ces timbres, qui peuvent être différentes sur les timbres de grand format, les deux valeurs, à 10 et 15 cents existant en outre aussi bien dentelées 12 ½ que 13 ¼.

P.J.M.

Les premiers carnets de Curaçao

Nous pensions évoquer en une seule fois l’ensemble des carnets émis pour Curaçao à la fin de la série d’articles consacrée à cette colonie. Mais plusieurs lecteurs nous ayant écrit en croyant que nous les avions omis dans nos précédentes parutions, nous les intégrons dorénavant en même temps que les timbres qu’ils contiennent, comme nous l’avons fait dans le présent article. De ce fait, il nous faut tout de même revenir sur la toute première émission de carnets, qui eut lieu dès le début du Vingtième Siècle à Curaçao, comme en métropole et dans les deux autres colonies néerlandaises. Les premiers carnets y apparurent en effet dès 1904. Ils étaient de format horizontal, comprenant quatre panneaux de six exemplaires de la série courante de l’époque, présentés verticalement pour les valeurs «chiffres» et couchés pour les timbres à l’effigie de la Reine Willemine, sous une couverture de présentation identique rappelant plus ou moins la couleur du timbre à l’intérieur, comme ici pour le livret contenant le timbre vert à 2 ½ cents 61. Six carnets de même type au total parurent entre 1905 et 1922, avec les vignettes des séries courantes de l’époque que nous avons décrites précédemment. Ils sont tous extrêmement rares, et commandent plusieurs billets de 500 euros… quand on les trouve. Le catalogue néerlandais spécialisé leur donne d’ailleurs à tous une cote identique de plusieurs milliers d’euros, mais en italiques, pour signifier qu’il ne s’agit que d’une cote indicative et que la loi du marché joue ici à plein !

Un entier de Curaçao d’avant-guerre surchargé aux Pays-Bas

Il est amusant de rappeler qu’un entier postal de Curaçao d’avant-guerre resté invendu fit une carrière inattendue de façon tardive … dans la métropole. Il semble que l’administration postale néerlandaise découvrit seulement en 1950 qu’elle disposait d’un stock important invendu, et même démonétisé, d’enveloppes pré-timbrées à 6 cents de l’émission «Voile de deuil» de 1936. Elle décida de les surcharger pour un usage aux Pays-Bas plutôt que de les renvoyer dans la colonie, où il aurait de toutes les façons fallu modifier la faciale pour rendre ces enveloppes vraiment utilisables. C’est donc une curiosité amusante, qui s’ajoute anecdotiquement à une collection de Curaçao 62.