Maryse Hilsz, une héroïne de l’air

Maryse Hilsz

Issue d’une famille alsacienne modeste qui, refusant l’annexion à l’Allemagne, s’était établie dans la région parisienne, Marie-Antoinette Hilsz nait à Levallois-Perret le 7 mai 1901. Après l’école communale elle entre comme apprentie chez une modiste mais son plaisir est d’admirer de son balcon les avions militaires qui font la navette entre la base de Villacoublay et l’aérodrome du Bourget. A l’issue de la première guerre mondiale elle assiste aux meetings aériens qui se multiplient.

Le parachutisme, pour commencer

Son père, ouvrier, est mort dans un accident du travail et sa mère a dû élever ses trois filles. Marie-Antoinette, qui désormais se fait appeler Maryse, rêve de passer son brevet de pilote mais elle n’en a pas les moyens. Alors, comme pendant les années folles le parachutisme d’exhibition est la grande attraction populaire, à partir de 1924 Maryse Hilsz réalise 112 sauts dont 20 en double parachute ainsi que des exercices de voltige sur et sous les ailes des avions. Avec l’argent gagné elle peut s’inscrire à des cours de pilotage et obtient son brevet le 21 avril 1930 (Brevet de transport public n°1293).

Le raid Paris-Saïgon et retour (Novembre-Décembre 1930)

En mai-juin 1930 elle s’entraine en réalisant des vols en Afrique du Nord, clôturés par un Tunis-Paris via le Maroc et l’Espagne. Il s’agit pour elle de préparer un raid Paris-Saïgon et retour. Elle a pu s’acheter un petit biplan Morane Saulnier 60 MF-Ajoe de 100 cv, volant à 120 km/h et dont le rayon d’action est d’à peine 800 km. Elle le baptise « Paris-Saïgon ».
Elle décolle seule à bord de son avion le 12 novembre 1930 et atterrit à Saïgon le 5 décembre avec quelques jours de retard sur son plan de vol à cause d’une mauvaise météo et surtout d’une fuite d’essence qui impose le changement du réservoir et immobilise l’avion pendant une semaine à Rangoon (Birmanie). Si Maryse Hilsz, quasiment inconnue comme aviatrice à l’époque, n’emporte aucun pli au départ de Paris, un négociant aérophilatéliste de Calcutta, Stephen Smith, réalise 39 plis revêtus d’une griffe enthousiaste. Pour le retour Maryse Hilsz décolle de Saïgon le 12 décembre mais à cause d’une rupture de canalisation d’huile elle doit se poser à 50 km de Bouchir (Perse) puis le 28 son avion capote sur le terrain détrempé de Constantinople. Elle rentre alors en France par le paquebot Athènes-Marseille.

France-Madagascar et retour

Maryse Hilsz tente ensuite un raid France Madagascar et retour sur un Farman grand tourisme F 291 n°4 immatriculé F.ALUI et baptisé Joe II en souvenir de l’immatriculation de son premier avion sur Paris-Saïgon.
Accompagnée de son mécanicien Maurice Dronne elle décolle du Bourget le 31 janvier 1932 et, après une escale à Istres pour compléter le plein d’essence, elle se pose le lendemain à Colomb Bechar puis à Reggan (Algérie). Le 3 février, après avoir suivi le cours du Niger elle se pose à Niamey et décolle le lendemain jeudi 4 février pour Zinder mais après 45 minutes de vol la rupture d’une conduite d’huile l’oblige à un atterrissage de fortune à Bimi-N’Konni (Gabon) à 80 km de Niamey.

Ses amis Jacques et Violette de Sibour lui apportent un nouveau moteur avec leur Farman 291 F.Aller. Une fois l’avion réparé Maryse Hilsz et Dronne repartent le 15 mars 1932 pour Fort-Lamy où ils se reposent 2 jours. Ils arrivent ensuite le 18 février à Bangui après avoir été bloqués à Fort-Archanbault par une tornade. Ils font escale à Bandundu (Congo) le 21 mars puis à Élisabethville (Congo) le 23 mars puis à Broken Hill (Zambie) le 24 mars où ils sont bloqués par la météo pendant 3 jours. Le 28 ils redécollent pour Quelimane (Mozambique) où Maryse Hilsz endommage son avion à l’atterrissage en heurtant une souche d’arbre. Le 30 mars ils repartent pour Madagascar mais, à cause de la pluie et d’un compas déréglé, ils se posent à Fianarantsoa plutôt qu’à Tananarive, but du voyage où la foule les attend.

Le retour s’effectue en 29 jours du 8 avril au 2 mai 1932. Ce voyage est marqué par un atterrissage forcé sur l’ile Juan de Nova, dans le canal de Mozambique, trois ans après la mésaventure survenue à Marcel Goulette. Maryse Hilsz qui se souvenait de l’accident de Goulette décide pour entamer son vol de retour vers la France de survoler l’îlot Juan de Nova au cas où … Elle raconte :

« La panne ! L’horrible panne m’est arrivée au-dessus des îlots impitoyables, avec un appareil à roulettes, et aggravation peut-être : je ne sais nager que pendant quelques brasses. Partie de Tananarive, je parcours 200 kilomètres pendant une heure de vol. Arrivée à Tambouharano, au reçu d’un télégramme du Gouverneur Général, je décidais la traversée du détroit de Mozambique ; le ciel était nuageux, il faisait froid, les vagues se succédaient, interminables. Soudain mon moteur s’arrête : c’est la panne. Fort heureusement mon moteur eut l’idée de s’arrêter quelques instants après le survol de l’îlot de Juan de Nova. J’atterris sur une plage argentée, entourée de corail. Les indigènes accourus me reçurent fort aimablement, m’invitant à partager leur repas. C’est ainsi que pour la première fois je mangeais de la tortue. Le lendemain, j’eus la chance de voir arriver un aviso de la Marine Nationale : l’Antarès. Après 5 jours de travail, mon moteur fut remis en état et je pus repartir ».

L’avion Joe II retourne après réparations à Tananarive d’où Maryse Hilsz décolle pour Quelimane le 25 avril 1932. Après avoir fait escale à Elisabethville puis Léopoldville, le Farman F 291 Joe II arrive à Libreville où le rejoint son fiancé André Salel à bord de l’avion « Marcel Lallouette » de Goulette avec lequel il faisait équipe. De là les 2 avions rejoignent ensemble la France. Ils atteignent le 3 mai Ilorin (Nigéria), le 4 mai Gao (Mali) puis Reggan et Oran le 5 mai. Le 7 mai après avoir survolé l’Espagne Maryse Hilsz fait escale à Montélimar et se pose au Bourget à 19h30.

Maryse Hilsz prend quelques lettres pour le voyage retour vers la France. Certaines sont connues revêtues de sa signature. Elles portent au dos le timbre à date de Paris Gare du Nord Avion du 8 mai 1932. Toujours aussi polyvalente Maryse Hilsz, après le succès du raid Paris-Madagascar et retour, décide de s’attaquer au record féminin d’altitude détenu par l’américaine Ruth Nicholls avec 8761 mètres. Le 10 août 1932, à bord d’un Morane Saulnier 223 équipé d’un moteur de 420 cv elle atteint 9791 mètres.
Du 1er au 7 avril 1933 avec le mécanicien Lemaire elle relie Paris à Hanoï pour la seconde fois, en 5 jours, 20 heures et 13 minutes. Elle continue ensuite jusqu’à Tokyo qu’elle atteint le 13 avril. Le vol retour vers Paris s’effectue du 23 avril au 14 mai, perturbé par le mauvais temps au-dessus de Séoul puis de Lyon où elle est obligée de faire escale.

Pour l’étape Calcutta-Rangoon Stephen Smith, comme en 1930, a préparé 90 enveloppes revêtues d’une jolie vignette représentant un éléphant avec légende « Calcutta to Rangoon by Mlle Maryse Hiltz (sic) 5th april 1933 ». Maryse Hilsz prend les lettres mais oublie de les poster à Rangoon et ne le fait qu’à Hanoï. Elles sont renvoyées à Calcutta par Air Orient pour y être enfin postées le 21 avril. Stephen Smith fait revêtir les lettres d’une griffe noire explicative.

En 1934 s’étant vue attribuer un Bréguet 330 dont le ministère de l’Air souhaitait faire la promotion à l’étranger, Maryse Hilsz réalise un deuxième raid Paris-Tokyo-Paris. Le 23 décembre 1937, après avoir renoncé à cause du mauvais temps à battre le record de distance en ligne droite détenu par Amélia Earhart, elle réussit un nouveau Paris-Saïgon battant en 92 heures et 31 minutes le record détenu par André Japy depuis décembre 1935.

André Salel, l’amour de sa vie

Au début des années 30 Maryse Hilsz noue une relation passionnée avec André Salel pilote d’essai chez Farman et équipier de Marcel Goulette lors des raids France-Madagascar en 1931 et Paris-Le Cap en 1932. Voulant continuer leurs tentatives et exploits respectifs, ils décidèrent de ne pas se marier. André Salel meurt le 18 juin 1934 avec son mécanicien Roger Robin à Chateaufort (Seine et Oise) dans la chute du prototype d’avion de combat Farman F-420-01 lors de son 2ème vol d’essai. Anéantie par le chagrin, elle fait ériger une stèle, inaugurée le 18 juin 1935, en mémoire d’André Salel à l’endroit où il trouva la mort. Cependant la passion de l’aviation et des exploits aériens va lui permettre de se rétablir.

La coupe Hélène Boucher

Titulaire de plusieurs records dont celui du monde toutes catégories sur 1000 km le 8 août 1934 à la vitesse de 40 km/h, l’aviatrice Hélène Boucher s’était tuée le 15 novembre 1934 surcson Caudron Rafale, par très mauvais temps, à Guyancourt.

En sa mémoire est créée la Coupe Hélène Boucher pour aviatrices dont la première édition a lieu sur Paris Cannes le 31 août 1935. Le 31 août 1935, 7 aviatrices prennent le départ de la Coupe féminine Hélène Boucher : Mmes et Mlles Hilsz, Roman, Dupeyron, de Franqueville, Jourjon et Saby, et l’Anglaise Mac Donald. Maryse Hilsz remporte la Coupe en parcourant la distance Paris (Buc) – Cannes en 2 heures 29 minutes et 6 secondes à 277 kms 263 à l’heure de moyenne sur son Bréguet 27-4 n°01. Elle remportera également l’édition 1936 de la Coupe Hélène Boucher sur un Caudron Renault à la vitesse moyenne de 366 km 700.

Dans les dernières années avant la guerre, réquisitionnée avec trois autres femmes pilotes, Maryse Bastié, Claire Roman et Paulette Bray-Bouquet, elle livre à l’Armée de l’Air des avions Amiot. Elle fait partie d’un éphémère corps féminin de pilotes auxiliaires créé le 27 mai 1940 et dissous après la défaite le 1er septembre. Après un séjour aux USA elle ouvre une boutique de modiste à Aix en Provence et participe au réseau de résistance anglais Buckmaster. A la Libération, Charles Tillon, ministre communiste de l’Air dans le gouvernement de Gaulle, l’intègre dans le corps féminin de pilotes militaires qu’il vient de créer à l’instar de ce qui se faisait en URSS, mais l’expérience n’aura pas de suite. Elle entre comme sous-lieutenant au Groupe des Liaisons Aériennes Ministérielles (GLAM) basé à Vélizy-Villacoublay. Le 30 janvier 1946 elle trouve la mort à bord d’un avion Siebel 204 qui s’écrase près de Bourg en Bresse.

Bertrand Sinais