Les TD 6 : explications et images

13. Vue d’ensemble de l’atelier Taille-douce à ce jour en 2020. © I.T.V.F.

Les machines spéciales d’impression taille-douce 6 couleurs, plus connues sous le sigle «TD 6», conçues à la fin des années 50 et mises en service en 1960, font partie de la grande lignée des rotatives Chambon. Toujours en service, elles se distinguent par leur longévité. Après vous avoir dévoilé il y a quelque temps dans ce magazine les arcanes de leur mise au point avec différents intervenants, voici maintenant les explications sur cette technique innovante illustrées de photos pour remonter le temps.

A peu près une dizaine d’années après avoir fait leur entrée à l’atelier, les rotatives taille-douce monochrome en service sont progressivement modifiées en leur appliquant le brevet de Serge Beaune qui consiste notamment en un procédé d’encrage pour l’impression de plusieurs couleurs. L’invention de Serge Beaune repose sur un principe bien différent car il permet de réaliser plusieurs couleurs sur un cliché unique. Il rend ainsi possible, sans frais supplémentaires et sans main d’œuvre spécialisée, l’impression d’un nombre quelconque de couleurs et, en allant plus loin, d’obtenir par mélange de multiples tons composés. Toutefois, on ne retiendra que le principe de 3 couleurs juxtaposées en utilisant un seul cylindre qui est encré par des rouleaux toucheurs en matière plastique soigneusement découpés à la main en épargnant les parties qui devront transporter les 3 encrages. L’impression 3 couleurs qui avait été abandonnée pendant la guerre ne reprendra, en définitive, qu’en 1946 avec de nouveaux réglages … et les nouvelles émissions n’arriveront finalement qu’en 1949.

Mais très vite, on s’aperçoit que l’utilisation de seulement 3 couleurs révélait des insuffisances pour reproduire des sujets aux nuances subtiles. Avec ce procédé, il est indispensable de séparer les couleurs par un découpage préalable des rouleaux encreurs (voir article «Les presses taille- douce prennent de la couleur» Timbres magazine N° 180 juillet-août 2016). La limitation à 3 couleurs s’explique par le fait que les surfaces colorées sont juxtaposées et que l’on doit éviter le contact trop étroit des couleurs. L’Atelier chercha donc, dans la fin des années 50, à contourner ces insuffisances. On se souvînt alors que le procédé «Serge Beaune» permettait aussi d’aller au-delà des 3 couleurs en utilisant la superposition des couleurs. Avec ce fondement, le procédé connaît une nouvelle amélioration en 1959 pour l’impression du timbre 15 Francs Floralies parisiennes (N° 1189 Yvert gravé par Pierre Gandon) qui consiste à superposer les couleurs afin d’obtenir plusieurs teintes. Toutefois, cette solution n’est pas retenue. Pour avoir des impressions polychromes qui offrent la possibilité de réaliser des œuvres complexes faisant appel à l’inspiration et au sens artistique du graveur, tout en évitant le contact des couleurs risquant par l’essuyage de provoquer des salissures, on imagine plutôt l’utilisation de deux groupes d’impression. Les études de nouvelles machines vont être orientées dans ce sens vers 1959 pour aboutir aux premières presses opérationnelles en 1960 (voir article «Petite histoire de la TD 6 – qui a fait quoi» Timbres magazine N° 173 Décembre 2015). Ce choix pouvait ainsi répondre aux souhaits du Directeur Général des Postes, M. Faucon, amateur d’art, qui se proposait de reproduire des tableaux de grands peintres sur des timbres en adoptant un format peu usité de 36 x 48 mm, soit le double du format habituel d’un timbre commémoratif.

Cette innovation fera connaître au grand public des œuvres maîtresses anciennes et contemporaines à partir de 1961 en ouvrant ainsi une nouvelle collection dite «Musée imaginaire» qui se poursuit encore de nos jours.

Le concept de l’impression

Le principe de ces nouvelles machines est fondé sur un processus novateur, l’utilisation de deux groupes d’impression distincts :

◆ L’un dit «élément report» est en matière plastique souple sur lequel est déposée l’encre qui sera reportée sur le papier (1). C’est le principe de l’offset, c’est-à-dire que le cylindre cliché n’est pas en contact direct avec le papier. Cette phase d’impression est appelée aussi taille-douce indirecte ; elle exige que le cliché présente une gravure à l’endroit. C’est ce groupe qu’il est préférable d’utiliser en premier pour imprimer les aplats de couleurs, telles celles de fond.

◆ L’autre employé en impression directe est réalisé à l’aide d’un cylindre en acier trempé analogue à celui des T.D. 3. L’impression qui s’effectue directement sur le papier, essentiellement caractérisée par son relief, permet de souligner davantage les contours.

De cette explication, il est facile de comprendre que si les deux impressions intervenaient simultanément, nous aurions un risque de maculage pouvant résulter de la superposition des encres. De plus, l’humidification préalable du papier, de règle en taille-douce, est totalement supprimée avant le premier passage en raison de l’impossibilité, après deux humidifications, de maintenir une stabilité du papier en dimensionnel. Néanmoins,
pour priver le papier de son humidité naturelle, un préchauffage dans un tunnel de séchage est réalisé préalablement (2).

Le séchage des encres, assuré par un rayonnement infra-rouge qui intervient après la première impression, n’apporte aucune modification notable du papier. Une humidification intervient toutefois juste avant l’entrée du second élément en taille-douce directe, nécessaire pour bien faire pénétrer le papier dans le fond des tailles pour les dépouiller de l’encre.

Dans ces conditions, le repérage demeure un problème pour obtenir une superposition parfaite des impressions réalisées par deux blocs différents dans un intervalle temps relativement important. Pour compenser cette difficulté du retrait du papier, les ingénieurs ont été amenés à concevoir un système de repérage longitudinal obtenu à partir d’un trait repère apposé par le premier élément en vue de réaliser le calage des couleurs avec une grande précision. Une cellule photoélectrique reconnaît le trait de repérage, gravé à la main à l’atelier et non par le graveur du timbre, imprimé par le premier élément report sur l’une des 3 feuilles du cylindre dans la première couleur utilisée. Ce qui permet d’aligner l’opération suivante et d’obtenir des progrès importants dans le domaine du repérage. Ce système, qui accepte des superpositions d’impressions permettant l’obtention de nuances intermédiaires, élargit significativement les possibilités de fabrication des timbres-poste en taille-douce pour la reproduction de sujets complexes. Ainsi est né ce que l’on appelle le repère de cylindre, plus connu sous le terme Repère Electronique (R.E.), qui revêt une grande importance pour les collectionneurs spécialisés. Ce dispositif apparaît au début des années 60 en premier lieu sur des essais, puis sur la série des Oiseaux de Pierre Gandon pour les timbres émis (3).

La gravure manuelle directement sur chaque cylindre (une seule fois par révolution, soit 1 pour 33 rangées) fait que le repère est unique et personnalise ainsi chaque cylindre, ce qui facilite la différenciation des différents tirages. Finalement, ce repère imprimé d’abord avec le cylindre report le sera également avec le cylindre taille-douce directe (à droite de la feuille) du fait que toutes les T.D. 6 ne comprennent pas les deux éléments imprimant. Les impressions 6 couleurs ne sont généralement utilisées que pour les timbres commémoratifs et de la série des Tableaux, ainsi le groupe T.D. 3 est suffisant pour les timbres à usage courant qui sont le plus souvent unicolores.

Notons qu’une autre unité procède aux corrections latérales par la lecture de la bordure du papier. Ce dispositif oléopneumatique, bien plus complexe, ne laisse aucune trace après impression ; aussi nous semble-t-il inutile d’entrer dans le détail de son fonctionnement.

Assez rapidement, on s’est rendu compte que l’on pouvait tirer profit des repères en les utilisant pour d’autres opérations comme la perforation et la coupe plus tardivement. Un second contrôle est donc effectué dans les mêmes conditions que précédemment pour le repérage des perforations. Huit rotatives de ce type (4) ont été mises en service entre 1960 et 1984 dont 4 adaptées pour l’impression 3 couleurs (dites TD 6-1 vs TD 6-2
pour les 6 couleurs). Dans ce cas, la machine ne comprend que le bloc taille-douce directe tout en bénéficiant des perfectionnements de la précédente (par exemple, le séchage plus efficace entraîne la suppression du papier anti-macule utilisé sur les anciennes rotatives, le système de repérage, etc.). Les presses TD 6 ne comprennent pas qu’un système imprimant, elles sont également pourvues d’un certain nombre d’éléments qui complètent la fabrication, à savoir : moyen de séchage, numéroteur/dateur, perforateur, qui sont développés ci-après.

Les principaux éléments complémentaires

Sur ces rotatives, les différentes actions sont effectuées «en chaîne» sur le papier au fur et à mesure de son défilement 

Le séchage
Pour les TD 6, le papier est soumis trois fois à l’action du séchage à rayonnement infrarouge dans un imposant tunnel (5) où la température est d’environ 90°. Nous avons successivement : un préchauffage de déshumidification du papier avant l’impression report, puis un séchage après chacune des 2 impressions. De plus, après le deuxième séchage, le papier est refroidi par soufflage d’air avant qu’interviennent les opérations de finition suivantes.

L’impression des indications de service
Autre élément constitutif de toutes les rotatives : le bloc numéroteur/dateur (6). Cette fonction est importante, car elle permet de délivrer une numérotation par feuille fort utile à la comptabilité très rigoureuse à l’atelier du timbre.

La perforation
Le système employé à l’origine, dit «à l’emporte-pièce», opère à plat. Il s’agit du système de perforation par peigne dont le principe consiste à perforer chaque ligne de timbres sur leurs trois côtés respectifs. Puis, par avancement de la feuille, on perfore la ligne suivante et ainsi de suite. L’avantage est qu’il n’y a qu’une seule ligne de perforateur à fabriquer, et non toute une feuille comme précédemment. On retiendra qu’il laisse à l’issue de son travail de petites pastilles (7).

La coupe et le contrôle
Et comme tout à une fin, après la coupe qui intervient en dernier, les feuilles sont reçues sur une table en bout de machine où se trouve le receveur (8).

Le conducteur de machine a pour fonction la supervision du bon fonctionnement des différents constituants de l’importante machinerie qu’est la TD 6. Mais comme tous les timbres-poste ne sont pas imprimés en feuilles, certaines machines sont spécialisées pour des tirages dit «en continu».

Particularités liées à certains tirages

Pour les tirages spécialisés, il y a lieu de prévoir des dispositifs appropriés pour une réception différente :

Les roulettes
Les roulettes de timbres-poste sont fabriquées en deux phases. Elles sont d’abord imprimées en continu à partir d’un cylindre ou virole d’une largeur de 10 figurines ne comportant pas les marges horizontales de séparation des feuilles.

Après embobinage sur la TD 6, la bobine réceptionnée est montée sur une machine unique à fabriquer les roulettes qui la découpe à l’aide de couteaux circulaires placés sur un axe qui autorise un réglage pour 10 bandes ou 5 bandes selon la largeur voulue. Les bandelettes longitudinales ainsi obtenues sont enroulées sur des mandrins pour faciliter leur utilisation dans les distributeurs.

La particularité des roulettes est qu’elles sont numérotées au dos pour faciliter le comptage dans les bureaux de Poste tous les 10 timbres, puis 5 et 1 timbre plus tard. Cette impression est réalisée en amont de la coupe sur la rotative TD 6 ce qui implique un allongement du banc pour recevoir les blocs numéroteurs positionnés sur un cylindre d’un diamètre variable selon l’occurrence retenue pour imprimer des chiffres multiples de 10 ou 5 ou plus tard à l’unité.

Les marges latérales étant chutées lors de la coupe, nous ne possédons guère d’indications sur les presses utilisées. Les seules certitudes concernent d’une part les roulettes expérimentales au format des timbres commémoratifs de type Ronchamp (dont il existe des feuilles-témoins conservées au Musée de la Poste à Paris) qui furent réalisées sur la TD 6-3 ; d’autre part les timbres à usage courant imprimés sur la presse TD 6-7 ayant été aménagée pour héberger le système de numérotage au verso.

Les carnets
Les carnets de timbres-poste sont aussi fabriqués à partir d’une impression en continu (sans marges hautes et basses). La virole imprimant les figurines destinées aux carnets comporte une marge médiane. Une coupe longitudinale pratiquée au milieu de cette marge par un couteau circulaire (9) permet, peu avant la sortie sur la rotative, l’embobinage séparé de deux nappes d’une largeur égale à 5 timbres.

Les carnets sont ensuite constitués sur une confectionneuse qui assemble les deux nappes déroulées des bobines pré-imprimées sur la TD 6 et les insère en les collant latéralement dans une cartonnette qui servira de couverture. Ce principe s’applique aux confectionneuses N° 1 à 8, la confectionneuse N° 9 d’un type identique mais plus performante assure elle-même la refente. Selon les informations données par la Poste, une nouvelle machine de conception originale est mise en service en 1984 pour la confection de carnets de 10 timbres présentés ouverts à la vente au public. Pour alimenter cette nouvelle confectionneuse, les bobines de carnets sont imprimées sur la TD 6-4 baptisée 204 en marge horizontale des feuilles. C’est sur cette assembleuse que sont conditionnés pour la première fois les carnets philatéliques de la nouvelle série des «Carnets commémoratifs» inaugurée par le célèbre carnet des «Personnages célèbres» de 1985 (N° Yvert BC 2360 A) dont les timbres sont également imprimés sur la TD 6-4 (10) pour une présentation en bandes non pliées avec marges, tout un programme ...

Cette présentation particulière est obtenue par la modification du système de perforation décrit ci- après. Tous les carnets commémoratifs (auxquels s’ajoutent ceux pour la Croix rouge précédemment imprimés sur TD 3) appelant une impression en taille-douce sont depuis lors imprimés sur cette 204.

Enfin avec l’impression, à partir de 1989, des timbres-poste auto-adhésifs dont le support fait office de couverture, les carnets pour distributeurs de la marque SAGEM sont imprimés sur la TD 6-7. Cette rotative est donc modifiée pour recevoir un groupe de découpe «mordant» par entame le support d’impression d’environ 1/100 mm permettant de détacher les timbres-poste du carnet. Les premiers carnets de ce nouveau modèle dit SAGEM sont datés du 3.05.1993. Suivront également sur cette rotative l’impression des carnets Sterners à partir de 1993 également, puis les carnets pour Distributeurs Automatiques de Billets (DAB) à partir de 1996 ; tous sur support auto-adhésif.

Les cartes postales
A partir de 1976, après la généralisation de la taille-douce pour la fabrication des timbres à usage courant dans le début des années 60, on en vient à utiliser cet outillage pour l’impression des Cartes Postales (jusqu’alors imprimées en typographie, mode d’impression en voie de disparition à l’atelier). La première imprimée sur une rotative TD 6 fut la Carte Postale JUVAROUEN 1976 émise le 27 avril 1976.

Sur un plan pratique, il est donc nécessaire que le développement de la virole donne une quantité suffisante de Cartes Postales sans trop de perte de papier. Le format d’une carte est de 143 X 103 mm, la circonférence permet donc d’imprimer 12 cartes en position verticale, soit 6 sur la hauteur et 2 sur la largeur. En sortie de presse, intervient une première découpe qui donne des blocs de 4 Cartes Postales, soit 3 feuilles par tour de virole. Les feuilles obtenues sont réunies en piles de 200, qui ensuite sont acheminées vers un massicot chargé de séparer les cartes. A noter que pour assurer cette seconde coupe à l’unité, des repères de coupe sous forme de petits traits étroits sont ajoutés à l’impression. Comme pour les roulettes, les marges partent aux rebuts privant ainsi les collectionneurs d’informations utiles à leurs collections spécialisées. De ce que nous connaissons, les Cartes Postales sont généralement imprimées sur la TD 6-6 et la TD 6-2 pour la carte postale bicolore PHILEXFRANCE 89.

Les évolutions

Tout équipement au cours de sa vie nécessite une remise en état, une mise aux normes ou une adaptation à un besoin nouveau. Différentes fonctions ont été affectées par des aménagements, améliorations ou des rétrofits pour remplacer des éléments obsolètes. Parmi les progrès que nous connaissons, voici les plus importants listés chronologiquement dans le temps :

Bloc typographique pour les bandes phosphorescentes
A l’origine des presses TD 6 les bandes phosphorescentes n’existaient pas. Avec leur arrivée au début des années 70, il a été nécessaire de prolonger la chaîne en ajoutant un plan de travail accueillant un bloc typographique permettant d’imprimer des bandes phosphorescentes. Il est situé après l’impression en taille-douce (11). Le parc sera équipé progressivement en fonction des besoins (en premier lieu pour les timbres à usage courant).

La fonction de perforation
Avec l’arrivée des RGR, de nouveaux systèmes de perforation voient le jour. Certaines TD 6 seront rétrofitées. Tout d’abord, la TD 6-4 modifiée pour les carnets ouverts (comme précisé précédemment) bénéficiera du système ORMAG prévu pour la RGR 1. Il est fixé sur le banc de sortie de cette rotative en septembre 1972 pour un premier essai sur le timbre «Sologne» N° Yvert 1725. Il s’agit d’un système rotatif à deux cylindres, de même développement que la virole des timbres ; un mâle avec des aiguilles qui opère par enfoncement, un femelle qui récupère les résidus.

Ce procédé ne donnant pas entière satisfaction à cause des aiguilles qui se cassent fréquemment et dont le changement est une opération longue et délicate, il faudra attendre l’arrivée de la RGR 2 une dizaine d’années plus tard pour que cette machine bénéficie en juin 1984 du nouveau groupe de perforation A.P.S. (Automatic Perforation System) d’origine suédoise. Le principe, qui agit par meulage du papier, est aussi dit «à l’arraché».

La nouveauté est qu’avec ce procédé, qui s’est généralisé dans plusieurs pays, la feuille imprimée s’enroule autour d’un porte-poinçon rotatif pouvant perforer deux feuilles de timbres par tour. Les poinçons tronconiques repoussent le papier, qui, à cet endroit précis, est meulé par trois fraises réglées électroniquement pour réduire en poussières le papier enlevé laissant ainsi un trou et sup- primant les confettis.

Le système rotatif a pour avantage d’accompagner le papier sans ralentir l’impression. De plus, il permet des formes de perforage très diverses qui faciliteront la présentation en bande pour les nouveaux carnets commémoratifs, dont il a été question ci-avant, mis en vente le 25 février 1985. D’autres rotatives TD 6 à 2 éléments seront également équipées d’appareils perforateurs de dimensions moindres, mais fonctionnant sur le même principe du meulage.

La fonction de repérage
Pour faire suite à des progrès importants dans ce domaine, un nouveau dispositif plus moderne et plus fiable d’origine suisse à lecture optique équipe certaines TD 6 à partir de 1987. Appelé BOBST, il est facilement reconnaissable par sa forme trapézoïdale. Il est issu d’une unique molette contrairement aux anciens rectangles gravés à la main qui étaient donc spécifiques pour chaque cylindre. Le principe est basé sur la lecture par deux fibres optiques des repères imprimés en marge des 3 feuilles qui déclenchent un signal transmis à l’ordinateur. Le signal est ensuite communiqué à un calculateur dont le rôle est d’effectuer les corrections sur le défilement du papier entre deux impressions. Le réglage de la perforation s’effectue dans les mêmes conditions. Toutes les rotatives n’en sont pas équipées. Toutefois, ces systèmes de repérage (ancien et nouveau) montreront leurs limites avec l’arrivée des carnets autoadhésifs à la fin des années 80, car les deux impressions (timbres et couvertures) sont réalisées sur une même machine et le principe de perforation doit évoluer. Ainsi voit-on apparaître avec ces carnets un repère de pré-découpe à mi-chair en rapport avec la synchronisation de l’entame (qui remplace la traditionnelle perforation). Ces repères doivent être tous identiques pour que le procédé fonctionne. D’où la nécessité de les reproduire, comme le BOBST précédent, avec une molette unique. Imprimés sur chaque ligne de timbre, ils peuvent être calés comme pour le R.E. sur l’effigie du timbre ou situés au milieu de deux effigies ce qui fait qu’ils sont massicotés en deux à la coupe du carnet. A noter qu’ils sont souvent appelés à tort «repères de coupe», ce qui prête à confusion. On les distingue facilement car ils sont plus larges.

Les blocs imprimant
La dernière rénovation en date des blocs imprimant qui sont au cœur de toute la machinerie a été initialisée en 2015 (12). C’est dire si les mythiques TD 6 sont loin d’être en fin de vie et ont encore de beaux jours devant elles ! A ce jour, après plus de 60 années (pour les premières livraisons) de bons et loyaux services, le parc des TD 6 se compose encore de 6 machines sur 8 : TD 6-1 à 5 et 7 (13). Notons que toutes les modifications et améliorations qui viennent d’être présentées ne s’appliquent pas obligatoirement à l’ensemble du parc des TD 6 et ne concernent parfois qu’une ou quelques machines.

De l’avis des amateurs, et ils sont nombreux, de la technique d’impression en taille-douce, le timbre qui en est issu doit être considéré comme une œuvre d’art parce que chaque graveur travaillant à la main reproduira de façon différente le sujet qui lui est confié en le marquant de sa personnalité. Le choix remontant au début des années 60, de laisser une place importante à la série dite du «Musée imaginaire» pour la reproduction de tableaux ou œuvres maîtresses, dont la plupart sont traités en taille-douce, acte que les timbres qui se trouvent aujourd’hui dans nos albums n’ont, comme on l’entend souvent, «pas d’équivalent dans le monde».

Tout cela est permis justement par les rotatives TD 6, avec l’aide essentielle de la main du graveur, qui font qu’un timbre gravé n’est jamais une copie photographique, mais bel et bien une manifestation artistique si l’on s’en tient à la définition du Larousse pour tous «Ensemble des moyens que l’homme emploie pour exciter des sensations, des sentiments, en particulier le sentiment du beau».

Gérard Gomez