L'empereur Charles Quint

1. Espagne, 1979, n° 2198 Chrales Quint

Il y a 500 ans, le 28 juin 1519, Charles Quint 1 est élu empereur du Saint-Empire par la Diète de Francfort. Son adversaire malheureux n'est autre que le roi de France François 1° Charles est à la tête du plus grand empire que l'histoire ait connu. Pour nous conter cette histoire, les timbres européens sont légion.

Les décès et les héritages font de Charles Quint le maitre du plus grand empire que l'histoire ait connu:

  •  En 1515, après la mort de son père 2 et ayant atteint sa majorité : les Pays-Bas.

  •  En 1516, à la mort de son grand-père du côté maternel : l'Espagne, l'immense empire colonial espagnol et des grandes parties de l'Italie.

  • En 1519, à la mort de son grand-père du côté paternel l'empereur Maximilien 3 : l'Autriche et les possessions héréditaires des Habsbourg.

Charles Quint est élu en 1519 empereur du Saint-Empire, contre son éternel rival le roi de France François ler. Le choix des princes-électeurs ne dépendait que d'un seul argument : celui qui payerait les plus gros pots-de-vin sera élu. À ce jeu, Charles Quint triomphe grâce à la très forte contribution des banquiers Fugger d'Augsbourg 4. Après cette élection, il faut procéder au partage des terres héréditaires habsbourgeoises entre les deux frères, Charles Quint et Ferdinand. Cela se passe à la Diète de Worms 5 en 1521. Cette Diète est une assemblée générale des princes-électeurs et de délégations des nombreuses principautés et villes du Saint-Empire. Ferdinand s'y voit attribuer l'Autriche et Charles l'Espagne et ses colonies, les Pays-Bas et les possessions italiennes. La maison habsbourgeoise comporte depuis lors deux branches bien distinctes : une branche austro-allemande et une branche hispano-hollandaise. La prérogative de concourir pour le titre d'empereur du Saint-Empire va à la branche autrichienne, qui va en profiter presque sans interruption jusqu'en 1806.

Mais Charles Quint et Ferdinand sont rapidement confrontés à un problème qui va changer toute la face du monde : une forte agitation religieuse, déclenchée par Luther à partir de 1517, qui a rapidement gagné tous les territoires austro-allemands. Ferdinand ne peut pas se permettre de se montrer trop intransigeant, car il a trop besoin des princes protestants devant la menace turque qui se précise : les forces ottomanes ont envahi la Hongrie et menacent l'Autriche. C'est pour cette raison que Charles Quint tente une dernière fois de rechercher un terrain d'entente, en 1530, lors de la Diète d'Augsbourg.

Philippe Mélanchthon 6, un des premiers disciples de Luther et grand humaniste, rédige la "Confession d'Augsbourg" 7, résumant en 28 articles la profession de foi luthérienne. Cette "Confession d'Augsbourg" est un nouvel échec, et, devant la menace de l'empereur, se forme en 1531 la Ligue de Smalkalde, qui regroupe la plupart des princes et des villes luthériennes. Mais Charles Quint, voulant à tout prix imposer a toute l’Allemagne le rétablissement du catholicisme comme religion d'État, envahit la Saxe et remporte en 1547 à Mühlberg 8 une grande victoire sur la Ligue de Smalkalde. Mais, malgré cette victoire, rien n'est réglé, car les luthériens restent fidèles à la Réforme. Et c'est un Charles Quint amer et déprimé qui abdique en 1555, laissant la branche hispano-hollandaise de son immense empire à son fils Philippe II, et confiant la branche austro-allemande à son frère Ferdinand, qui reçoit en plus en 1556 le titre d'empereur du Saint-Empire.

La première tâche de Ferdinand est la recherche d'un compromis avec les princes protestants. Un accord est finalement conclu lors de la Diète d'Augsbourg de fin 1555. La "paix d'Augsbourg" 9 reconnaît enfin l'existence, à côté de l'Église catholique, de la religion luthérienne. Le principe choisi est "cujus regio, ejus religio": ce sont les princes qui choisissent la religion à suivre dans les territoires qu'ils gouvernent. Il n'est donc pas question de liberté religieuse individuelle, mais c'est un pas en avant. Malheureusement, le pape refuse d'accepter la paix d'Augsbourg, et le concile de Trente, qui inaugure la Contre-réforme, provoquera encore des siècles de tensions et même de guerres religieuses.

La question de la Réforme

Martin Luther A i, un moine allemand, docteur en théologie à l'université de Wittenberg, est entré en rébellion contre les abus de l'Église. Indigné par la vente d'indulgences pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome, et scandalisé par la richesse, la corruption et le mode de vie des hauts dignitaires de l'Église, à commencer par le pape Léon X, il affiche en 1517 à Wittenberg le texte de ses "95 thèses" B. Ce texte se propage rapidement à travers toute l'Allemagne, suscitant chez beaucoup compréhension et enthousiasme. Sommé de comparaître devant le pape à Rome, Luther refuse, ce qui entraîne son excommunication. Il est alors appelé à s'expliquer à la Diète de Worms en 1521, où ses thèses sont rejetées et où il est mis au ban de l'Empire, ce qui fait de lui un hors-la-loi. Mais l'électeur de Saxe le place sous sa protection. Plusieurs princes de l'Empire, de nombreuses villes et beaucoup d'abbés, d'humanistes et d'intellectuels se rangent du côté de Luther et se rallient à ses points de vue sur l'Eglise et la papauté.

Ferdinand, plus tolérant que son frère Charles Quint, accorde une certaine liberté de culte, mais sur l'insistance de Charles Quint, il est contraint d'abroger certaines concessions, ce qui entraîne la protestation des princes réformés. De là le nom de "protestants" donné aux partisans de la Réforme luthérienne. Luther persévère, fait publier une Bible en langue allemande C et édite en 1529 son "Petit catéchisme" D, un condensé de ses vues sur la foi chrétienne.

Guy Coutant