L’image du timbre-poste, cette petite estampe qui permet à nos messages de voyager, nous transporte aussi dans un univers propre à celui qui l’a créé. Cet univers est celui du peintre, dessinateur qui signe son œuvre pour la voir ensuite diffusée à des millions d’exemplaires dans le monde entier. Mais souvent, la petite estampe fiduciaire n’est qu’un chapitre dans la carrière artistique de ces créateurs auxquels Timbres Magazine rend régulièrement hommage. Ce petit musée de poche n’est, en effet, qu’un reflet de ce que ces artistes savent faire en grand et sur de multiples supports. C’est le cas de Thierry Mordant dont la créativité débordante nous fait voyager dans un univers magique qui lui est bien propre. Peu importe le format, peu importe le support, le lien se fait spontanément à travers la facture, les thèmes, les méthodes de travail, les outils employés, les couleurs…
Né en 1973, Thierry Mordant est originaire de Wattrelos, près de Roubaix. Après ses études à l’école supérieure des Arts Appliqués et du Textile (ESAAT), il poursuit une année à l’école du livre et des arts graphiques « Maximilien Vox » à Paris puis part pratiquer le dessin sur les quais de Villefranche-sur-Mer. Son parcours de dessinateur commence véritablement dans la capitale et se poursuit dans le Var où il s’installe en 1991. Ses déplacements sont animés de rencontres qui sont décisives pour le chemin que va prendre l’artiste.
Ce chemin le mène très vite à Monaco où il réalise ses premières commandes dédiées au musée océanographique avant de rencontrer Jordi Casals de la galerie « Pictural » où il finit par exposer. Il se tourne de plus en plus vers la peinture, domaine qu’il récuse à ses débuts… Elle lui permet de transmettre son « Magic World », un monde tout aussi fantastique que féérique, animé d’un voyage éternel qu’il réalise tout au fond de lui entre réel et merveilleux. Il travaille et expose de nombreuses séries thématiques qu’il présente régulièrement dans la galerie « Pictural » depuis 1995 en utilisant une technique picturale toute particulière : la peinture par projection à la brosse qu’il continue de développer au fil du temps. A chaque année correspond un thème que l’artiste décline sur des séries de peintures : « Magic World – Planète Monaco » (1995-1997), « Ferrari’s World » (1997-1999), « Magic Circus » (1999-2000) suivi de « Anges » (2001) et « Fées » (2002)… A Monaco, il découvre le festival du Cirque de Monte-Carlo à la fin des années 1990 et tombe sous le charme de la magie que véhiculent le cirque et ses artistes. Une première peinture de clown réalisée en 1996 débouche sur d’autres projets tels qu’affiches, décors de scène ou encore timbres-poste…
C’est à Monaco que se nouent les premiers liens avec la Poste et où il découvre un univers nouveau, celui de la création des timbres. Sa première commande date de 1996. Cette année-là, l’Office des émissions des timbres-poste de Monaco lui propose de réaliser une série de dessins sur les thèmes du Yacht club et de l’Automobile Club de Monaco dans le cadre des 700 ans du règne Grimaldi. C’est le début d’une longue collaboration avec la Poste monégasque ponctuée d’une soixantaine d’émissions de timbres pour la Principauté de Monaco. Les sujets en sont très variés et l’artiste accepte le défi de représenter sur le petit format autant les édifices et paysages monégasques, que l’univers du sport ou encore des grands événements annuels liés au festival du cirque de Monaco, le Printemps des Arts, le Grand prix et Rallye de Monaco ou encore l’anniversaire du Musée des Timbres et des Monnaies. Il réalise également les portraits des membres de la famille princière, et notamment celui d’Albert II de Monaco émis à l’occasion de son intronisation en 2005, création dont il garde le meilleur souvenir.
Du dessin à la peinture, de la peinture à la philatélie et projets divers et variés… Les rencontres que fait Thierry Mordant nourrissent les idées mises sur toiles qui, elles, sont intimement liées aux autres projets de l’artiste et notamment le timbre-poste. En effet, la vignette fiduciaire qui de par son format et cahier des charges plus ou moins strict ne semblerait pas offrir la surface adéquate à cet artiste qui aime travailler en grand se prête incroyablement bien à son style. Les thématiques qu’il s’approprie vite car souvent en lien avec ses travaux personnels adoptent également ses méthodes de travail et notamment la technique toute particulière qu’il pratique depuis ses débuts et qu’il perfectionne et développe avec le temps : la peinture par projection à la brosse.
Peinture à la brosse... à dent
La brosse à dents devient son outil de bord et apporte tant à ses toiles qu’à ses maquettes de timbres une richesse infinie dans la composition de la lumière, d’ombres, des dégradés de couleurs. Proche de l’aérographe, elle consiste à enduire une brosse à dents de peinture acrylique et à la projeter sur toile ou papier en masquant certaines parties. Le rendu consiste à une multitude de petits points qui offrent des effets que l’aérographe ne peut donner. La technique prend beaucoup de temps et il ne peut l’employer pour toutes ses créations mais elle a toujours animé et continue d’être présente dans tout son œuvre. Il souhaite d’ailleurs la mettre en pratique lors de la réalisation de son premier timbre-poste pour la France lorsque La Poste fait appel à lui pour la création d’un timbre célébrant le centenaire de la course cycliste « Paris-Roubaix », en 2002. Les cyclistes représentés de dos s’intègrent dans une composition qui permet de montrer un paysage, une direction, sous un ciel bleu clair prédominant. Mais La Poste troublée par cette luminosité qui ne correspondait pas tout à fait à la réalité, lui demande de refaire la maquette. Ce timbre reste profondément ancré dans la mémoire de l’artiste. Il marque ses débuts dans la création philatélique pour la France, le rapproche de sa région natale alors qui vit dans le Sud de la France. Il le rapproche aussi du souvenir de son père, philatéliste et président d’un club cycliste dans la région…
Le succès de ce timbre est tel que très vite, la Poste française lui commande d’autres figurines. Les dessins qui suivent illustrent, dans le cadre de la série touristique, différentes régions de France à travers Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) en 2005, Arcachon (Gironde) en 2007 ou Sables d’Olonne (Vendée) en 2009. L’artiste réalise de nombreuses esquisses préparatoires, des croquis qui s’emplissent progressivement de couleurs et aboutissent à quelques dessins plus élaborés qu’il propose à son commanditaire. En 2011 et 2012 deux autres émissions voient le jour : un bloc-feuillet composé de deux timbres sur le thème des championnats du monde d’haltérophilie à Paris et un timbre de la série Europa, de format panoramique, promouvant quelques sites français prestigieux comme la place Stanislas à Nancy, le Mont-Saint-Michel, la Tour Eiffel, le Pont du Gard et le Cirque de Mafate de l’île de Réunion.
Entre-temps, le timbre-poste permet à Thierry Mordant de découvrir de nouvelles destinations. Pour commencer, il réalise dans les années 2000-2002 une vingtaine de figurines pour Sao Tomé É Principe. En 2007 il reçoit une commande de timbres pour la Nouvelle Calédonie, une série de trois figurines célébrant les jeux de 22e Olympiade : taekwondo, tennis de table et haltérophilie ; tandis qu’en 2008, il réalise son premier timbre belge sur le thème de l’astronomie. Très vite, d’autres commandes suivent comme celle pour le centenaire du Canal de Panama en 2014 ou la série de portraits de prix Nobel belges, en 2016.
Thierry Mordant est aujourd’hui comblé car il peut faire ce qu’il aime le plus et partager son monde magique dans lequel l’imaginaire flirte avec le réel, l’avenir avec le présent… C’est un artiste débordant de projets. Après les personnalisations de mobiliers et l’habillage du semi-remorque pour la tournée du magicien Dani Lary, un rideau de scène pour le festival du cirque de Vaudreuil Dorion au Canada et les fresques murales pour la ville de Wattrelos aucun frein ne survint dans la créativité de l’artiste. Depuis environ un an l’artiste s’est trouvé un nouveau dada : peindre les traditionnelles sculptures de pommes et de poires du nord de la France… Il les habille (comme il le fait avec le mobilier) de la magie de ses motifs et de couleurs lumineuses… L’artiste continue à exposer dans toute la France. Après l’« Hymne à la Terre Mer » à Villefranche-Sur-Mer en 2018 et le 4ème festival Mondoclowns à Marmande (du 7 février au 2 mars 2019), Thierry Mordant sera présent dans le cadre de « Lille 3 000 » à la mairie de Lille, à travers le plus magique des Eldorado, du 15 avril au 30 août 2019.
Monika Nowacka
Marianne. Des projets qui auraient pu être des timbres…
Thierry Mordant participe également à plusieurs concours organisés dans le cadre du changement de l’effigie de Marianne sur le timbre d’usage courant. Ainsi, en 2007, sa Marianne sourit à la France parsemée d’étoiles. Le cahier des charges demandait alors de mettre l’accent sur une France assumant la présidence du Conseil de l’Union européenne. "Sujet délicat que de traiter Marianne pour un timbre, déclare-t-il, j'ai tenté de l'illustrer dans la symbolique …" Cette année-là, le président Nicolas Sarkozy choisit la Marianne dessinée par Yves Beaujard, une Marianne « à l’ancienne » coiffée d’un bonnet phrygien dont la cocarde est remplacée par une étoile du drapeau européen. L’artiste participe également au concours de 2013. La Marianne doit cette fois-ci rendre hommage à la jeunesse et illustrer la promesse du président François Hollande nouvellement élu. Thierry Mordant offre une version qui se doit être « orientée vers le monde moderne du net, sans oublier celui des arts qui nous guide et nous libère au quotidien… »
Des lutins et des fées…
Le thème des fées et des lutins est très présent dans tout l’œuvre de Thierry Mordant. Ce sont eux qui animent ses premiers périples de dessinateur, ce sont également eux qui sont le sujet de son premier ouvrage publié à 23 ans « Magic World : les fruits du rêve » (1996). Ils l’accompagnent aussi plus tard dans les contes qu’il illustre.»