La principauté du Liechtenstein

2, 1938 n° 148 Wolfhart V de Brandis

Cette toute petite principauté germanophone de 160 km2 pour 38 500 habitants située toute entière dans les Alpes, est une monarchie constitutionnelle dirigé par un prince. On considère que sa naissance date de 1342, lorsque nait le comté de Vaduz…

L'histoire du Liechtenstein suit le même chemin que la Suisse jusqu'au Moyen Âge. Il y a d'abord la période romaine, qui débute en 15 av. JC. Le Liechtenstein fait alors partie de la province romaine Rhétie. Puis viennent, dès le IV siècle, les incursions des Alamans, qui s’y installent. Le Liechtenstein fait ensuite partie du royaume franc mérovingien, puis de l’Empire carolingien. En 806, sous Charlemagne, la région devient un comté, sous la domination des comtes de Bregenz. La lignée des comtes de Bregenz s’éteint en 1152, et, suivant la bonne coutume féodale, le territoire subit une suite incessante de partages et de divisions. Une partie est attribuée aux comtes de Montfort, mais cette partie est ensuite divisée en Montfort et Werdenberg. Le comté de Werdenberg est à son tour divisé, et c’est ainsi que le comté de Vaduz voit le jour en 1342, dirigé par le comte Hartmann III de Werdenberg-Sargans.

L’année 1342, où le comté de Vaduz 1 voit le jour, est pour cette raison considérée comme la date de naissance du Liechtenstein. En 1379, Venceslas de Luxembourg, alors roi de Germaine, concède le comté à Henri de Werdenberg mais en 1396, le comte de Vaduz devient le vassal direct de l’empereur du Saint-Empire romain germanique, pour des raisons stratégiques : le territoire actuel du Liechtenstein est un important lieu de traversée des Alpes. En 1416, le comté passe à la famille des seigneurs de Brandis, dont le plus important est Wolfhart V de Brandis 2 qui, par une politique de mariages, parvient à réunir en 1437 l’Oberland, qui appartenait déjà à sa famille, à l’Unterland, qui était le domaine des seigneurs de Schllenberg. Les frontières du Liechtenstein datent de cette année 1437.

Le Liechtenstein est impliqué dans trois guerres pendant le XVe siècle, qui laissent le territoire ravagé et dévasté. La misère engendre en 1525 une insurrection des paysans 3. Le dernier des Brandis vend en 1510 le territoire aux comtes de Sulz, qui s’efforcent d’y maintenir la religion catholique, à l’abri de la réforme qui progresse partout en Europe centrale. En 1613, les Sulz vendent à leur tour le territoire aux comtes de Hohenems, dont la principale préoccupation est de faire de ce territoire un État tampon entre la Suisse et l’Autriche.

Pendant ce temps, la riche famille des Liechtenstein, proche de la famille impériale des Habsbourg, se voit accorder en 1608, en récompense de sa fidélité, le droit de porter le titre de Prince du Saint-Empire. Charles Ier 4 est le premier de la famille des Liechtenstein à porter ce titre. Cette dignité est déclarée héréditaire en 1622. Charles Ier meurt en 1627, laissant un fils et successeurs, Charles-Eusèbe de Liechtenstein. En 1699, le prince Jean Adam de Liechtenstein achète l’Unterland, avec Schellenberg, et en 1712, l’Oberland, avec Vaduz 5.

Le 23 janvier 1719, l'empereur Charles VI réunit officiellement les deux territoires en une seule entité, qui reçoit le nom de Principauté impériale du Liechtenstein, et dont la souveraineté est accordée au prince Antoine-Florian de Liechtenstein. Ce n’est donc pas le pays qui a donné son nom à la famille régnante, mais la famille qui a donné son nom au pays ! Les souverains actuels sont encore toujours les descendants direct de la dynastie des Liechtenstein 6. La dynastie de Liechtenstein continue de gouverner le pays, tout en restant vassale de l'empereur jusqu'en 1806. Le Liechtenstein a commémorer plusieurs membres de cette dynastie par des timbres-poste 7.

En 1806, le Liechtenstein est incorporé dans la Confédération du Rhin, l'ensemble d’États satellites germanophones créé par Napoléon Ier après sa victoire d'Austerlitz. Bien que sous la dépendance de l’Empire français, le Liechtenstein devient depuis lors officiellement une nation indépendante 8 puisque le Saint-Empire romain germanique cesse d'exister, Napoléon l’ayant supprimé.

Trouver des alliances tout en conservant son indépendance

Après la chute de L’empire français, le Liechtenstein reste indépendant, mais est complètement isolé. Tandis que ses voisins connaissent le progrès et l'industrialisation, le Liechtenstein demeure un État figé dans le vieux système féodal. Il n'est donc pas étonnant que les idées de la révolution européenne de 1848 y trouvent un écho favorable : la population demande, plus de démocratie, plus de liberté et plus de progrès 9.

Le prince comprend que le Liechtenstein ne peut rester plus longtemps, isolé, et en 1852, un accord douanier est signé avec l'Autriche. Le pays adopte le système monétaire autrichien, ce qui lui procure plus de progrès économique et enfin l'ouverture vers le monde. La première banque du Liechtenstein est fondée en 1861 10, et une nouvelle constitution est promulguée en 1862 11, qui donne le pouvoir législatif à un parlement élu.

En 1868, le Liechtenstein dissout sa minuscule armée (60 soldats !) et déclare sa neutralité permanente. Cette neutralité sera respectée et conservée pendant les deux guerres mondiales. Une série de timbres montre le dernier engagement du contingent militaire liechtensteinois 12 en 1866.

Entre-temps, le prince Jean II 13 est monté sur le trône. Devenu souverain du Liechtenstein en 1858, à l'âge de 18 ans, il va régner pendant 71 ans, jusqu'à sa mort en 1929, âge de 89 ans. Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, le Liechtenstein s’était surtout lié à l'Autriche, mais l'écroulement de l’Empire austro-hongrois à la fin de la Grande guerre lui fait changer de cap : le pays se tourne alors résolument vers la Suisse. Les accords monétaires, postaux, économiques et diplomatiques avec la Suisse mènent à la signature, en 1923 de l'union douanière entre les deux pays, avec l'adoption du franc suisse comme monnaie du Liechtenstein 14.

Entre-temps, le suffrage universel direct 15 avait été instauré au Liechtenstein en 1918, et une nouvelle constitution 16 est promulguée en 1921, qui fait de la principauté une véritable démocratie directe. En 1929, le prince François Ier 17 succède à son frère Jean II. Il meurt en 1938, laissant le trône à son petit neveu François-joseph II 18, qui va régner jusqu'en 1989. François-Joseph II est le premier souverain qui fait du Liechtenstein sa résidence permanente : il s'installe au château de Vaduz. Son fils aîné, le prince. Hans-Adam II, dirige maintenant la principauté 19. Fin 1978, le Liechtenstein est devenu membre du Conseil de l’Europe 20, et le pays a rejoint les Nations-Unies le 18 septembre 1990 21. C’est actuellement un paradis fiscal, touristique, économique et bancaire.

Guy Coutant