Nous avions rappelé précédemment que les Pays-Bas avaient décidé unilatéralement de conserver la Nouvelle-Guinée au moment de l’indépendance de l’Indonésie, en 1949, et en avaient fait une nouvelle colonie, avec pour capitale Hollandia (aujourd’hui Kotabaru). Les Indonésiens le contestèrent, bien sûr, et les rapports entre les deux pays se dégradèrent tout au long des années 1950, jusqu’à un affrontement armé, en 1962 !
Au début de l’année 1962, en effet, l’Indonésie, soutenue fermement par l’URSS, décida d’entreprendre une opération militaire de conquête de la Nouvelle-Guinée néerlandaise, baptisée « Opération Trikora ». Après une tentative de débarquement calamiteuse qui fut repoussée par les troupes hollandaises, l’Indonésie finit en revanche par parvenir à parachuter un peu partout dans le territoire des centaines de soldats. Ils commencèrent alors une guérilla efficace contre les Néerlandais. Devant la menace d’embrasement général, l’URSS s’investissant de plus en plus au coté des troupes indonésiennes, les Etats-Unis, inquiets, décidèrent d’interdire leurs aéroports aux avions néerlandais qui devaient amener des renforts dans la colonie. Cela força les Pays-Bas à renoncer et à demander l’aide de l’ONU.
Suite à une accord signé à New-York le 15 août 1962, l’ONU eut alors la charge d’un mandat transitoire sur l’ex. Nouvelle-Guinée Néerlandaise, le temps d’organiser un référendum d’autodétermination. L’ « Autorité exécutive temporaire des Nations unies », en anglais « United Nations Temporary Executive Authority » (UNTEA), créée pour la circonstance, prit le contrôle de la colonie dès le 1er octobre 1962 et l’administra jusqu’au 30 avril 1963, avant sa remise à l’Indonésie.
Les timbres du territoire sous mandat de l’ONU
Les timbres de l’ancienne Nouvelle-Guinée néerlandaise étant en stock à profusion, l’administration onusienne décida de se contenter de les surcharger par son acronyme, UNTEA, et de les remettre ainsi en circulation. Dès le 1er octobre, onze valeurs apparurent dans les guichets (1 à 11) suivies de huit autres le 1er novembre suivant (12 à 19). Vu l’urgence, une imprimerie locale fut chargée de la surcharge. Ces timbres sont faciles à se procurer à l’état neuf. L’ONU en fit en effet la vente, et comme ils intéressent aussi bien les collectionneurs néerlandais que les thématistes « Nations Unies », ils furent diffusés en nombre suffisant dans les circuits philatéliques habituels. On trouve également sans trop de peine des enveloppes du territoire sous mandat avec affranchissement philatélique, comme ces deux courriers, datés des 8 et 9 octobre, une semaine après la mise en circulation officielle (20 et 21). Ici, notre philatéliste a d’ailleurs mal réparti les timbres, avec un premier pli largement sur- affranchi et un second comportant deux exemplaires du timbre à 25 cents afin de composer le tarif nécessaire…
En revanche, les « vrais » courriers non philatéliques comme cette lettre postée dès le 3 octobre, troisième jour du mandat, sont beaucoup plus rares et difficiles à trouver (22). En effet, la plupart des fonctionnaires coloniaux néerlandais et des rares colons encore sur place étaient en train de faire leurs valises avant le rapatriement en métropole, et avaient d’autres préoccupations que d’envoyer du courrier, et ils fermaient leurs entreprises ou leurs commerces, ce qui réduisait considérablement la circulation postale. Encore plus rares sont les courriers non philatéliques avec un affranchissement «mixte» comme celui-ci, un timbre non surchargé de l’ancien territoire néerlandais ayant été accepté par le postier de cette lettre apparemment fort urgente, faute peut-être d’avoir été approvisionné en valeur surchargée à 1 florin (23).
Les spécialistes recherchent aussi la marque de franchise postale de l’administration onusienne (24), que l’on voit peu fréquemment. Elle était notamment utilisée pour le courrier des soldats de la force de paix, ici de la Royal Canadian Air Force (RCAF), l’aviation militaire canadienne.
En janvier 1963, les Pays-Bas utilisèrent sans doute leurs stocks restant en métropole, et livrèrent à l’administration onusienne les 19 valeurs… avec une nouvelle surcharge, elle apposée par l’imprimeur habituel de leurs timbres, Enschede. Le catalogue spécialisé néerlandais NVPH donne à peu près la même valeur à la série que pour la précédente, mais ici, avec la même cote pour chaque timbre, sans aucun doute du fait de la grande diffusion auprès des philatélistes de métropole de ces vignettes, relativement peu utilisées sur place, faute de temps. Les deux surcharges sont quasiment identiques et ne se différencient que par la place du « N » de l’acronyme, situé au même niveau que les autres lettres dans ce tirage, et légèrement plus bas dans le tirage local initial (25).
Mais… deux autres tirages surchargés eurent ensuite lieu pour quelques valeurs sans doute épuisées aux guichets, que seul le catalogue néerlandais NVPH différencie. D’une part, pour 8 valeurs, à 1, 5, 7, 10, 12, 15, 17 et 20 cents, un troisième tirage, donc, avec des lettres nettement plus petites, faciles à repérer, puisque la surcharge ne fait plus au total que 14 millimètres de long (26). Au tout dernier moment, enfin, quelques feuilles des timbres à 1 et 10 cents furent cette fois dotés d’une quatrième surcharge, elle nettement plus grande que les trois précédentes, de 19 millimètres de long (27). Les timbres de ces deux derniers tirages sont beaucoup plus difficiles à trouver, neufs comme oblitérés ou sur pli, et certains commandent une bonne centaine d’euros au moins… quant on les trouve !
Entiers et formulaires postaux
L’administration onusienne fit aussi apposer la surcharge sur les trois entiers postaux en service dans le territoire à son arrivée : la carte postale pour l’intérieur (28) et les deux aérogrammes, pour l’intérieur (29) et pour l’international (30). Les trois premiers types de surcharge ont été utilisés pour ces entiers. Deux ou trois d’entre eux constituent les valeurs les plus chères de cette période, cotant 500 euros (et les valant bien) dans le catalogue spécialisé néerlandais des entiers postaux, le Geuzendam.
Pour le reste des besoins postaux et para-postaux, l’administration onusienne utilisa le plus souvent les formulaires de Nouvelle-Guinée Néerlandaise restant en stock, mais dotés, bien sûr, de timbres surchargés (31 et 32). Parfois, les postiers les plus zélés prenaient la peine de rayer à la main l’ancien nom du territoire (33).
Variétés à foison, réelles ou pas…
Comme toujours, lorsqu’il s’agit de surcharges, il en existe de nombreuses variétés. Pour certaines, l’authenticité est peu douteuse, comme lorsqu’il s’agit de surcharges mal apposées ou incomplètes (34). Les surcharges à cheval authentiques sont également assez nombreuses, et existent sur la plupart des valeurs (35 à 39). Une signature d’expert est en revanche indispensable pour les surcharges à l’envers, dont peu semblent authentiques… et que l’on trouve facilement sur Internet ! (40 à 43)
Le 1er mai 1963, l’Indonésie prit le contrôle du territoire, en dépit de l’opposition d’une bonne partie des habitants papous, d’ethnie et religion bien différentes du reste de l’Indonésie qui désiraient une indépendance autonome. La nouvelle région de l’Indonésie, rebaptisée « Irian Barat » (Irian Occidental) émit d’ailleurs quelques timbres en propre jusqu’à la fin des années 1960. Il semble qu’ils eurent cours en parallèle aux émissions principales du pays, dernier vestige indirect de la défunte colonisation néerlandaise.
P.J.M
Un timbre de l’ONU
Il faut évidemment accompagner une collection de l’UNTEA du timbre de l’ONU de New-York de 1963 qui l’évoque (44). Il représente une carte, très stylisée, du territoire, et ne demande qu’une piécette pour se le procurer, ou deux pour le premier jour officiel !