Survols maritimes

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Le mot désuet de «Réclame» a fait place à «Promotion» puis récemment à «Publicité». Leurs applications étaient indispensables, à l’époque des premiers vols aériens couteux et aléatoires, pour remplir les paquebots, informer les passagers potentiels sur les lignes de navigation existantes, les ports desservis (1), les activités à terre (2), et les noms des passagers susceptibles d’être rencontrés. (3) Une fois le billet réglé (4), en avant pour un embarquement «éventuel» pour Cythère !

Le courrier

Etait traité par pays de destination et embarqué sur les bâtiments des lignes concernées. S’il était remis à l’Agent des postes embarqué, ce dernier oblitérait les timbres et frappait un dateur au nom du paquebot. Les marques de départ et d’arrivée de la poste maritime se comptent par centaines (voir Salles et Pothion ...) certaines, dont l’apparence est banale ou ésotérique peuvent néanmoins présenter beaucoup d’intérêt.

Marcophilie

Marque d’échange (5). Ce sont des marques de comptabilité postale qui indiquent la catégorie de remboursement à laquelle étaient tenues les lettres et imprimés non affranchis, transmis entre Offices expéditeurs et destinataires.

Cet envoi, posté en port-du à Madras le 29 août 1851 pour Bordeaux, reçoit : Le cachet d’entrée «Pos Ang/H Marseille/H» du 26 septembre. La marque d’échange «GB/1F80C» qui correspond aux taux de livraison par kilogramme (n°3051). Une taxe au tampon de 15c (Tarif du 1/8/56) frappée en rouge à Bordeaux. Le croissant noir «INDIA UNPAID» de port-du.

Malte (6). Lettre de Constantinople rédigée le 25 août 1849 et postée le même- jour pour Genès. Elle est purifiée au Lazaret lors de son escale de Malte : Marque circulaire noire «PURIFIEE AU LAZARET-MALTE» construit au XVII siècle sur l’île Manoel, en face et au nord du port de Lavalette, y ont séjournés Lord Byron et Lamartine. La lettre reçoit en rouge la marque de provenance «PROSCAFI/POSTALI/FRANCESI» avant d’être successivement taxée à 6,6 et enfin à 5.

◆ Du Cap à Bordeaux (7). Lettre commerciale rédigée au CAP DE BONNE ESPERANCE le 8 juillet 1789 alors que la veille Marat estimait insuffisantes les réformes votées durant la nuit du 4 août. Le texte se termine par «Vos nègres jouissent de la plus brillante santé». Elle transite par Bordeaux, qui frappe dans un cercle la marque noire «COLONIES PAR BORDEAUX» (Pothion n°20) avec trois fleurs de lys au centre. Elle parvient à «St Malo, St Servan» le 29 septembre après un périple de 11 semaines.

Colonies par (8). La lettre a disparu de son enveloppe dont une date manuscrite du destinataire demeure au verso «Reçue le 14 juin 1768». Au recto la marque «COL PAR-NANTES» que Pothion ne signale pas avant 1783 (n°11). Erreur sur la date de réception, ou de la référence ?

Indes-France (9). La marque est de qualité mais la lettre l’est encore plus. Datée «A bord du Fendant en rade de Trinquemalay 28 novembre 1783. Nous allons à la côte de Malabar, notre plus long séjour sera à Goa, nous serons de retour à celle de Coromandel au mois de mars» Trinquemalay est un port de la côte nord-est du Sri Lanka ou un affrontement naval eut lieu le 3/9/1782 entre les français commandés par le bailli (Dignité dans l’ordre de Malte) de Suffren et les anglais sous les ordres de l’amiral Hughes La Lettre reçoit la marque cintrée «COLONIES. PAR/ROCHFORT» (Pothion n°17). Le port-du indiqué est de 27 sols se décomposant en : 4 des Colonies française pour la France, 4 de Rochefort à La Rochelle, 14 de La Rochelle à Nîmes (entre 150 et 200 lieues), 4 de Nîmes à Uzès = 26 sols, le destinataire y a perdu 1 sol qui, à l’époque, avaient un pouvoir d’achat «proche» de 1 euro de 2005.

«D’.AB» (10). Le traité de Paris de 1783 reconnaît l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. En 1792 la guerre d’indépendance d’Amérique prend fin et les relations postales France/Angleterre demeurent suspendues.

Les relations commerciales entre les deux pays ne sont pas rompues pour autant et un compromis fait transiter le courrier par Bruxelles avec entrée par le  port d’Ostende. Cet accord, signé entre la France et les Pays-Bas autri- chiens, prévoyait qu’une «marque distinctive» serait frappée à Bruxelles «Angleterre par Bruxelles» soit «D’A/B». Elle est sur une lettre rédigée à Hasting (Grande-Bretagne) le 9 décembre 1782 et adressée à Cognac (France).

Philatélie

Non affranchie (11). Les tarifs des envois pour pays lointains étaient en général bien connus de leurs correspondants, d’où peu de lettres taxées. Celle-ci du 14 avril 1856 remise au Bau Central(1) Paris (1) le même jour est taxée au 2ème port (plus de 7,5 gr). Au tarif du 1/8/49 pour moins de 7,5 g et en 1er port elle méritait 2,10F et pour une 2ème 4,20F. Le port a été réglé (P.P.) et l’envoi est couvert jusqu’à destination (P.D.).

France-Réunion (12). Lettre postée à Marseille pour La Réunion, affranchie à 50c (tarif du 1/7/64 pour 10g) où elle parvient le 28 septembre 1871 (dos). Elle emprunte le paquebot «Provence» de la ligne N, parti le 3 septembre et qui relâche à Suez. De là elle prend le paquebot «Emirne» de la ligne «T2» qui appareille d’Aden le 16 septembre et accoste à La Réunion le 26 septembre. Le dateur de Marseille (n°1943/1) a un millésime inversé.

Argentine-France (13). Ce «télégramme privé» vers la France n’échappe pas au tarif précédent de 50c. Transporté par le «Rio Grande», paquebot de la ligne «J 2» de Buenos-Ayres à Bordeaux où il parvient le 2 avril et distribué à Moissac le 9 (dos).

◆ France-Pérou (14). Lettre du 14 mai 1857, initialement affranchie à 80c pour le Pérou (Tarif du 1/1/57 à 1,20F par 7,5g), déposée au Bureau du Havre qui annule le timbre de son P.C 441 puis constate l’insuffisance d’affranchissement (Marque rouge). L’expéditeur, bien connu, est informé et complète l’affranchissement d’un timbre à 40c pour atteindre 1,20F. La lettre est remise à l’ambulant «Brest à Paris» qui annule la marque rouge d’insuffisance, oblitére le timbre de 40c de sa griffe «BP2» et frappe la marque P.D. puisque tout est rentré dans l’ordre.

◆ France-Grèce (15). Contrairement aux apparences, cette lettre transite de Marseille au Pirée. Remise non affranchie à l’Agent des postes embarqué sur le paquebot. La lettre, au papier filigrané «M. SERBOS» avec l’indication «MILTIADE. S. SERBOS MARSEILLE» au recto, reçoit le dateur «LIGNE U PAQ. FR. N°3 / 6 juin 68» (6ème variante) du paquebot «Amérique» qui appareille de Marseille le 6 juin 1868 et accoste au Pirée. La taxe est alors de 90 lepta, notée au crayon bleu, confirmée au tampon noir (par l’agent des postes embarqué) et traduite en timbres d’affranchissement car les postes grecques ne disposaient pas alors de timbres-taxe.

France-Brésil (16). Au tarif du 7 juin 1851 et par tranche de 7,5g l’affranchissement aurait du être pour un 2ème port de 1,60F. Il manque 10c, peu nous chaut ! Par contre l’annulation initiale, apparemment inexistante, eut lieu par une grille sans fin destinée aux lettres comportant plusieurs timbres (rapidité, économie gestuelle) très peu encrée. (Pothion n°3111) Le collectionneur, selon son âge, dis- pose d’un temps plus ou moins long, mais nécessairement contraint, pour s’immerger dans ses trésors et en profiter. L’important n’est ni leur ampleur, ni leur cote, mais le bonheur qu’ils lui ont procuré.

Capitaine de vaisseau (H) de La Mettrie,
de l’Académie Européenne de Philatélie (A.E.P.),
de l’Académie française de philatélie.