Les timbres à date au type R84 (ou A 1, 2 et 3 de Lautier)

1 Schémas représentant la position des éléments dateurs de la machine de 1883 suivie de celle finalement adoptée. L’essai de 1883 était utilisé conjointement avec un autre type de timbre à date.

A partir de 1880, l’Administration des P. et T. envisage sérieusement d‘améliorer ses équipements destinés à oblitérer plus rapidement le courrier. Le choix se porte sur la machine « DAGUIN » (du nom de son inventeur) testée dès 1881 à la R.P. de PARIS. Etat des lieux après que l’Administration ait équipé plusieurs centaines de bureaux.

Signalé la première fois avec le libellé PARIS / DEPART au 5 juin 1884, l’utilisation « normale » est vue à partir du 1er septembre 1884. Des essais sont connus de février à mars 1883 avec un timbre à date assez similaire utilisé avec une machine Daguin d’une configuration un peu différente de la solution finale, puisque l’écart était de 46mm environ d’un timbre à date à l’autre avec un piston pour maintenir le pli à oblitérer au centre (1 et 2). Le timbre à date de 1883 qui nous intéresse ici est assez proche des timbres à date que nous verrons dès 1884, seuls les tirets intérieurs sont plus épais et plus courts, ils sont cependant déjà au nombre de 12, comme la majorité des timbres à date qui seront utilisés par la suite.

Depuis longtemps déjà je pense que le type R84 a été initialement fourni avec, en tout cas pour être utilisé avec la machine Daguin. Chaque fois que je vois ce type d’oblitération sur un timbre, j’imagine que la machine n’est pas loin dans les 3 premières années. Or en effectuant quelques recherches, je tombe sur le timbre à date de direction du bureau de Meillerie en Haute-Saône, créé en mai 1885.

Le timbre à date du type R84 existe depuis fin 1884 pourtant c’est le timbre à date précédent, au type 18 avec les caractères romains qui sera livré.

Toujours en 1885, en juillet le bureau de Jonvelle est créé, là aussi c’est le type 18 qui sera en utilisation.

Ainsi dans le même ordre d’idée, le bureau de Marsilly en Charente Maritime créé en février 1887 sera également doté d’un type 18, pourtant c’est bien la période des éléments bâtons. Le bureau de Macinaggio en corse créé en juin 1887 n’utilise également qu’un type 18. On retrouve le même cas pour Paris, première ville dotée de ces timbres à date, d’abord sans numéro dans la couronne, le changement se fera en février pour les premiers timbres à date. Et là on verra que les premiers timbres à date avec numéro ne seront pas le type R84 mais le type 17 avec l’emplacement du bureau, la première date vue est du 18 février 1885 (3) pour le bureau 80.

Le changement a dû commencer à s’effectuer courant 1886, période où la commande initiale des machines Daguin était finalisée et distribuée. En 1886 on commence en effet à trouver des timbres à date au type R84 dont le bureau ne peut pas avoir possédé une machine. Sachant que le remplacement d’un timbre à date peut s’effectuer au bout de 3 à 4 ans, sauf évidemment dans les petits bureaux et inversement dans les très grands bureaux, il faut trouver des type 84 utilisé dans un bureau n’ayant pas eu la machine entre 1884 et début 1886.

Jean-Pierre Mayer indique avoir recensé 8 bureaux parisiens ayant utilisé la machine en 1884, depuis 2 bureaux supplémentaires ont complété la liste de cette première année. Ce qui est intéressant c’est qu’il signale les bureaux de Paris ayant utilisé le type R84 en
1884, ainsi on y trouve le bureau 45 des Champs Elysées dont l’empreinte Daguin n’est vue qu’à partir de 1898.

De même pour le bureau 16 rue de Réaumur, signalée en mars par Barthélémy, mais vue seulement en octobre avec le timbre à date avec numéro.

Le R84 de la rue des Halles est signalé en 1884, sans le numéro mais il semble introuvable. Le R84 de la rue Sainte Cécile est également signalé en 1884, il n’est connu utilisé avec la Daguin qu’au 13 février 1885 (amélioration probable).

Enfin le bureau de la rue de Grenelle n’était connu avec la Daguin qu’en janvier 1885, depuis une empreinte du 9 septembre 1884 le place dans les premiers bureaux équipés.

Pour résumer, Jean-Claude Mayer signale 56 bureaux équipés en 1884 et 98 supplémentaires en 1885. Il indique que seuls 6 nouveaux bureaux sont connus ayant utilisé la machine dès juillet 1885, et que 39 bureaux de quartiers de Paris s’ajoute à la liste de 1885. On peut voir dans ma liste pour juillet 25 nouveaux bureaux, tous de paris sauf St Denis, qui, il est vrai, est plutôt proche de la capitale, mais également une empreinte de Monaco ! Concernant l’année 1885 c’est 50 nouveaux bureaux uniquement pour Paris. Il y en a d’ailleurs probablement encore quelques- uns, comme le bureau 13 dont le type R84 est vu dès août 1885, dans le même ordre d’idée, on trouvera peut-être prochainement, les bureaux 6, 9, 29, 30, 39, 41, 42, 45, 47, 50, 58, 59, 60, 62, 64, 68, 70, 73, 75, 77 et 84 dans l’année 1885.

Aujourd’hui mes listes comprennent 66 bureaux dans l’année 1884, 224 pour 1885 dont 9 hors hexagone, et 120 en 1886 dont 9 hors hexagone, soit un total pour ces 3 premières années de 410 bureaux.

On peut facilement imaginer que certains bureaux signalés en 1886 finiront dans la liste de 1885, et quelques autres qui aujourd’hui sont relégués dans les années suivantes viendront compléter ces listes.

Les bureaux de Vesoul, Bordeaux, Melun et Béziers utilisent dès 1884 le type R84, je ne serais pas étonné de les trouver un jour dans la liste de la première année.

Avant juillet 1885 on trouve encore les bureaux de Tours, Paris Ste Cécile, probablement avec la machine en 1884, reste Argenteuil signalé en mai 1885 (erreur ?).

Machines Daguin dans les bureaux de poste

Chacun sait que le lancement de ces machines a été effectué en septembre 1884, avec une première série d’une petite centaine de machines, largement distribuées à la R.P. de Paris ou s’effectuèrent les premiers tests depuis 1881, et à quelques grandes villes de la métropole. Puis au milieu de l’année 1885 une nouvelle fabrication sera distribuée d’abord dans les bureaux parisiens, mais également dans les préfectures, sous-préfectures et quelques grandes villes françaises.

On peut voir dans la seule année de 1885 plus de 200 nouvelles machines mises en service (en comptabilisant les nouveaux bureaux équipés), puis encore plus d’une centaine sur 1886. Ainsi en ces trois premières années, c’est plus de 500 machines qui seront distribuées (voir ci-dessus la liste des bureaux recensés à ce jour dans les trois premières années).

Dans la liste des bureaux équipés de la Daguin en 1884, une date est incertaine, signalée par Gérard Dreyfus dans son catalogue des oblitérations mécaniques de France, il s’agit de GRAY vue qu’en 1885. (Malgré tout le bureau de Gray est signalé connu par Maurice Perry avec une empreinte jumelée en mars 1885, donc avant la deuxième distribution de 1885). J’ai supprimé le bureau de NANCY-GARE signalé également dans le catalogue de M. Dreyfus, aucune empreinte vue sur la période.

Le dernier recensement de cette importance date de 2001, il y a un peu plus de 20 ans dans la revue AS.CO.FLAM.ES sous la plume de Maurice Perry.

Il y eu de signalés 54 bureaux pour 1884, 113 pour 1885 et 105 pour l’année 1886 soit un total de 272 bureaux comparés au 410 présentés aujourd’hui.

Michel Hervé

BIBLIOGRAPHIE :

- Charles Bridoux - Les Feuilles Marcophiles N°272 du 1er trimestre 1993.
- Jean-Pierre Mayer - Les Feuilles Marcophiles N°318 du 3ème trimestre 2004.
- Christopher Hitchen - Les Feuilles Marcophiles N°360 du 1er trimestre 2015.
- Maury Perry et Jean Valade - AS.CO.FLAM.ES N°103 de juin 2001.

Nouvelle découverte pour le bureau 7 de Paris rue des Haudriettes

Ce bureau de Paris n’est pas signalé avec le type R84 avant l’ajout du numéro dans la couronne, et donc à partir de juillet 1885 avec la machine Daguin. http://aremorica.free.fr/divers/daguin/dag.php?dag=734 De Beaufond lui-même ne le signale pas, c’est pourtant encore la référence aujourd’hui.

Mais voilà que cet entier de juin 1885 bouleverse la donne. Non seulement il prouve que le type R84 sans numéro existait avant l’apparition des numéros décidé en janvier 1885, mais en plus ce timbre à date est accompagné des éléments tout en bâtons connus en essais jusqu’à aujourd’hui uniquement à la Bourse.

Les essais sont connus du 25 avril 1885, date trouvée dernièrement sur un de mes timbres détachés au type Sage, jusqu’au 20 août 1885. Déjà signalé sur le groupe Meta Marcophilie Découverte : https://www.facebook.com/groups/1180876685719924/permalink/1191754894632103/ Donc avec cette découverte, on pourrait bien penser que le type R84 existait dans le bureau 7 dès fin 1884. Alors pourquoi ne pas l’avoir vu plus tôt ? Plus de machine disponible pour le mettre en service ? (c’est une question qui n’aura pas de réponse sans la découverte d’une archive de la Poste), ou bien encore une machine non mise en service pour un problème quelconque ? En tout cas il ne reste plus qu’à rassembler d’autres éléments concernants ces premières oblitérations avec le type R84 (A de Lautier) dans le bureau N°7. Concernant les essais en caractères bâtons, nous avons donc maintenant ce bureau 7 rue des Haudriettes au 19 juin 1885, ici c’est la 8e levée.