De Fernandel à Don Camillo

Le plus célèbre curé italien est français et l’on célèbre cette année les cinquante ans de sa disparition. Aucune émission de timbre n’est prévue. Aussi rendons hommage à ce prêtre pas toujours très « catholique » mais au grand cœur, ainsi qu’à celui qui a tenu magistralement ce rôle : Fernandel.

L’aventure commence avec Giovannino Guareschi, l’auteur des livres de la saga Don Camillo. Dans un contexte de Guerre froide, il a l’idée de mettre en opposition le maire communiste d’une petite commune et le curé de la paroisse. Cette relation amis/ adversaires est le reflet de l‘Italie de 1948, année de la parution du premier tome Le Petit Monde de Don Camillo. L’ouvrage est publié en France en 1951. En préambule, l’auteur précisait « Voici le pays, le petit monde d’un petit monde, planté quelque part en Italie du Nord. Là-bas, dans cette terre plate et grasse entre la rivière Pô et les Apennins ».

Du livre au cinéma

Le livre est un succès et l’idée de le transposer sur grand écran fait son chemin. C’est une association franco-italienne de producteurs qui s’y attèle : Angelo Rizzoli, Giuseppe Amato et Robert Chabert (les noms permettent de déterminer les Italiens et le Français !). La réalisation est proposée à Julien Duvivier qui accepte immédiatement après avoir lu le livre. L’adaptation cinématographie nécessite une écriture des dialogues et Duvivier propose René Barjavel, écrivain et dialoguiste. Ce dernier capte parfaitement la relation entre les deux personnages et les dialogues entre Peppone et Don Camillo feront tout le succès du film. L’écrivain et le réalisateur collaborent à l’adaptation et le scénario est finalisé après quelques mois. En parallèle le financement est établi, il ne reste qu’à trouver le bon casting.

Le choix des acteurs

Guareschi désire jouer le rôle de Peppone mais les essais dirigés par Duvivier ne donnent absolument pas satisfaction. Pour incarner Don Camillo, on pense à Pierre Brasseur ou Jean Gabin mais également à Jacques Tati qui décline l’offre. Duvivier pense alors à Fernandel, de son vrai nom Fernand Joseph Désiré Contandin. Il a déjà joué dans plusieurs films mais il est surtout connu comme chanteur de music-hall. D’ailleurs la poste française l’a immortalisé en ce sens en l’incluant dans la série « de la scène à l’écran » en 1994. Mais la production impose Gino Cervi. Celui-ci ressemble étrangement à Guareschi. Qu’importe, Fernandel incarnera Don Camillo. Ne voulant pas être cantonné à des rôles d’ecclésiastiques, Fernandel demande un cachet si élevé qu’il est persuadé d’une réponse négative. Ce sera le contraire car les producteurs sont conquis par ce choix.

Le lieu du tournage

C’est Guareschi qui a trouvé la commune où se déroulera le tournage : Brescello. Située à proximité du Pô, cette commune est pour lui l’environnement idéal avec les gens, les lieux et le climat le plus caractéristique de la Basse-Padana en Emilie-Romagne. La place Matteotti où se trouvent la mairie et l’église sera un haut lieu des aventures des deux héros. La commune a gardé précieusement en mémoire les tournages. Le musée Peppone et Don Camillo donne à voir divers accessoires utilisés : la soutane, le bureau du maire, des affiches de film, la Moto Guzzi avec side-car, les vélos, la barque utilisée lors de l’inondation … Dans le village se trouvent également la maison de Don Camillo et le char d’assaut M26 Pershing qui est proche du musée. Peppone a droit à sa statue devant la mairie et Don Camillo la sienne devant l’église. Un itinéraire touristique permet aux visiteurs de se rendre sur les lieux du tournage. Chaque année des spectacles de rue animent Brescello avec des acteurs d’un jour qui se prennent soit pour Peppone soit pour Don Camillo et tout cela dans l’esprit de l’auteur Guareschi, c’est-à-dire pour des histoires qui ne se passent nulle part ailleurs …

Le film

Le Petit Monde de Don Camillo sort à Rome en mars 1952. Il est présenté au Festival de Cannes, hors compétition, le 7 mai. Le 4 juin il est projeté en exclusivité dans trois salles parisiennes. Le succès est immédiat. Paris totalise plus de cent mille entrées en une semaine. A la fin de l’année, plus de six millions de spectateurs français sont allés voir le film. En Italie le succès est également présent avec deux millions et demi de spectateurs. Fernandel reçoit à Rome le Ruban d’Argent pour le meilleur rôle étranger tenu dans un film italien. Le succès se poursuit dans d’autres pays.

Fernandel a trouvé un rôle à sa dimension et enchaînera le tournage de quatre autres films : Le retour de Don Camillo en 1953 également réalisé par Julien Duvivier, La grande bagarre de Don Camillo en 1955 et Don Camillo Monseigneur en 1961, tous deux réalisés par Carmine Gallone et enfin Don Camillo en Russie en 1965 réalisé par Luigi Comencini.

Fernandel avait déclaré avoir joué avec des partenaires variés mais discuter avec le Christ l’avait particulièrement marqué. Ces entretiens entre le curé et Jésus ont été source de dialogues particulièrement bien écrits. Parmi ceux-ci n’en citons qu’un seul qui reflète le caractère hors-normes de Don Camillo : Le Christ : Tes mains sont faites pour bénir, non pour frapper. Don Camillo : Les mains sont faites pour bénir Seigneur, mais les pieds ?

En 2018 mon épouse et moi avons séjourné durant une semaine à Brescello. Nous avons fait connaissance de gens très ouverts et fiers que leur commune ait été le lieu vivant des tournages mythiques des films de Don Camillo et Peppone. Nous gardons en mémoire ce merveilleux endroit où planent les répliques et scènes. Si vous avez l’occasion de vous y rendre nous ne pouvons que vous le conseiller et peut être vivrez-vous des histoires qui ne se passent nulle part ailleurs.

Marco Di Mascio