Il semble que, parmi les timbres français à l’effigie de Cérès et de Napoléon, le seul qui ait été imprimé avec des clichés dits «remplaçants» car substitués aux orignaux des premiers tirages, ait été le 25c Cérès dentelé de 1871 aux types I, II, et III, dont nous célébrons cette année le sesquicentenaire.
Lorsqu’un timbre présente un défaut d’impression il importe, avant de le rejeter ou de le qualifier, d’en connaître l’origine. S’il est dû à la présence fortuite d’un corps étranger qui s’est glissé, lors de l’impression, entre le papier et le galvano comme : pétouille, goutte d’encre, encrassement, pliure du papier, cheveux, poussière etc…, nous sommes en présence d’une «anomalie». C’est curieux, amusant, parfois recherché mais surtout non répétitif à l’identique puisqu’il peut se déplacer, se déformer ou disparaître de lui-même. Par contre si ce défaut n’est dû qu’a l’altération de la surface imprimante du galvano, cassure du relief, écrasement, fente etc…, et se reproduit toujours à la même case il convient de parler de «variété», qui ne peut évoluer qu’en s’amplifiant et ne disparaitre que par une intervention humaine.
Fabrication
En typographie, procédé utilisé pour la plupart de nos premiers anciens timbres, l’impression se fait par les reliefs qui reçoivent l’encre et la déposent sur le papier. La gravure initiale du bloc d’acier se fait en épargne, puisque le graveur taille en creux ce qui sera blanc sur le papier et donc épargne, heureusement, les surfaces destinées à l’impression. La galvanotypie fut utilisée jusqu’en 1873 puis remplacée par l’estampage. Cette dernière méthode, rendant les cliches plus indépendants les uns des autres, simplifiera les changements de clichés à effectuer dans les galvanos. On pourra trouver dans l’étude n° 255 du Monde des Philatélistes des indications complémentaires, sur les techniques de fabrication du 25c Cérès.
Grande Tache
Le 1er état d’usure du 128 D1 (Droit de la feuille 1), avant la Grande Tache, est peu remarquable et rare, même détaché. Ses repères sont faibles, peu nombreux et souvent occultés par un mauvais centrage du timbre ou son oblitération. Pierre. Germain avait noté, après publication de son ouvrage, une «Cassure du cheveu inférieur de la mèche frontale et temporale de la chevelure de Cérès, située au-dessous de l’intervalle séparant les 19e et 20e perles N.O. (et non B.O.) à hauteur de la 8e perle N.O.». Donc à vos loupes !
Le 2ème état d’usure, dit de la «Grande Tache», serait apparu à partir de juillet 1872 puisque connu sur lettre des 12, 15, 25 juillet (1) et 31 juillet 1872 (2), dates qui ne préjugent en rien de la chronologie de leur impression. Cette Grande tache n’a pas été immédiatement détectée comme le prouve son évolution (3).
Par exemple le filet supérieur, à égale distance du « c » de Franc et du 3e point, présente un léger renflement (a) qui va se transformer en cassure (b) puis être accompagnée d’une autre de 1/3 mm plus à droite (c). Ce qui montre bien qu’une «évolution» n’est pas une «retouche» destinée à résorber plus ou moins une variété.
Il provient de l’écrasement fortuit et localisé de la surface du galvano, suite à la chute probable d’un objet dur. Le trouver sur lettre, qui plus est oblitérée de l’étoile «13» du Bureau de la rue de la «Tacherie», a demandé des lustres de patience ! L’impression du galvano aurait pu se poursuivre à condition de reboucher la partie écrasée et de la regraver ou bien, avant la vente au public, de découper dans chaque demi-feuille le timbre fauté ; ce que n’aurait certainement pas accepté le Contrôleur qui rebutait les feuilles défectueuses. On préféra remplacer le cliché par un autre provenant du stock de prévoyance. On découpa le petit carré de cuivre du galvano avant de le remplacer par un autre, mais son mode de fixation n’est pas connu.
Des coefficients de rareté ont été proposés par P. Germain pour chacune des variétés détachées et décrites dans son ouvrage (Le 25 centimes Cérès de 1871 au type I - Editions E.H. de Beaufond - 1952). Ainsi le 1er état d’usure du 128 D1 n’est hélas pas apprécié, la Grande Tache est RRR, le 128 D1 remplaçant n’est que R. Il est ici (4) sur une lettre du 9 janvier 1873. Ces variétés sur lettre entière sont encore plus rares. Le «Remplaçant» est postérieur de quatre mois à une opération plus importante concernant la bande 141A2 / 150A2 dont nous pourrons reparler.
Que les actuels reconstructeurs du 25c Cérès n’oublient jamais ce qu’ils doivent à leurs prédécesseurs : les Cailler, Chase, Chirici (deux frères), Dumont, Germain, Janin, Juvenel, Meinertzhagen, Pernoit, Raynaud, Serranes, Suarnet et bien d’autres… à qui ils doivent tant et dont les collections, actuellement dispersées (mais où ?) n’ont guère de possibilités d’être un jour regroupées.
Mais y aura-il, dans quelques lustres, encore des lecteurs pour s’intéresser à un petit bleu aux 900 variétés, dont une quinzaine seulement (1,6%) sont vraiment rares. Poser la question n’est pas y répondre !
Capitaine de vaisseau (H) de La Mettrie,
de l’Académie Européenne de Philatélie (A.E.P.),
de l’Académie française de philatélie.